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Billet de blog 13 octobre 2018

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De la nécessite d’un nouveau modèle de développement

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Le roi Mohammed VI du Maroc, des projets pour la jeunesse

Les pays en développement sont sous la pression de leurs populations qui, mieux informées grâce aux nouvelles technologies, réclament plus de justice économique et sociale, n’hésitant pas à recourir à des moyens plutôt violents pour montrer leur mécontentement. 

Chômage des jeunes; défaillances des secteurs de l’éducation et de la formation professionnelle; déconnexion du monde rural de la dynamique du développement; gouvernance politique et économique hasardeuse, tels sont les caractéristiques communes à ces pays.

En manque de solutions, les gouvernants, acculés, recourent souvent à la violence, seule réponse aux contestations de plus en plus fréquentes et sévères. Sur le plan international, les dégâts sont énormes dans la mesure où les bailleurs de fonds internationaux évitent de s’impliquer dans ces pays, sous la pression des organisations internationales des droits de l’homme, notamment.

Pour les dirigeants, la partie s’annonce délicate et seuls ceux qui ont su trouver les réponses adéquates ont pu tirer leur épingle du jeu. Jamais le besoin d’un modèle de développement innovant et adapté à la situation de chaque pays n’a été aussi pressant. Il ne peut être efficace sans faire des besoins des citoyens la priorité absolue. Le développement n’est ni une question de croissance ni encore moins d’agrégats économiques qu’on affiche pour montrer que tout va bien. 

Le Maroc qui a pu surmonter, relativement, les effets secondaires du Printemps arabe, connaît, lui aussi, des mouvements sociaux où les Marocains s’en prennent au gouvernement qu’ils estiment défaillant.Pourtant la constitution paraît à plusieurs Marocains comme avant-gardiste. Et le roi y est considéré comme le garant de la stabilité du pays. Mohammed VI dont les confrères français aiment relater les absences fréquentes du pays, est venu vendredi 12 octobre, à l’ouverture de la session parlementaire d’octobre, pour couper court à ces prétentions et montrer qu’il n’est pas là pour gérer le pays au jour le jour, respectant ainsi la constitution.

Dans ce discours, il a parlé des partis politiques, largement critiqués par les Marocains pour leur absence d’encadrement et d’intermédiation. Le roi a proposé de leur accorder plus de moyens afin de les aider à rénover leurs méthodes de travail et recruter des cadres dans le but de rehausser leur performance et, ainsi,  améliorer la qualité des législations et des politiques publiques.

Par ailleurs, Mohammed VI a beaucoup insisté sur le fait que le pays doit pouvoir créer des opportunités pour tous ses citoyens, dans tous les domaines possibles. Il a, à ce titre, recommandé au gouvernement de se concentrer sur la formation professionnelle aussi bien en milieu urbain que rural. Le rural revêt d’ailleurs une importance cruciale pour le roi qui veut y créer une véritable classe moyenne qui serait un  facteur d’équilibre et de levier de développement socio-économique.

Dans le domaine de la santé, le souverain marocain a proposé dans son discours l’ouverture sur l’international. Ainsi les grands opérateurs mondiaux doivent pouvoir implanter des hôpitaux et des cliniques au Maroc, une belle opportunité pour les grands opérateurs français, notamment, dont les cliniques sont des plus performantes au monde.

Mais ce qui est le plus remarquable dans ce discours, c’est l’appel à la solidarité entre les différentes composantes de la société. Mohammed VI a recommandé de simplifier les procédures des dons, des actions bénévoles et des œuvres caritatives et d’appuyer les initiatives sociales des entreprises citoyennes. Il a appelé à la mise en place de nouveaux mécanismes pour renforcer la contribution du secteur privé dans la promotion du social, et d’inciter celui-ci à prendre une part active à l’amélioration des prestations offertes aux citoyens.

La solidarité se retrouve également dans la participation de tous à tout effort national. A ce tire, le roi a rappelé que le service militaire, qui doit entrer en vigueur l’année prochaine, sera exigible pour tous les jeunes du pays quelle que soit leur condition sociale. Une réponse claire aux réactions des citoyens sur les réseaux sociaux qui ont largement commenté cette décision, craignant justement qu’elle ne s’impose qu’aux "enfants du peuple".

Dans un précédent discours, le roi du Maroc avait souligné que le modèle de développement adopté jusqu’à maintenant n’était plus viable, du fait de son faible impact sur les conditions de vie des Marocains. Il avait alors appelé à la réflexion pour la conception d’un nouveau modèle susceptible de dépasser les écueils de celui en vigueur. Comme rien n’a été fait, il a pris le projet en main en nommant une commission ad hoc qui présentera un avant-projet dans trois mois.

C’est une véritable dynamique que connaît la société marocaine, alimentée par la forte demande de la jeunesse et voulue par le souverain alaouite. Le tout est de savoir si le gouvernement et les autres instituions seront capables de relever le défi. Une question à laquelle seul le temps saura répondre.

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