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Billet de blog 22 févr. 2011

Bracelets magiques dans le sport. Marketing viral et silence des entraîneurs !!!

 Le grand débat de l’été sur la blogosphère du monde du surf a longtemps tourné autour de ces fameux bracelets rayonnants supposés préserver l’équilibre pour une modique somme de 36 euros.

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Le grand débat de l’été sur la blogosphère du monde du surf a longtemps tourné autour de ces fameux bracelets rayonnants supposés préserver l’équilibre pour une modique somme de 36 euros.

Mais au de-là de l’aspect esthétique de ces bracelets, ce sujet en apparence anecdotique est extrêmement révélateur des maux de notre société mondialisée. L’éducation, le doute, l’esprit critique, semblent sacrifiés sur l’autel d’une quête de vérité absolue qui s’affirme tout autant dans l’extrémisme des religions que dans cette société de consommation qui décide de nos gouts, de nos désirs et de nos choix.

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Le bracelet magique est symptomatique de l’émergence inquiétante d’une absence de pensée, nouvelle forme de nihilisme de nos modernités, où tous ces cerveaux disponibles (terme utilisé par Patrick le Lay, PDG de TF1 en 2004 « pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain) apeurés par un monde trop complexe viennent se réfugier dans le petit lit douillet de la consommation passive, de cette vérité packagée en « nuggets » pour le plus grand bonheur des vendeurs de rêves.

Le monde du sport se trouve ici exposé en première ligne. La responsabilité est collective. Educateurs, entraineurs, fédérations sportives, ministère de la jeunesse et des sports devraient être concernés par le fait que des centaines de milliers de jeunes arborent fièrement et avec conviction ces fameux bracelets magiques. Quelle désolation !!!

Le plus surprenant est que la conviction des sportifs est souvent partagée par de nombreux entraîneurs dont certains assurent même la diffusion de la cette poudre de perlimpinpin moyennant quelques royalties. On peut quand même s’interroger sur la vision et les compétences d’entraîneurs qui valident ce nouveau Sextoy.

L’entraîneur/sélectionneur, Laurent Blanc épinglé avec son grigri. Peut-être un cadeau de Madame…

L’exemple de Laurent Blanc est édifiant compte tenu de l’image qu’il véhicule: un parcours sportif marqué par la réussite, vainqueur de la Coupe du Monde de football, un homme posé, qui transpire le sérieux et le pragmatisme. Dans l’esprit des jeunes : « Si lui le porte, c’est qu’il doit y avoir une raison, une preuve de son efficacité ! Alors pourquoi pas moi ! » C’est le doux mélange des croyances et des rumeurs. En portant ce bracelet, le sélectionneur laisse entendre que le bracelet présente des vertus magiques, même s’il s’agit peut-être uniquement d’un cadeau porte bonheur de sa chère et tendre. En tout cas, l’ambigüité subsiste. Il semble fort heureusement aujourd’hui que ce bracelet ait disparu des écrans.

Concernant un sélectionneur/entraîneur aussi médiatique que Laurent Blanc, il est surprenant que ni le ministère des sports, ni le mouvement olympique ni la fédération française de football n’ait demandé au sélectionneur de clarifier le port de son grigri.

Le silence des entraineurs

Sans forcément porter un bracelet, d’autres entraineurs valident souvent par leur silence ce dernier Sextoy à la mode. D’autres encore justifient leur absence de position en disant que de toute façon « cela ne peut pas faire de mal ».

Hé bien si justement ! Cette phrase sibylline, qui se glisse dans les discours des entraîneurs, constitue non seulement un renoncement absolu aux exigences de leur métier, mais également un réel abus de confiance de personnes qui font autorité sur des jeunes sportifs en devenir. Si cette crédulité peut être compréhensible par de jeunes athlètes en proie au doute et en quête de vérité, elle est irréellement inquiétante lorsque ces objets sont validés par des entraineurs.

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Le silence ou la tolérance de l’entraîneur à propos de sportifs qui portent ce bracelet magique a valeur de reconnaissance des vertus de l’objet incriminé. Cette approbation constitue non seulement un renoncement à l’affirmation d’un individu comme unique, global, et différent, mais démontre ainsi l’incapacité de l’entraineur à interroger la performance humaine. Comme si la condition humaine pouvait se résumer à un champ magnétique !

En remontant le fil de la pelote pour comprendre le parcours et le discours de ces entraîneurs on peut s’inquiéter du fait que leurs compétences ont été validées par l’état.

Si l’on peut comprendre que les sportifs soient tentés de chercher des solutions en dehors d’eux-mêmes, le rôle de l’entraîneur est d’abord d’aider un sportif à se révéler à lui-même, en se situant bien au delà de l’expertise dont il est supposé être détenteur. L’entraîneur commet un crime s’il considère qu’un petit bracelet au poignet fera l’affaire. Dès lors, plus besoin d’entraîneur ! Le global passe au local. L’équation de la complexité humaine enfin résolue. Du goudron et des plumes pour ces neurophysiologistes, ces biomécaniciens, ces philosophes et ces scientifiques qui produisent études et analyses auxquelles personne ne comprend rien et qui se la pètent. La solution était en fait de tout simplifier et de sortir l’humain du problème. Il fallait y penser !

Prix Nobel et légion d’honneur pour le créateur de cette sublime chose. Il paraît que ce sont des surfeurs californiens. Ils sont malins ces surfeurs !

Un marketing viral très performant. L’exemple du surf.

Plutôt que de se pencher sur l’efficacité de ces bracelets, il est autrement plus intéressant d’analyser la stratégie de marketing virale qui a permis le succès de ce bracelet.

Tout d’abord, chercher une validation du produit par les « core » surfeurs dans le berceau du surf. Non seulement il est essentiel d’avoir le support de ces surfeurs mais également celui de toute la communauté surf du North Shore à Hawaii. Le soutien des frères Irons et de toute la bande à Eddy Rothman (Personnage sulfureux du North Shore qui a créé la marque Da Hui et l’association redoutée des Wolfpacks ) a joué un rôle déterminant au lancement des bracelets de la marque Power Balance.

Lancement du buzz par des surfeurs de renom

Tout n’est que dans la circulation d’une rumeur qui s’appuie sur rien et qui se diffuse par une sorte de « chaine de confiance » entre les personnes qui se passent l’information. En haut de la pyramide on trouve les témoignages d’Andy Irons « La confiance en soi est cruciale pour réussir et Power Balance augmente ma confiance et ma performance lors de mes sessions », de son frère Bruce Irons « Power balance me garde concentré et équilibré », de l’australien Brett Simson « Depuis que l’on m’a montré PowerBalance à l’US Open et que je porte le bracelet silicone et je ressens cette fameuse augmentation dont tout le monde parle tant, c’est presque irréel ! Je suis collé à ma planche, mes virages sont plus nets et mes « aerials » sont plus puissants. C’est l’élément essentiel que je cherche depuis longtemps pour m’aider à augmenter mon niveau en surf pro. Merci Powerbalance… ». Ce schéma a d’autant bien fonctionné que le marketing surf s’est toujours fortement appuyé sur une grande proximité entre les pros et les surfeurs de la base. Les leaders d’opinion ont été lumineusement choisis parmi les meilleurs sportifs de leur discipline. Ainsi on trouve en Basket Shaquille O’Neil, en formule 1 Rubbens Barrichello et de nombreux autres célèbres athlètes parmi les 14 disciplines retenues. Pas un français. Plutôt rassurant.

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La deuxième étape a consisté à booster le « fake », afin d’amplifier la rumeur sur les effets positifs du Power Balance. « Il paraît que les fédérations de surf ont interdit l’utilisation du Power Balance ». Ces propos laissent entendre que le produit serait tellement efficace, que les sportifs porteurs de ces bracelets disposeraient d’un tel avantage que les fédérations seraient obliger de réglementer pour préserver l’équité entre les compétiteurs. Silence sur les ondes. Les fédérations sportives ont laissé courir le bruit sans communiquer sur leur prise de position en faveur ou contre. Dès lors les discussions se sont enflammées sur la toile.

Comment une institution internationale comme l’ASP (Association des Surfeurs Professionnels) qui dispose aujourd’hui d’une forte légitimité dans le monde du surf puisse accepter que les organisateurs d’évènements internationaux fassent la promotion de ces produits, sachant que les surfeurs professionnels sponsorisés par ces marques vont tromper des surfeurs cupides et moins fortunés.

La société Rip Curl a signé un partenariat avec Power Balance leader sur le marché pour la fameuse compétition itinérante « The Search ». L’Association Professionnelle de Longboard a même signé uncontrat de partenariat exclusif avec la société Power Balance Performance Technology en 2010. Quant à l’entreprise de surf Billabong, cette dernière a senti le filon en créant sa propre marque EFX. Les entreprises de surf et institutions engagées dans la promotion de ces produits prennent le risque de perdre leur légitimité et la confiance de leurs supporters.

L’arroseur arrosé

Le bracelet magique semble pourtant s’essouffler. Fin décembre 2010, la fameuse marque Power balance, a été épinglée par la Commission Australienne du Consommateur et de la Concurrence (ACCC) qui demande une modification des mentions abusives sur les produits et les emballages, sans préjuger sur la valeur du produit ou de son bon fonctionnement.

Malgré tout, la rumeur de l’inefficacité de ces produits se propage dorénavant plus vite sur le net que la capacité de réaction de l’entreprise. Retour de flamme, les experts de la rumeur se trouvent à leur tour menacés par la rumeur ; et il est peu probable que les procédures engagées par les avocats Conseils de la société Power Balance à l’encontre du site français Surf Prevention qui fut le premier site à aborder ce sujet puissent inverser la tendance.

Rien n’est cependant perdu. Des chercheurs « américains » auraient, semble-t-il, prouvé que le trou dans le lobe de l’oreille du pirate procure une bonne vue et préserve des maux ophtalmiques et que l’anneau d’or à l’oreille non seulement préserve de la noyade et des naufrages mais également symbolise les fiançailles entre le marin et la mer.

Mais peut-être est-ce seulement une légende ?

Francis Distinguin

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