LE SPORT FRANCAIS : UN GRAND CORPS MALADE

  Les polémiques sur les résultats de l’équipe de France de football, où chacun a tenté de se dédouaner en se passant la « patate chaude », sont révélatrices d’un déficit de réflexion sur la gouvernance des fédérations sportives.

 

 

Les polémiques sur les résultats de l’équipe de France de football, où chacun a tenté de se dédouaner en se passant la « patate chaude », sont révélatrices d’un déficit de réflexion sur la gouvernance des fédérations sportives.

La proposition de créer un Conseil de surveillance réunissant les responsables du sport professionnel et du sport amateur ne suffira pas à changer des habitudes de fonctionnement de nos organisations sportives. Nos ministères pourront modifier les statuts des fédérations à leur guise, cette démarche ne trouvera sa pertinence que si ces changements structurels sont accompagnés et d’un changement culturel qui prenne en compte les modifications sociétales qui opèrent notamment au travers des nouvelles technologies de communication et des réseaux sociaux.

De nombreuses fédérations éprouvent en effet des difficultés à fédérer les pratiquants. Le désamour des Français de leur équipe de France de football supposée représenter la vitrine et les valeurs de la Fédération révèlent bien un échec absolu dont l’aboutissement logique est la démission de son Président Mr Escalettes. Le Président a perdu cette légitimité car au delà de la piètre performance de notre équipe de France, la Fédération (avec ses élus, sa direction technique nationale, le sélectionneur et les membres de l’Equipe de France) ne sont plus crédibles dans leur capacité à afficher une vision, des valeurs et des principes. Une profonde scissure a été créée avec une base avec laquelle ils ne communiquent plus depuis longtemps.

Les organigrammes des fédérations sont extrêmement révélateurs des représentations et des modalités de management. De façon classique le mouvement sportif est structuré en strates successives, avec un partage géographique à chaque niveau présentant une architecture pyramidale.

Ce découpage est généralement calqué sur l’organisation administrative des institutions. Une représentation à chaque niveau est souvent déterminée par le besoin d’obtenir une légitimité auprès de la collectivité concernée pour éventuellement bénéficier de subventions publiques.

Le mode d’élection est en grande partie responsable de cette distance qui s’accentue entre les dirigeants nationaux et leur base. En effet, pour les grosses fédérations, le pouvoir est dans les grands électeurs représentés par les Ligues Régionales. Seules quelques petites fédérations accordent le pouvoir à leurs clubs, aucune Fédération ne donne le pouvoir direct au pratiquant. Il s’agit d’une succession de délégations de pouvoirs du pratiquant au club, du club au comité départemental et du comité départemental à la fédération. Au final, le résultat ressemble à ces jeux d’enfance où l’on se passe une phrase de bouche à oreille et qui aboutit à tout autre chose que la parole initialement formulée. Jeux de dupe.

Pour préserver leur pouvoir, les instances fédérales ont tendance à bien soigner leurs grands électeurs et maintenir une bonne relation avec le Ministère de tutelle.

Plus les fédérations sont dépendantes de l’aide financière de leur Ministère, plus elles ont tendance à faire attention à préserver une relation de confiance. L’aide de l’Etat à la Fédération Française de Football représente un très faible pourcentage de son budget annuel. Ces fédérations oublient parfois que l’Etat et les collectivités financent la quasi-totalité des infrastructures sportives. Au final, la plupart des fédérations sont très loin de la préoccupation de leurs bases et se satisfont d'une courtoise relation avec l’institution pour avoir le sentiment d’une forte légitimité. Le risque se situe dans une rupture en chaîne avec les pratiquants.

La première rupture est d’ordre organisationnel, puis structurel puis enfin ce sont les personnes en charge du management et les élus qui se trouvent en décalage avec les pratiquants et dans l’incapacité de porter l’histoire et les valeurs de leurs sports.

 

Dans la mesure où les critères retenus pour évaluer la performance des fédérations sont issus des institutions (que ce soit le mouvement olympique ou les différents ministères en lien avec le sport ou la jeunesse), on constate non seulement que ces critères n’arrivent pas à représenter la réalité de la pratique, mais qu’ils ouvrent un boulevard aux experts de ces institutions à prendre des responsabilités importantes dans les instances fédérales. Se pose alors la question de leur formation, de leur expérience et de leurs compétences pour penser et mettre en œuvre un projet fédéral ambitieux.

Le bas blesse lorsque des organisations sportives pyramidales sont évaluées par des institutions pyramidales. Une fois de plus, le danger est d’accorder une importance excessive à des critères généralisés à tous les sports, souvent peu pertinents. La plupart des organisations sportives structurées subissent avec une certaine docilité ce diktat des critères. Passage obligé pour obtenir quelques subsides. Célébrées comme exemplaires par leurs institutions, certaines assument avec fierté le statut de bon élève, sans pour autant mesurer l’éloignement de leurs valeurs, de leurs histoires, de leurs missions et, au final, de leur base. Dès lors, il devient plus important d’être capable de répondre aux critères que de porter la culture de la discipline, et maintenir une proximité avec la base.

Pourtant, il faudrait être aveugle pour ne pas s’apercevoir qu’une jeunesse passionnée de sports adhère de moins en moins aux organisations pyramidales qui favorisent une relation plutôt à sens unique du haut vers le bas en s’appuyant sur des modes de fonctionnement et des critères institutionnels révolus.

 

Les sportifs souhaitent s’adresser et converser avec des sportifs, et non pas à des institutions aussi respectables, dynamiques et performantes soient-elles. Au quotidien, chacun est confronté aux institutions (instances administratives) auxquelles il reproche facilement l’inefficacité, la mauvaise gestion, le manque de chaleur et de convivialité. Les employés sont souvent les premiers interlocuteurs des mécontents. Comme toutes les institutions organisées, les fédérations sportives sont concernées.

La plupart des pratiquants ne connaissent pas leur fédération. Bon nombre de sportifs passionnés, non licenciés, perçoivent leur fédération comme un espace archaïque habité par des non pratiquants qui passent leur temps à se réunir et réglementer sans transpirer la passion et les valeurs du sport. Il est donc essentiel que les fédérations commencent par se définir clairement, de façon à positionner leurs valeurs, puis développent une stratégie en utilisant les outils les plus appropriés pour réaliser les objectifs affichés.

Le développement du web collaboratif et des réseaux sociaux offre une opportunité historique à repenser nos modes de gouvernance et de communication (bottum up) et devrait favoriser un repositionnement fort des fédérations sportives nationales, à condition qu’elles aient mesurés les enjeux et qu’elles instaurent au sein de chaque fédération une commission en charge de la gouvernance à l’image des fondations américaines et des entreprises les plus performantes.

 

Francis Distinguin

 

DTN de la Fédération Française de Surf de 1990 à 2007

Président de la Fédération européenne de surf de 2007 à 2009

Coordinateur Commission prospective pour le surf du 21ième siècle auprès de la Fédération Internationale de surf

 

 

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