Le Pape François plaide la liberté religieuse aux Emirats

Le Pape François et le Prince héritier Mohamed Ben Zayed Al Nahyan Le Pape François et le Prince héritier Mohamed Ben Zayed Al Nahyan
Il y a 33 ans, le pape Jean Paul II effectuait une visite à un pays musulman. C’était au Maroc. Jean Paul II y avait rencontré le roi de l’époque, Hassan II, père du roi actuel Mohammed VI. Depuis lors, aucune visite papale n’a eu lieu. Jusqu’à celle qu’a effectuée le pape François, aux Emirats Arabes Unis, où il a participé, à une rencontre interreligieuse.

« Je suis ici comme un frère », dira-t-il. Les Emirats Arabes Unis sont un pays musulman, certes, mais on y rencontre toutes les nationalités, toutes les religions, toutes les races. Les cultes y sont garantis à toutes les communautés religieuses. Il est vrai que le développement économique et social du pays ne laisse pas de temps aux rixes confessionnelles. 80% des habitants des Emirats sont des étrangers qui ne se sentent aucunement discriminés. Ils ont contribué à l’essor de ce pays où l’Islam est très décontracté, sans pression et sans oppression.

Le Pare ne saurait choisir meilleur endroit pour prêcher la concorde entre les religions et la liberté religieuse: « Parmi les libertés, je voudrais souligner la liberté religieuse. Elle ne se limite pas à la seule liberté de culte ». Le message n’est pas étranger aux Emiratis mais s’adresserait plutôt aux pays qui imposent des conceptions très radicales à leurs citoyens. L’Iran peut se sentir visé. C’est un pays qui ne se contente pas de contraindre par la force les Iraniens dans le sens d’une observance stricte de préceptes religieux indiscutables, mais qui, en plus oeuvre inlassablement pour exporter sa propre vision aux pays de la région et même au-delà.

Il veut façonner toute la région à son image en implantant ses proxys dans les pays voisins. Le Hezbollah au Liban, les chiites d’Irak et de Syrie, les Houtis  qui ensanglantent le Yemen… Autant de pions manipulés depuis Téhéran pour propager un islam des plus sévères où la Charia (loi islamique) coupe la main du voleur, lapide la femme qui ne respecte pas le code vestimentaire iranien et où les pendaisons en plein public sont un spectacle habituel.

Le plaidoyer du pape François en faveur de la liberté religieuse est un message très lourd qui gênera certainement les pays musulmans les plus radicaux. La durée de son séjour (3 jours) indique à quel point il tient à ce projet qui demeure inacceptable et même inimaginable pour nombre de pays musulmans. L’entretien qu’a eu le souverain pontife avec le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed Ben Zayed al-Nahyane traduit la volonté des Emirats d’aller dans le même sens. Elle est confirmée par la messe géante rassemblant 135.000 fidèles. Du jamais vu dans la région, ni dans aucun autre pays musulman.

Le choix des Emirats n’est pas le fruit du hasard. Le pays vit une modernité basée sur la liberté qui lui  permet d’être la destination de toutes les nationalités aussi bien pour le travail, les affaires ou encore le tourisme.  Les Emirats sont aussi le siège du Conseil musulman des anciens. Cette fondation, créée à Abu Dhabi, a pour mission de promouvoir la paix à travers de multiples actions dont la plus importante est sans doute la rencontre interreligieuse internationale qui réunit imams, patriarches d'églises catholiques orientales rabbins…

Pour les Emirats, cette visite ne saurait mieux intervenir à un moment où le Poche et le Moyen Orient s’enlisent de plus en plus dans une crise largement alimentée par un islam radical, conflictuel et rétrograde. Le mérite des Emirats est d’avoir démontré que la religion n’est pas un frein au développement quand elles est libre et orientée vers le futur.

Après les Emirats, le Pape marchera sur les pas de Jean-Paul II. Il est attendu au Maroc les 30 et 31 mars prochains. Un autre pays qui a beaucoup fait pour le dialogue interreligieux.

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