Marcia Baila

Cela se passe le long du Doubs, un samedi de septembre, une vraie journée d'été...

Marcia, elle danse sur du satin, de la rayonne
Du polystyrène expansé à ses pieds
Marcia danse avec des jambes
Aiguisées comme des couperets
Deux flèches qui donnent des idées
Des sensations
Marcia, elle est maigre

Isabelle Bazin, elle est pas maigre, elle est plutôt gironde. Isabelle Bazin, c'est une des musiciennes, pour l'occasion chanteuse munie d'un porte-voix, une des musiciennes de l'Orchestre National de Ukulélés. Isabelle Bazin, surgeon de la Rita Mitsouko.
Cela se passe le long du Doubs, dans le cadre de la 71ème édition du Festival international de musique. Et c'est à Besançon, vénérable capitale de la Franche-Comté...

Belle en scène, belle comme à la ville
La voir danser me transforme en excité

La foule est là qui l'écoute, qui les écoute, ceux et celle de l'Orchestre National de Ukulélés. Sur l'eau du Doubs, il y a aussi l'intrépide quintette de cuivres Le Vesontio, à bord d'un Dragon Boat...

Moretto
Comme ta bouche est immense
Quand tu souris et quand tu ris
Je ris aussi, tu aimes tellement la vie
Quel est donc ce froid que l'on sent en toi?

Le Dragon Boat s'écoule au rythme des pagayeurs. A son bord, les cuivres. Et sur les quais l'Orchestre National de Ukulélés. Et sur les quais 3000 Bisontins aussi, qui les suivent et les écoutent. Et sur les quais quelques extra-terrestres aussi.
Et au même moment, le long des rues de centaines de villes du monde entier, de petites foules de citoyens inquiets, des citoyens qui voudraient alerter l'immense majorité silencieuse quant à l'urgence de se lever et de gueuler. L'urgence de se les bouger, de bouger leurs jambes, de faire de leurs jambes des jambes aiguisées comme des couperets. C'est qu'il est peut-être trop tard... Trop tard pour sauver la planète, celle que nous avons connue quand nous étions d'innocents enfants. Trop tard pour sauver l'humanité contre le suicide qu'elle semble avoir renoncé à éviter...

Mais c'est la mort qui t'a assassinée, Marcia
C'est la mort qui t'a consumée, Marcia
C'est le cancer que tu as pris sous ton bras
Maintenant, tu es en cendres, cendres

C'est la mort qui t'assassine, mon amie la Terre. Qui nous assassine, nous chétifs êtres humains. Maintenant que nous sommes en cendres, cendres.

La mort, c'est comme une chose impossible
Et même à toi qui est forte comme une fusée
Et même à toi, qui est la vie même, Marcia
C'est la mort qui t'a emmenée

Et à 10000 km de là, de Besançon et du Doubs, c'est une nation qui s'apprête à se suicider. Un pays appelé Brésil, un pays de braises. Que la mort consume. Avec ses vraies violences et ses faux attentats, orchestrés pour propulser au pouvoir un nouveau dictateur, surgeon latino-américain d'un Mussolini...Un surgeon nommé Bolsonaro. Le Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on gave d'huile de ricin les nègres et les pédés. Un Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on fusille les petralhas.

Marcia danse un peu chinois
La chaleur
Dans les mouvements d'épaules
A plat
Comme un hiéroglyphe inca
De l'opéra.

Et les Chinois aussi. Les Chinois qui hésitent encore un peu quant aux mouvements d'épaule à suivre... A plat, comme un hiéroglyphe inca, de l'opéra... Les Chinois qui ont les clés de notre amie la Terre. Plus encore que les dégénérés étasuniens.
Et nous au bord du Doubs, et sur le Doubs, qui répétons ce jour de fêtes. Combien de jours de fêtes encore ? Avant que les cendres nous retombent dessus. Cendres venues de loin. De très loin. De trop loin, pour nous, chétifs êtres humains.

 

(Les paroles de chanson, en italique, sont extraites de Marcia Baila, des Rita Mitsouko)

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