RDC. Le hold-up électoral du siècle

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Le pasteur François-David Ekofo qui avait demandé, le 16 janvier 2018, au président Joseph Kabila de « passer le relais comme dans une course pour que le pays entier gagne », avait disparu le 4 février suivant, au point d’inquiéter l’Eglise et l’opposition.

Toutefois, celui qui était l’aumônier de la famille présidentielle, est réapparu plus tard. Hier, mardi 16 janvier, il a encore réitéré ses « conseils » au président, suite à la proclamation des résultats de l’élection présidentielle, largement contestés au pays mais aussi à l’étranger.

Il a prononcé un discours lors des cérémonies de commémoration de la disparition de Laurent-désiré Kabila, président assassiné un 16 janvier et père du président sortant Joseph Kabila. Le pasteur Ekofo a rappelé que l’ancien président avait conseillé aux Congolais de ne jamais trahir le Congo, suggérant que les manoeuvres de Joseph Kabila pour se maintenir au pouvoir et pour truquer les élections sont une trahison du Congo et des Congolais.

Il a aussi mis le doigt sur le mal profond d’un pays immensément riche mais dont une grande partie de la population vit dans la pauvreté. « Nous avons du pétrole abondant… Nous avons le coltan, que tout le monde cherche dans le monde entier. Nous avons l’or, le diamant, etc. C’est un péché pour le Congo d’être encore pauvre. Nous devrions être parmi les riches nations du monde ! ».

Cause de cette situation anachronique, l’absence de l’Etat, estime-t-il. « Nous devons léguer à nos enfants un pays où l’État existe réellement. Je dis bien réellement. Parce que j’ai l’impression que l’État n’existe pas vraiment», fustige-t-il dans ce discours largement repris dans les réseaux sociaux.

Le pasteur Ekofo, n’est d’ailleurs pas le seul à contester les résultats des élections, l’Eglise catholique l’a fait également. Elle avait déployé 40.000 observateurs dans tous les bureaux de vote ce qui lui permettait d’avoir des résultats réels du scrutin présidentiel. Selon elle ce n’est pas Félix Tshisekedi qui aurait gagné avec 38,7% des voix, mais l’autre candidat de l’opposition Martin Fayulu, crédité de seulement 34,8%.

Nous sommes très loin des résultats donnés par la Conférence épiscopale. Selon la CENCO, Martin Fayulu aurait eu la première place avec 62,8% des suffrages. L’affaire aurait pu s’arrêter là et la CENI aurait pu contester l’apport de la CENCO. Or, un peu plus tard, les véritables résultats de la CENI ont échappé à son contrôle. Des médias étranges ont pu mettre la main sur des milliers de documents, qui une fois exploités, ont montré que Martin Fayulu aurait obtenu 59,4% des voix, sur la base de 86% des suffrages exprimés.

Parmi les documents fuités, les résultats finaux pour plus de 15 millions des suffrages valables, sur quatre pages, plus une base de données qui donne les résultats par bureaux de vote.

L’église et le clan de Martin Fayulu dénoncent cette fraude si grossière à laquelle même les élections législatives n’ont pas échappé et qui ont donné la majorité absolue à la coalition présidentielle, suscitant de graves accusations d’entente entre le président sortant et le président élu.

Jospeh Kabila qui a passé 18 ans au pouvoir dont deux hors mandat, se serait ainsi aménagé une assurance-vie. Il a certes lâché la présidence, mais il a gardé la main sur le pouvoir. Avec sa majorité absolue à la première chambre, la constitution lui donne le droit de former le gouvernement. Comme il contrôle aussi le sénat, les Congolais se demandent s’ils n’ont pas été grugés.

Car, en fait, le pouvoir du président sera très limité. Et ce n’est pas tout. Si Félix Tshisekedi n’a pas contesté les résultats de la présidentielle, puisqu’ils le donnent gagnant, son parti l’UDPS conteste ceux des législatives qui ne lui donnent que la troisième place avec 32 sièges sur 500. A comparer avec plus de 350 pour la plate-forme présidentielle.

Position très délicate pour le nouveau président élu qui va devoir surtout tenir ses promesses envers son allié l’UNC dont le président Vital Kamerhe devait obtenir la primature.

Blocage en vue, d’autant plus que l’UDPS rassemble ses preuves pour contester les résultats des législatives devant la Cour constitutionnelle. Un imbroglio total qui, jusqu’à deux semaines des élections, ne permet pas de dire si le pays va enfin connaître la stabilité qui lui permettra de penser à son développent.

Le pays se retrouve dans une situation post-électorale des plus confuses et les Congolais attendent les décisions de la Cour constitutionnelle, mais sans trop croire aux miracles, car pour, eux, cette instance est elle aussi sous la coupe du président sortant. La Commission électorale nationale indépendante aurait-elle trop exagéré les résultats?

Fidèle Babala, l'un des cadres de la plate-forme de Martin Fayulu résume la situation: « Le hold-up électoral qu’on a constaté au niveau de la présidentielle continue au niveau des législatives, provinciales et nationales". Provinciales aussi? Le clan de Joseph Kabila contrôle 22 des 26 provinces. 

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