Yemen. Américains et saoudiens condamnés à s'entendre

Donald Trump avec Mohamed Ben Salman à Washington Donald Trump avec Mohamed Ben Salman à Washington
Le marché du pétrole est sens dessus-dessous ces derniers jours, et les cours du baril commencent à inquiéter. Lundi 2 octobre le WTI (contrat de novembre) était à 72,08 dollars le baril, gagnant 1,8% sur le Nymex américain. Le Brent vole encore plus haut avec 81,20 dollars. Le premier à avoir réagi est le président américain Donald Trump qui a notamment exigé que l’Arabie saoudite et les pays de l’OPEP prennent les mesures adéquates pour que les cours ne s'envolent pas trop.

Donald Trump a même piétiné les usages diplomatiques en révélant le contenu d’une communication téléphonique avec le roi Salman d’Arabie Saoudite qu’il dit bien aimer: « nous vous protégeons et vous ne seriez peut-être pas là plus de deux semaines sans nous » a-t-il révélé. Une déclaration qui a fait le tour du monde alors que l’idée que les deux pays filaient le parfait amour s’est confirmée avec les visites de Trump à l’Arabie et du prince héritier Mohamed Ben Salman (MBS) à Washington. Et c’est justement MBS qui a répondu à Donald Trump: « Nous avons tout acheté avec de l’argent", a-t-il dit à Bloomberg mercredi 3 octobre, tout en soulignant qu’il adore travailler avec le président US. 

Des armes que l’Arabie Saoudite est obligée d’acheter pour faire face à la menace toujours grandissante des rebelles houtis qui ensanglantent le Yemen voisin. Une guerre que la communauté internationale semble ignorer malgré les drames humains qui se déroulent sur le terrain chaque jour. Les pays, les groupes de pays ainsi que les organisations des Nations Unies, qui d’habitude ont toujours quelque chose à dire à propos de tous les conflits, restent muets quand il s’agit de la rébellion houtie téléguidée par le régime des mollahs d’Iran qui veulent étendre leur système Chiite à tous les pays musulmans.

Hier encore, vendredi 5 octobre des roquettes houties ont tué une femme et laissé sur le terrain plusieurs blessés, ne faisant aucune distinction entre civiles et militaires.  Ça s’est passé au camp de Beni Jaber d’Al Khokha à Hodeida. Toutes les conventions de Genève sont piétinées, dans un silence incompréhensible de la part de pays qui se sont mis dans la position des défenseurs des droits humains dont le droit des civiles d’être épargnés lors des conflits et le droit des victimes à l’assistance et à la protection internationales. Pour le moment, il n’y a que les organisations humanitaires des Emirats arabes unis, notamment le Croissant rouge émirati, qui viennent en aide aux victimes, déplacées malgré elles et cantonnées dans des camps. Le Croissant rouge émirati est encore intervenu dans la région de Hadramout, à Aden et dans toutes les régions libérées.

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L’organisation arabe de la Croix rouge et du Croissant (ORCRCR) rouge a condamné « le crime perpétré par les milices houtis », considérant qu’il s’agit d’une violation du droit international et plus particulièrement le droit humanitaire qui interdit d’attaquer les personnes qui ne participent pas aux conflits. L’Organisation a appelé l’ONU et ses organisations (UNICEF et Haut commissaire aux droits de l’homme) concernées à prendre leurs responsabilités et le Conseil de sécurité à saisir le Tribunal pénal international pour les crimes commis pas les rebelles houtis.

Les Etats-Unis qui sont en conflit avec l’Iran dont ils connaissent le pouvoir de nuisance, sont revenus sur l’accord nucléaire et rétabli les sanctions contre le régime des mollahs chiites. Ceux-ci veulent contrôler le Yemen afin de lier les mains de l’Arabie Saoudite et y faire prospérer le chiisme et la contrôler elle-même. On ne peut imaginer ce que serait le marché du pétrole si l’Iran, déjà gros producteur, aurait la main sur les réserves saoudiennes. Il y a matière à réflexion.

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