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Moment crucial dans les élections présidentielles en RDCongo, avec cette déclaration de la Mission d’Observation Électorale Justice et Paix Congo de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo. MOE JPC a affirmé, jeudi 3 janvier, qu’elle connaît le nom du président élu par le peuple congolais le 30 décembre.
Selon le secrétaire général de la CENCO, l’abbé Donatien Nshole, “la MOE-JPC/CENCO constate que les données en sa possession, issues des procès verbaux de bureaux de vote, consacrent le choix d’un candidat comme président de la République ».
Par conséquent la mission d’observation demande à la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qualifiée d «’institution d’appui à la démocratie » de « publier en toute responsabilité, les résultats des élections dans le respect de la vérité et de la justice ». Pour accomplir sa mission, la Conférence épiscopale a déployé pas moins de 1026 observateurs long terme et 40.000 observateurs de court terme sur le territoire national.
Les élections ont eu lieu le 30 décembre, mais la CENI a annoncé que les résultats ne seraient connus que dimanche 6 janvier. Un retard que l’opposition ne comprend pas, même quand le président de la CENI, Corneille Nangaa déclare que la CENI n’était qu’à 20% de la compilation des résultats manuels des élections générales, justifiant le retard par le dépouillement manuel des bulletins de vote.
En effet, explique-t-il, les circonscriptions électorales doivent compter leurs propres votes, puis envoyer un rapport accompagné des bulletins réels à un centre de centralisation des résultats qui compile toutes les données. Travail fastidieux, compliqué encore par la difficulté de l’acheminement par voir routière à cause du mauvais état ou de l’absence des routes. Les explications du président de la CENI sont sévèrement accueillies par l’opposition qui craint que le président et son camp ne soient en train de « traiter » les résultats en faveur de leur candidat Emmanuel Ramazani Shadary.
Un processus qui a déjà commencé dans certaines régions où des observateurs ont signalé plusieurs irrégularités et plus particulièrement ce million de Congolais empêchés de voter suite à l’annulation des élections par la CENI qui a prétexté une épidémie d’Ebola.
Pressentant la montée de la contestation, les autorités du pays ont recouru à des méthodes plutôt expéditives. Internet a été coupé et certaines radios bloquées. La réaction de l’opposition comme les déclarations de la mission d’observation de la CENCO n’ont eu aucune emprise sur le pouvoir qui a averti, via son ministre de la communication, Lambert Mende, que "seule la CENI est habilitée à annoncer et publier les résultats du vote ». Il faut juste préciser que le ministre de la communication est en même temps le porte-parole du candidat Shadary.
Or, s’il est acquis que ce dernier a échoué à Kinshasa, le camp présidentiel assure qu’il a ratissé très large en milieu rural. Tout à fait faux s’insurge Moïse Katumbi, principal opposant de Kabila, empêché de rentrer au pays et donc exclu des élections. Shadary ne peut gagner dans cette partie du pays du moment qu’il est le candidat d’un régime qui n’a jamais initié « un seul centimètre carré de projet pour les milieux ruraux », dit-il au magazine Jeune Afrique dans un entretien téléphonique.
Moïse Katumbi qui assure que l’opposition n’acceptera jamais la tricherie a souligné que le régime Kabila a subi « un vote sanction dans les villes et les villages ».
La RDC, ancien Zaïr, l’un des pays les pays les plus riches d’Afrique, avait une occasion de vivre une alternance pacifique pour la première fois de son histoire. La manipulation des résultats de la présidentielle comporte un risque majeur dont personne ne peut, à l’heure actuelle, mesurer l’ampleur.