SURF PROFESSIONNEL ET SURF BUSINESS : LE COMBAT DES CHEFS

Le combat attendu des deux meilleurs surfeurs européens, Jérémy Florès et Joan Duru, constitue non seulement un enjeu sportif où deux styles s’opposent, mais participe également d’une concurrence de leurs sponsors respectifs. Coulisses dans le monde du surf professionnel.

Le combat attendu des deux meilleurs surfeurs européens, Jérémy Florès et Joan Duru, constitue non seulement un enjeu sportif où deux styles s’opposent, mais participe également d’une concurrence de leurs sponsors respectifs. Coulisses dans le monde du surf professionnel.

Les Surfeurs poussent l’organisation mondiale professionnelle (ASP) à se moderniser.

Après la première tentative d’organisation du surf professionnel (International Professionnel Surfers) au milieu des années soixante-dix, à l’initiative des surfeurs pros,l’Association des Surfeurs Professionnels (ASP) a vu le jour en 1976.Après plusieurs années d’existence, l’ASP avait pris une direction plus radicale en proposant aux organisations de compétitions professionnelles la création de deux divisions complémentaires, le circuit WCT (top 44 mondial) et le circuit WQS (deuxième division).

Afin d’éviter la démultiplication des titres mondiaux compris par les seuls protagonistes, l’ASP a souhaité modifier ses règles en 2010 en créant un seul classement mondial destiné à resserrer et valoriser l’élite tout en favorisant un accès plus rapide des jeunes surfeurs talentueux. Ainsi l'ASP espère dynamiser et rendre plus attractif un circuit professionnel qui ronronne depuis de nombreuses années grâce essentiellement au talentueux et charismatique Kelly Slater dont la longévité constitue la principale valeur de leur fond de commerce.

En réalité, l’ASP avait bien senti qu’une révolution de velours portée en coulisse par Kelly Slater et quelques complices, pouvait porter un coup d’arrêt brutal au monopole de leur organisation. Fort du succès médiatique des X Games (sorte de Jeux Olympique des sports extrêmes) le groupe de communication américain ESPN, sensible aux atermoiement des meilleurs surfeurs de la planète avait envisagé de créer un nouveau circuit pro, moins ennuyeux, plus fun, mieux doté financièrement et plus médiatisé. La réaction de l’ASP ne s'est pas fait attendre.

Ainsi fin 2010, un seul classement mondial réunissant les meilleurs professionnels en évitant les confusions des deux circuits mondiaux, le circuit World Tour (WT) et le circuit qualificatif (WQS) verra le jour et l’élite mondiale sera resserrée de 44 surfeurs à 36 (dont wildcards).

L’année 2010 est donc une phase de transition où l’élite mondiale va passer de 44 à 36 juste après la prochaine compétition prévue à Teahupoo à Tahiti dans une quinzaine de jours (du 23 aout au 03 septembre). Les surfeurs recalés ne pourront dès lors se requalifier uniquement en ayant accès au circuit de qualification composé de nombreuses compétitions plus ou moins dotées en points (1, 2, 3, 4, 5, 6 étoiles, auquel il faut rajouter une bonification en points sur les « 6 prime » pour la qualité de meilleurs spots) en fonction du montant total des sommes gagnées par les surfeurs. Dans le même temps l'ASP a modifié ses règles de jugement des compétitions en donnant une belle place au surf aérien et innovant. Parfait pour étouffer la mutinerie et asseoir leur légitimité.

 

Le combat attendu des deux meilleurs surfeurs européens, Jérémy Florès et Joan Duru, constitue non seulement un enjeu sportif où deux styles s’opposent, mais participe également d’une concurrence de leurs sponsors respectifs.

Si Quiksilver, entreprise leader bien installée en Europe a jeté son dévolu sur Jérémy Florès depuis ses débuts dans le surf, l’entreprise Volcom portée par la nouvelle vague des jeunes a misé sur Joan Duru.

 

Après un début de saison pas très flamboyant, Jeremy Florès actuellement classé 24ièmen’a pas encore donné la réplique à tous les pronostiqueurs franchouillards qui le voyaient champion du monde professionnel avant l’heure. Mais les qualités et le tempérament affirmé du seul français qualifié dans l’élite (à l’exception du redoutable Tahitien Michel Bourez qui pointe son nez à la 13ièmeplace mondiale), devraient lui permettre de sauver sa tête de la descente, notamment sur cette vague si tubulaire, où l’engagement total devient une nécessité.

Les dernières compétitions avant le couperet de mi-saison présentent donc un enjeu considérable pour le français (et pour son sponsor Quiksilver ), dont la côte à la bourse du sponsoring s’est envolée dès lors que Kelly Slater égérie de Quiksilver et multiple champion du monde avait précisé, dans un interview, que ce gamin de 11 ans était bien meilleur que lui au même âge. Depuis de l’eau est passée sous les ponts. Après une saison 2009 marquée par une certaine lassitude et des blessures, le jeune promis cherche un second souffle notamment pour rivaliser avec les spécialistes des manœuvres aériennes qui inspirent aujourd’hui la jeunesse, à l’image de Dane Reynold (4ième au classement provisoire), OwenWright (11ième) et Jordy Smith (1ier) dont les qualités techniques apportent une sacré bouffée d’oxygène .

Mais un autre événement pourrait également amener une nouvelle distribution de la donne et pimenter la fin de la saison sportive. Longtemps tapis dans l’ombre de Jérémy Florès et de Quiksilver, un autre surfeur français, élevé au maïs sans OGM, frappe à la porte du top professionnel mondial. Joan Duru, fils d’un père champion du monde de Sambo dans les années 80 et d’une maman plutôt attentionnée, s’est pris les pieds sur la dernière marche de son accession à l’élite mondiale lors des dernières compétitions hawaiiennes de la saison 2009. La guigne !!!!

Premier remplaçant du circuit majeur, Joan est aujourd’hui embarqué dans une course folle. Non seulement il participe aux compétitions, 5, 6, et 6 prime du circuit qualificatif pour marquer des points, mais doit rester également disponible pour remplacer, parfois au dernier moment, un surfeur blessé de l’élite mondiale. Cette participation est d’autant plus importante qu’elle lui garantit de marquer beaucoup plus de points que lors des compétitions qualificatives.

Plusieurs surfeurs du top mondial étant blessés pour une longue période ; leur forfait ouvre un boulevard à Joan Duru qui devrait pouvoir ainsi participer aux 6 prochaines compétitions de l’élite mondiale et rejoindre son compatriote JérémyFlorès. Les paris sont ouverts.

L’un Joan Duru affiche plutôt un surf puissant et en profondeur alors que Jérémy Florès propose plutôt un surf de surface tout en précision. Le premier excelle dans les manœuvres aériennes, mais manque parfois de constance et de lucidité, alors que le second, fin tacticien propose plutôt un surf efficace, où il sculpte la vague (carving surfing) mais qui manque parfois de fantaisie.

Teahupoo est une vague parfaite, gouleyante et dangereuse à souhait pour une confrontation entre homme que tout le mondillo du surf français attend depuis longtemps. Un excellent juge de paix. Les deux hommes se respectent mais marquent leur distance, surtout depuis que Joan Duru a quitté en début d’année Quiksilver où il se trouvait à l’étroit dans l’ombre de Jérémy Florès, pour rejoindre l’entreprise Volcom dont les résultats financiers au second trimestre 2010 (augmentation de 15,4% sur la même période par rapport à 2009) font pâlir certaines consœurs du surf business.

Les médias du surf, totalement dépendant des annonceurs, se garderont bien d’aborder ces sujets sensibles ; et les marques de surf préfèreront opérer en coulisse par petites touches mouchetées où il s’agit de recruter, de garder et de valoriser leurs meilleurs éléments. Récemment Nike 6.0 est par ailleurs entré dans la course par un positionnement très remarqué au coeur du surf européen, au centre de la station d'Hossegor.

Joan Duru ouvre donc le bal cette semaine au Sooruz Lacanau Pro, compétition 6 étoiles qu’il a remporté l’année dernière. Jérémy Florès a besoin de points. Il avait obtenu ici une remarquable deuxième place, l’année de sa qualification dans l’élite mondiale en 2007. Mais il préfère se rendre plus tôt en Polynésie pour prendre ses marques sur ce spot qui exige des trajectoires d'horloger. Choix cohérent. Le choc des titans attendra. Alors, même si l’on peut regretter l’absence de la plupart des surfeurs de l’élite mondiale sur ce Lacanau Pro, nous ne bouderons pas notre plaisir d’assister là à l’éclosion des nouveaux talents avec l’espoir que Joan Duru double la mise.

Silence on tourne !!!

Francis Distinguin

 

DTN de la Fédération Française de Surf de 1990 à 2007

Président de la Fédération européenne de surf de 2007 à 2009

Coordinateur Commission prospective pour le surf du 21ième siècle auprès de la Fédération Internationale de surf

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.