Ecologie sociale : Nous sommes tous des fainéant(e)s

Nous sommes tous des fainéant(e)s

L’édito de Patrick Farbiaz

 

Est ce un mépris de classe naturel ou une provocation calculée ? La dernière sortie présidentielle à quelques jours de la manifestation intersyndicale du 12 septembre est un concentré du « macronisme », ce bloc bourgeois «et de droite, et de gauche » qui veut à coup de fouets adapter la société française à la mondialisation capitaliste. Car que nous dit cette tirade sur les fainéants, les cyniques et les extrémistes, sinon qu’il est déterminé quel qu’en soit le prix politique à court terme à appliquer face à ceux d’en bas la logique de la technocratie d’état alliée à la haute finance qu’il représente. C’est un message adressé à toutes celles et tous ceux qui ne veulent pas se soumettre à la précarisation généralisée engendrée par la facilitation des licenciements, les nouveaux contrats de chantiers -véritable retour au XIXème siècle-, à la fin des CHSCT, le plafonnement des indemnités prud’hommales, …

Emmanuel Macron aime le XIXème siècle. Il voulait déjà  à la manière de Guizot (« enrichissez vous ») que les jeunes aient comme unique ambition de devenir milliardaires. Le voilà qui, en nous traitant de fainéants, s’oppose à Paul Lafargue l’auteur du « droit à la paresse ». Celui-ci osait s’opposer à la religion du travail, qui n’est que la religion du Capital : « Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous ayez plus de raisons de travailler et d'être misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste ». Macron veut revenir à cette logique où l’on perd sa vie à la gagner. A chaque fois, par leurs luttes, les salariés ont cherché à élargir leur droit au repos, à la diminution des heures de travail, à gagner leur droit à la santé au travail et maintenant à la santé environnementale. Les maladies professionnelles furent reconnues en 1898, les accidents du travail en 1919. Le Ministère du travail fut créé après la mort de 1099 mineurs à la suite d’un coup de grisou. Des grèves éclatèrent pour protester contre les conditions de sécurité dans les mines. Le ministre de l’intérieur Clemenceau , l’icone de Manuel Valls, fit envoyer la troupe qui tira sur les ouvriers désarmés. Ce fut suite à ces révoltes ouvrières, animées par la CGT, que fut institué le Code du Travail, pour protéger les salariés face à un patronat rétrograde. C’est cette histoire que le macronisme veut effacer de nos mémoires et de la réalité sociale d’aujourd’hui. Utilisant la nouvelle révolution industrielle, celle de l’Ubérisation à marche forcée, il veut revenir avant 1848. Nous avons déjà dit la semaine dernière ce que signifiait cette régression sociale et écologique de la disparition des CHSCT. Mais allons plus loin : au moment de la loi de moralisation de la vie politique, rien n’a été dit sur l’influence des lobbies. Et pour cause. Les CHSCT ont un droit d’enquête et de contre expertise.  Jusqu’ici la loi faisait assumer comme en Allemagne la totalité de ces expertises par le patronat. Avec la loi Travail, il faudra que les CE financent 20 % de ces expertises. Avec quel budget ? alors même que le regroupement des instances représentatives les obligera à assumer les tâches qui jusqu’ici dépendaient de ces trois instances. Alors qu’un cancer sur 10 au minimum est issu d’une maladie professionnelle due à des produits toxiques, nous allons vers de nouveaux scandales de l’amiante ou des pesticides à répétition. Macron et Philippe auront la responsabilité de ces crimes sociaux environnementaux, pour cause de non-assistance à personnes en danger.  Que des « écologistes»   au gouvernement ou à l’Assemblée cautionnent par leur silence coupable cette injustice en dit long sur la responsabilité politique et sur la décomposition de notre famille politique qui n’a jamais voulu choisir entre la soumission au capitalisme fût il vert et l’émancipation sociale et écologique.

C’est pourquoi les fainéants, les cyniques, les extrémistes, les insoumis, celles et ceux qui n’ont rien à perdre que leurs droits et leurs retraites doivent le 12, le 21 et le 23 se mobiliser pour refuser la société du tout jetable, la société à plusieurs vitesses de la « male vie », la société du poison et de la triche où au nom de la voiture propre, PSA va plus loin dans le dieselgate que Volksvagen. Ce bras de fer imposé par ce gouvernement des riches n’est pas un simple épisode. Il oblige à répondre à la seule question qui nous est posée, à nous fainéants et extrémistes, paresseux et insoumis, écologistes et désobéissants de tous poils : dans quelle société voulons-nous vivre ?

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