Aylan et Galip

Tima est la tante de Aylan et Galip, les deux jeunes enfants qui, mercredi, se sont noyés et ont échoués sur une plage de la Turquie. Elle a émigré il IA plus de 20 ans à Vancouver au Canada et voulait par le biais d'un visa spécial, le requérant assumant la responsabilité financière du fugitif, faire venir ses frères Mohammed et Abdullah et leur famille au Canada. Les garanties à fournir n'étant pas des moindres, elle a d'abord essayé de faire rentrer son frère aîné Mohammed. Après elle soumettrait une nouvelle demande pour la famille d'Abdullah avec ses deux enfants Aylan et Galip. La demande pour Mohammed a finalement été rejetée en Juin par les autorités Canadiennes de l'immigration en raison de «incomplet» et «erreurs de procédure». Il semble peu probable qu'une demande pour Abdullah et sa famille aurait produit un résultat différent.

 

La politique et la bureaucratie ont joué des tours à la famille Kurdi. Comme des milliers de Syriens en Turquie en sont les victimes. Tout commence avec la complexité d'être reconnus comme réfugiés en Turquie.

 

Il y a des centaines de milliers de Syriens entassés dans des camps du côté Syrien de la frontière avec la Turquie. Ils attendent là une occasion pour passer la frontière vers la Turquie. Leurs compagnon d'infortune qui, parfois depuis de nombreuses années, s'entassent eux dans des camps du côté Turc de la frontière, n'ont cependant pas beaucoup plus de raison d'être satisfait. Ils ne reçoivent qu'une protection temporaire. Cela signifie qu'ils peuvent à un certain moment (déterminé aléatoirement par la politique) être renvoyés en Syrie.

 

En Turquie, les gens qui fuient la guerre, après tout, ne sont pas des «réfugiés», mais des «hôtes». La Turquie est signataire de la Convention sur les Réfugiés de l'ONU de 1951, mais en raison d'une exception géographique contenue dans le document d'origine, le pays est seulement tenu d'accepter des réfugiés en provenance de pays européens. La probabilité pour les non-européennes d'être reconnues en tant que réfugié en Turquie par le HCR (Conseil des droits de l'homme des Nations unies) est particulièrement faible. Les «hôtes» n'ont en Turquie pas accès à toutes les garanties juridiques accordées ailleurs aux réfugiés. Une bonne raison pour beaucoup de Syriens, Irakiens... de chercher plus de sécurité et de vouloir partir vers des lieux «plus sûrs». Cependant, comme ils ne sont pas reconnus en tant que réfugiés, ils n'ontpas droit au "Convention Travel Document", le document de voyage international prévu par la Convention sur les Réfugiés de l'ONU. Le gouvernement turc refuse de donner des visas de sortie aux réfugiés non enregistrés qui ne disposent pas de passeports officiels. Une vrai situation de Catch22.

 

Une autre façon de sortir de la Turquie est d'obtenir un permis d'entrée d'un autre pays. Comme mentionné, en juin Tima a reçue une réponse négative de la part des autorités Canadiennes de l'immigration pour son frère aîné Mohammed. Avec sa famille in ne pouvait sortir légalement de la Turquie et ne pouvait légalement non plus entrer au Canada. La famille d'Abdullah aurait probablement rencontré le même sort.

 

En Turquie, des centaines de milliers d'hôtesse retrouvent coincés par une réglementation qui il y a 64 ans pourrait peut-être avoir été pertinente, mais qui de nos jours est complètement absurde et dépassée. Une réglementation que profite à une politique qui veut arrêter l'afflux de réfugiés en Europe. La même réglementation qui fait s'épanouir le «bizness» des passeurs.

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