Ecologie sociale: chroniques estivales

17 juillet : Les quatre couleuvres de Monsieur Hulot ou l’écologie libérale en marche

 

 En quelques semaines, Nicolas Hulot a avalé quatre couleuvres : perturbateurs endocriniens, Taxe sur les transactions financières, CETA, Trump parade. C’est beaucoup pour un homme qui voulait paraître comme un défenseur intransigeant de l’écologie.

Face aux lobbies, à la Commission européenne et au gouvernements anti écolos le Ministre de la transition écologique et solidaire a laissé adopter le 4 juillet une définition des perturbateurs endocriniens qui est une victoire pour les lobbies de la pétrochimie. Alors que Ségolène Royal avait bloqué ce texte aux garanties insuffisantes, M. Hulot a capitulé en rase campagne. Non Monsieur le Ministre ce n’est pas une avancée mais un recul : Le niveau de preuve demandé pour classer une substance comme perturbatrice endocrinienne est trop élevé : la majorité d’entre elles risquent d’échapper au classement ; l’exemption accordée aux pesticides ayant pour mode d’action, justement, la perturbation endocrinienne. Cette disposition est la seule qui permettrait d’exclure le glyphosate de la liste des pesticides perturbateurs endocriniens.  Le niveau de preuve demandé pour classer une substance comme perturbatrice endocrinienne est trop élevé : la majorité d’entre elles risquent d’échapper au classement. Le changement de position de la France a fait basculer et a permis ce vote qui ouvre la porte aux lobbies. Seuls le Danemark, la Suède et la République tchèque ont voté contre la proposition de la Commission. La politique des petits pas de Mr Hulot est dangereuse. Sous prétexte d’avancées, elle légitime l’inacceptable en mettant en cause la santé des plus pauvres Demain, les pesticides qui recouvrent les fruits et légumes industriels vont aggraver les problèmes de santé.

 

La deuxième couleuvre c’est le double langage du gouvernement d’Edouard Philippe à propos de la Taxe sur les transactions financières pourtant demandée avec force par le créateur d’Ushuaïa. La discussion sur l’adoption de la taxe sur les transactions financières (TTF) a été retirée de l’ordre du jour de la dernière réunion des ministres de Finances de l’Union européenne (Ecofin) du 22 mai, à la demande de la France. Contrairement aux discussions que le Président Macron avait eu avec les ONG à propos du changement climatique où il estimait que la TTF était une des pistes à envisager, il a enterré rapidement cette taxe qui aurait permis d’abonder 35 milliards pour le Fonds Vert destiné à soutenir les efforts des pays du Sud.

 

La troisième couleuvre est celle du CETA, le traité de libre échange avec le Canada, frère jumeau du TAFTA. Emmanuel macron est le le seul candidat à l’avoir soutenu durant la campagne présidentielle. Motif : «Il améliore objectivement les choses dans notre relation commerciale» avec Ottawa. Là aussi, les ONG, La Fondation Nicolas Hulot en tête en demande l’arrêt. L’Accord Hulot Macron débouche sur l’installation d’une commission d’évaluation. Comme sur Notre Dame des Landes. Mais dans le cas du CETA, pas de suspens, l’accord sera appliqué. La commission est le cache sexe d’un double langage. Côté cour, elle le prix du maintien de Monsieur Hulot au gouvernement. Côté jardin, l’axe Trudeau Macron, celui d’un courant libéral – mondialisateur est stratégique et il sera maintenu.

 

La quatrième couleuvre est l’accueil triomphal faite à Donald Trump, le négationniste climatique en chef. Voir derrière ce criminel de l’environnement, Monsieur Hulot au garde-à-vous fut un crève cœur pour tous les écologistes. Trump, en plus d’être un climato-sceptique acharné, est un ennemi juré de l’environnement, de l’écologie et donc de la planète :  Réduction drastique des moyens de l’Agence de protection de l’environnement des Etats Unis, démantèlement du plan énergie propre, levée de l'interdiction faite aux mines à ciel ouvert de ne pas polluer les rivières, révision des standards d’émission de carbone des voitures, libéralisation de la fracturation hydraulique des gaz de schiste et enfin autorisation de la construction de l’oléoduc géant et très controversé Keystone XL… A quoi pensait Nicolas Hulot aux Champs Elysées derrière ce président sexiste, homophobe, raciste et xénophobe ? trouvait-t-il là matière à inspiration ?

Ces batailles perdues sont pour les écologistes une leçon de choses. Il n’y a pas d’homme providentiel pour défendre les intérêts des victimes de l’environnement. Il n’y a pas de politique des petits pas, du cycle vertueux ou des gestes citoyens qui vaillent si on ne s’attaque pas aux racines de la crise écologique. Le capitalisme même « vert » c’est la marchandisation et la loi des multinationales. Le « Macronisme » n’en est que son expression modernisée. Les illusions entrainées par la personne de Nicolas Hulot ne dureront que le temps d’un été.  C’est maintenant aux citoyens, de se battre résolument pour faire respecter leurs exigences. Entre l’écologie libérale de marché et l‘écologie sociale, les écologistes doivent choisir.

21 juillet : La démission forcée du général Pierre de Villiers

 

 

Nous ne pleurons pas le départ de Pierre de Villiers mais nous ne nous réjouissons pas plus de son remplacement par François Lecointre, un militaire qui a apparemment trempé dans les méfaits de l’armée française au Rwanda durant le génocide des Tutsis. Les cris d’orfraie sur la défense du budget militaire de l’ensemble de la classe politique ne nous conviennent pas. La politique austéritaire du gouvernement Macron- Philippe s’attaque à tous les secteurs mais nous sommes plus sensibles aux coupes sombres chez les fonctionnaires les allocataires d e l’APL ou aux atteintes aux services publics gérés par les collectivités locales, qu’aux lamentations des hauts gradés ou des marchands d’armes. Car si l’Etat major se plaint de coupes qui n’en sont pas puisque le Président Macron leur garantit que le budget des Armées sera porté à 2% à 2018, c’est que l‘Armée participe depuis une dizaine d’année à des opérations extérieures au dessus de ses moyens, qu’elle continue malgré la fin de la guerre froide, a gérer une dissuasion nucléaire hors de propos et surtout qu’elle a de plus en plus  en mal à définir les objectifs de la politique de défense de la France. Ce qu’on discerne surtout c’est une politique qui se traduit pour nous écologistes sociaux par des orientations inacceptables :

  1. La défense acharnée de la Françafrique, fondé sur les 3 « E »: Etat Major, Entreprises, Elysée. Dés le début de son mandat, Emmanuel Macron a reçu à Paris ou au sommet du G5 sur le Sahel le 2 Juillet plusieurs chefs d’états corrompus et il a tenu à être adoubé par le Roi Mohamed VI en pleine révolte des rifains. Dans la grande tradition inaugurée par jacques Foccard, il a nommé son camarade de promotion de l’ENA ; Frank Paris comme responsable de la cellule Afrique de l’Elysée.
  2. La guerre au Moyen Orient et au Sahel qui depuis l’opération libyenne de Sarkozy a été une des constantes de la politique extérieure française et qui engage la France dans une politique de guerre de civilisation qui ne dit pas son nom.
  3. Les ventes d’armes qui font de la France la quatrième nation exportatrice d’armes. Cette politique s’accompagne d’une aide à la formation, en coopération militaire avec des pays comme l’Egypte ou l’Arabie Saoudite qui alimentent les guerres civiles à l’échelon régional.
  4. la dissuasion nucléaire qui va de pair avec une politique d’exportation du nucléaire civil. Le nucléaire militaire ne peut être découplé du nucléaire civil. L’un et l’autre se renforcent et participent à la dissémination du nucléaire sur la planète.
  5. La militarisation en France même où l’Armée est de plus en plus présente, avec 10 000 hommes de troupe patrouillant dans les quartiers jusque dans l’école ou au nom de la guerre antiterroriste, on accoutume les enfants et leurs parents à l’ordre militaire.

 

Fidèles à nos convictions, nous n’allons pas pleurer la diminution du budget des Armées. Ce que nous voulons c’est que la politique de défense fasse l’objet d’un débat public. Le livre blanc de la défense 2017 devrait être l’occasion d’un tel débat sur les priorités de la France . AU lieu de cle , le président de la République en recevant Trump a confirmé la continuité d el apolitique atlantiste de la France et son rôle de sous traitant en Afrique. Des partenariats de défense ont été conclus avec huit États : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Cameroun, la Centrafrique et le Gabon en Afrique de l’Ouest, Djibouti et les Comores sur la face est du continent africain. Partenariats auxquels il faut ajouter seize accords techniques de coopération dits de sécurité avec des États africains. Ce rôle de Gendarem de l’Afrique va de pair avec son engagment plus fort au Moyen Orient. Car il faut pallier au recentrage de l’Amérique autour du Pacifique

 

 Ces jours-ci l’Etat Major fait croire que ce débat n’est que de sa seule compétence : Silence dans les rangs et laissez-nous gérer en paix la défense de la France ! La Grande Muette ne l’est plus quand ses intérêts vitaux sont en jeu.

La Vème république est de ce point de vue fidèle à elle même : Née d’un coup d’Etat en 1958, elle reste sensible à la pression du lobby militaire. Pas nous, ni les citoyens qui doivent se serrer la ceinture et subir en même temps une militarisation de la vie quotidienne, ni les peuples concernés par les interventions militaires à répétition.

Nous ne nions pas en soi la nécessité d’une défense mais celle ci doit se placer dans le cadre de l’ONU et non de l’OTAN, bras armé de l’Occident. Elle doit se fonder sur des orientations qui soient à la mesure des changements qui vont être ceux du XXème siècle, pas du XXème : lutte contre le changement climatique, préservation de la biodiversité face aux pilleurs de ressources naturelles, surveillance des océans, protection des minorités … L’Armée française a souvent été en retard d’une guerre, que ce soit en 1870, 1914, en 1940 face à l’Allemagne ou durant les guerres de décolonisation au Vietnam ou en Algérie. Elle s’acharne à défendre des lignes Maginot obsolètes.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.