Le monde le sait, entre le Maroc et l’Algérie les relations sont très tendues depuis que le Maroc a récupéré le Sahara qui était sous domination espagnole. L’Algérie héberge et finance le groupe séparatiste du Polisario, qui veut créer une république dans les provinces du Sud du Maroc. Ce dernier qui y voit une ingérence grave dans ses affaires internes ne désespère pas néanmoins de voir son voisin revenir à de meilleurs sentiments surtout que le royaume chérifien a réalisé de grandes percées en Afrique où le groupe de ses amis grandit de jour en jour depuis qu’il a rejoint l’Union africaine. L’Algérie n’en continue pas moins de soutenir les séparatistes finançant à coup de pétrodollars des campagnes médiatiques internationales et des opérations de lobbying un peu partout dans le monde.
Cette tension entre les deux pays fait beaucoup de perdants à commencer par les concernés eux-mêmes. En plus, cette situation a gelé l’Union du Maghreb, un projet d’intégration régionale lancé en 1988 et qui n’a aucune réalité sur le terrain. Or, une union des pays du Maghreb, incluant en plus de l’Algérie et le Maroc, la Tunisie, la Mauritanie et la Libye, est un projet bénéfique pour l’Europe, espace le plus proche de cet ensemble et pour l’Afrique, où le Maroc compte aujourd’hui parmi les grands investisseurs, ce qui pourrait profiter au voisin algérien.
Une chose est certaine, le conflit entre l’Algérie et le Maroc ne pourrait durer indéfiniment. La base idéologique sur laquelle l’Algérie fondait sa politique envers son voisin s’est évaporée avec la chute du mur de Berlin.
Aujourd’hui, un espoir renaît avec le discours que le roi du Maroc vient de prononcer à l’occasion du 43ème anniversaire de la marche verte, l’événement qui consacre la récupération des provinces sahariennes. Mohammed VI a parlé de son voisin et du Magreb: « A cet égard, Je voudrais revenir sur l’état de division et de discorde qui sévit actuellement au sein de l’espace maghrébin. Il s’inscrit en opposition flagrante et insensée avec ce qui unit nos peuples : des liens de fraternité, une identité de religion, de langue et d’histoire, un destin commun » a dit le roi qui a souligné que « cet état contraste avec l’ambition de concrétiser l’idéal unitaire maghrébin, qui animait la génération de la libération et de l’indépendance, ambition qui s’est incarnée en 1958 par la Conférence de Tanger, dont nous célébrons le soixantième anniversaire ». Et le roi du Maroc n’a pas manqué de rappeler l’appui apporté par le Royaume à la révolution algérienne qui « avait contribué à renforcer les relations entre le trône marocain et la résistance algérienne ».
Pour Mohammed VI, il faut « faire preuve de réalisme et convenir que les relations entre nos deux pays échappent à la normalité, créant, de fait, une situation inacceptable ». C’est pourquoi, a-t-il rappelé, qu’il a toujours appelé à l’ouverture des frontières et à la normalisation des relations.
On en vient alors à la partie la plus intéressante du discours où le roi du Maroc déclare « la disposition du Maroc au dialogue direct et franc avec l’Algérie sœur, afin que soient dépassés les différends conjoncturels et objectifs qui entravent le développement de nos relations ». Il y a même une proposition concrète sous la forme « d’un mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation ».
« En vertu de son mandat, ce mécanisme devra s’engager à examiner toutes les questions bilatérales, avec franchise, objectivité, sincérité et bonne foi, sans conditions ni exceptions, selon un agenda ouvert », précise le roi du Maroc.
Ce mécanisme aura pour rôle de contribuer au renforcement de la concertation et de la coordination bilatérales « pour permettre de relever efficacement les défis régionaux et internationaux, notamment ceux qui sont liés à la lutte anti-terroriste et à la problématique migratoire ».
Le souverain marocain s’est engagé dans ce discours à « œuvrer main dans la main avec nos frères en Algérie, dans un total respect des institutions nationales de leur pays ». Le Maroc vient de faire un pas, on attend la réponse de l’Algérie.