RDC. La Cour suprême confirme la victoire de Tshisekedi malgré les soupçons de fraude

rdc
La Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo (RDC) a rendu dimanche dernier une décision affirmant la victoire du candidat de l’opposition Felix Tshisekedi à une élection présidentielle contestée, « caractérisée par de nombreuses irrégularités, une absence de droits de vote et des preuves de manipulation », estime le Washington Post dans un article publié aujourd’hui.

Selon le quotidien, Martin Fayulu, candidat de l’opposition, s’est immédiatement déclaré président et a estimé que la décision de la cour était «un coup d’État» tout en appelant à «des manifestations pacifiques».

Le tribunal a rejeté deux recours de Fayulu et d'un autre candidat, affirmant que la commission électorale avait publié des résultats frauduleux et interdit illégalement à plus d'un million d'électeurs de voter dans des régions frappées par le virus Ebola et les conflits ethniques, indique The Post. Selon les résultats officiels, Fayulu a été battu par Tshisekedi par moins de voix que celles de ceux qui avaient été privés de vote, ce qui a affecté les zones susceptibles de soutenir Fayulu, souligne l’article.

Tshisekedi, 56 ans, doit prêter serment demain succèdent ainsi à Joseph Kabila, président depuis 18 ans, après avoir hérité le pouvoir de son père Laurent Kabila, assassiné en 2001, rappelle le Washington Post qui ajoute que Tshisekedi « est un novice en politique qui a passé la majeure partie de sa vie dans l’ombre de son père, Etienne Tshisekedi, fondateur de l'Union pour le progrès démocratique et social du Congo, décédé début 2017 ».

Le président élu Félix Tshisekdi Le président élu Félix Tshisekdi
Des messages de félicitations ont été envoyées à Tshisekedi par des dirigeants africains, dont Cyril Ramaphosa, d’Afrique du Sud, et Uhuru Kenyatta, du Kenya. Par contre, l'Union africaine, qui avait exprimé de "sérieux doutes" sur la sincérité du vote et prévoyait d'envoyer une délégation de dirigeants lundi, a annulé sa mission, relève le quotidien américain.

Selon le Washington post toujours, les puissances régionales craignent que les troubles provoqués par des élections contestées (violences et déplacements de populations, notamment) ne dépassent les frontières du Congo. Au moins 34 personnes ont été tuées depuis la publication des résultats provisoires du 10 janvier, ont annoncé les Nations Unies.

L’aval de la décision du tribunal par les courtiers en énergie régionaux garantit quasiment la victoire de Tshisekedi, et jusqu’à présent, il semble que les partisans de Fayulu n’aient pas envahi les rues du Congo. L’installation de Tshisekedi sera certainement une occasion de fête, mais s’il n’est pas en mesure de prouver son indépendance par rapport à Kabila, il risque de commencer à ressentir des réactions négatives au sein de son parti, avertit le Washington Post. ce qui va être difficile.

Selon les résultats officiels, le parti de Kabila a remporté la majorité absolue au Parlement, évoquant la possibilité que Tshisekedi soit paralysé lors de la mise en oeuvre de réformes majeures ou que Kabila et ses conseillers soient tenus pour responsables de la corruption présumée découlant du vaste et lucratif secteur minier du Congo, analyse le WP.

Les partis de Tshisekedi et de Kabila ont rejeté les résultats communiqués par la plus grande mission d’observation électorale, celle de la Cenco (conférence épiscopale nationale du Congo), qui donnait Fayulu gagnant avec environ 60% du total des voix.

Dans un message au Washington Post, Martin Fayulu a déclaré que c'était un "secret de polichinelle" que Tshisekedi et Kabila aient conclu un "arrangement " pour partager le pouvoir, une allégation que ces derniers nient. Néanmoins, le silence de Tshisekedi et la quantité de preuves d’irrégularités dans les élections laissent planer quelques doutes, alimentés par le fait que son co-listier Vital Kamerhe, était autrefois le responsable de la campagne de Kabila. Par ailleurs, dans une interview accordée à The Post en décembre, Kabila n’a pas exclu sa candidature à la présidence de 2023.

La logique d'un accord de partage du pouvoir repose sur l'hypothèse que Tshisekedi serait moins menaçant pour Kabila en tant que président que Fayulu, un ancien dirigeant d'Exxon qui a fermement promis de lutter contre la corruption, estime The Post.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.