De l’Apartheid à l’Apartheid

Au début des années soixante-dix le sentiment hippie dominait. D’hippies nous avons évolué petit à petit vers des militants "révolutionnaires", ou quelque chose dans ce genre. Nous en étions absolument sûrs, nous changerions le monde. Deux thèmes surtout nous mobilisaient : la guerre du Vietnam et la lutte contre l'apartheid. Nous boycottions l'Afrique du Sud et le symbole du boycott était l’orange Outspan. Ces bons fruits juteux qui nous arrivaient de l’Afrique du Sud, nous n’en voulions pas.

Les premières années étaient difficiles, la campagne n’a connu qu’un véritable succès au moment où elle a été organisée au niveau international en 1975. Bien qu’en France, le succès du boycot n’a jamais eu le succès qu’il a engendré dans des pays comme la Belgique ou les Pays-Bas, peu à peu, les «consommateurs» ont commencé à comprendre l’enjeu et que ces délicieuses oranges étaient le symbole de l'exploitation des Sud-Africains noirs.

Bien que nous boycottions nous n’oublierons jamais la lutte et de la souffrance des millions de morts, des torturés, des mutilés pour la vie, des dizaines, voire des centaines de milliers de femmes violées et enfants battus.

A la fin l'apartheid en Afrique du Sud a finalement été éradiqué. Nous nous sentions comme des héros. Les Sud-Africains avaient lourdement souffert, nous, nous n’avions tout simplement pas acheté certaines choses et de temps en temps manifesté, mais nous n’étions pas peu fier de notre ‘lutte’. Nous avions contribué à la destruction du monstre !

Cependant…

En 1997, Nelson Mandela a dit: " Nous savons trop bien que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens. " et " Oui, nous avons tous besoin de faire plus pour soutenir la lutte du peuple de Palestine à l'autodétermination, en soutenant la recherche de la paix, de la sécurité et de l'amitié dans cette région. "

Aucun des dizaines de chefs et dirigeants d'Etat (actuels ou anciens) qui se sont hâtés pour être de la partie lors de la cérémonie d’enterrement de Nelson Mandela, n’y a pensé une seule fois,  à cette bataille inachevée. Pas une seule fois il a été fait référence sur  le sort des Palestiniens, alors l’apartheid en Israël...

« Mais en Israël, ce n'est pas vraiment l'apartheid », me direz-vous. Demandez-le à Amira Hass, juive et Israélienne, correspondante pour le journal Israélien Haaretz depuis 1997 qui vit et travaille à Ramallah. Dans un article récent What does ’Israeli Apartheid’ mean, anyway?” (de toute façon, que signifie l'apartheid israélien) elle écrit:

" Il existe deux systèmes juridiques en Cisjordanie, un civil pour les Juifs et un autre militaire pour les Palestiniens. Il y a aussi deux infrastructures distinctes, y compris les routes, l'électricité et l'eau. Le supérieur et en expansion pour les Juifs et l'inférieur et rétrécissant pour les Palestiniens. Il y a des zones locales, encerclées, semblables aux bantoustans en Afrique du Sud, où les Palestiniens ont une autonomie de pouvoir limitée. Depuis 1991, juste au moment où un tel système a été aboli en Afrique du Sud, un système de restrictions de voyage et de permis est entré en vigueur. 

Est-ce que cela veut dire que l'apartheid n'existe qu’en Cisjordanie ?

Pas du tout, il existe dans l'ensemble du pays, de la mer au Jourdain. Il règne dans ce seul territoire dans lequel deux peuples vivent, gouverné par un seul gouvernement, élu par un seul peuple mais qui détermine l'avenir et le destin des deux. Les villes et villages palestiniens suffoquent à cause de la planification délibérément restrictive en Israël, tout comme ils suffoquent en Cisjordanie. " 

Dans un autre article, paru le 21 Novembre “In the real tally of violence, Palestinians have it much worse (Dans le vrai décompte de la violence, les Palestiniens souffrent biens pire), elle écrit:

 "Il n'y a pas un Palestinien sans antécédents d’injustice personnel et familial qui n’ont pas été causés et sont toujours causées par Israël." (traduction assez libre).

En Palestine encore chaque jour des personnes sont tuées, chaque jour des personnes sont torturées, mutilés à vie ou, tout simplement, disparaissent. Et cela depuis des décennies. Des millions de Palestiniens luttent et souffrent, mais ils ont besoin de notre soutien. Le boycott de l'Afrique du Sud a pris 20 ans mais le système finalement a craqué. Il se peut que ça prenne des années avant qu'il ne craque en Israël, mais le boycott fait déjà des fissures. Nous entendons et lisons peu à ce sujet, mais le boycott, ça marche. Quelques faits récents :

• La Roumanie est en dispute avec Israël parce qu'elle ne veut pas que les travailleurs roumains soient employés dans les colonies israéliennes illégales.

• Au début de Décembre, le ministre néerlandais des Affaires étrangères n'est pas allé à Hébron en Cisjordanie parce qu'il y serait accompagné par une escorte militaire israélienne. En plus de cela un conflit existe sur un scanner de conteneur payé par le gouvernement Néerlandais qui doit bénéficier le commerce entre la bande de Gaza et la Cisjordanie. Israël ne veut pas le mettre en place.

• Il y a un mois Vitens, la plus grande société d'eau potable Néerlandaise a signé une lettre d'intention avec Mekorot, la plus grande société d'eau potable d'Israël pour collaborer sur des projets communs. Après des critiques et un débat parlementaire Vitens s’est retiré du fait que des futurs projets communs ne peuvent pas être séparés de la sphère politique. "Et nous voulons rester neutre, " a annoncé un porte-parole.

• Pour la première fois dans l’histoire le gouvernement anglais a averti les entreprises qu'il y a des risques évidents liés à des activités économiques et financières dans les colonies, et que "ces activités ne peuvent pas être encouragés ou soutenus."

• A partir du 1er janvier 2014 de nouvelles réglementations de l'UE rentrent en vigueur "conformément aux positions de l'UE qui entérinent que les colonies israéliennes sont illégales en vertu du droit international et la non-reconnaissance par l'UE de la souveraineté israélienne sur les territoires occupés, indépendamment du fait de leur statut juridique en vertu du droit national d'Israël." Malheureusement, ils manquent de crédibilité. Ces lignes directrices donnent une orientation mais chaque pays de l'UE est libres de décider ce qu’elle appliquera ou non. Une fois de plus nous pouvons nous attendre à peu de différence de comportement des états et de l’Europe mais la pression monte car le lobbying pour affaiblir ces règles ou retarder leur mise en place est considérable.

Et la France dans tout ça ? Suivant IsraëlValley, la Chambre de Commerce France-Israël, pour les échanges économiques, la France est 5ème dans le monde. En Israël, la France est 9ème.

En tout état de cause, en France, le boycott est illégal depuis un jugement du tribunal de Bordeaux en 2010. Et bien que notre François Hollande a pris l’engagement de restaurer l’indépendance de la justice, les directives politiques, engagées par le gouvernement précédent, envoyées aux parquets sont maintenues. Au moyen des contributions publiques, la France est le seul pays au monde à retenir exclusivement des poursuites judiciaires contre les militants de la campagne « BDS- Boycott-Désinvestissement-Sanction » et ce, exclusivement au profit d’Israël.

En fait, nous savons que nous ne pouvions pas faire confiance en ce gouvernement de ‘gôche’ sur une masse de problèmes à régler, pourquoi alors aurions dû leur faire confiance dans ce domaine ?  N’est-ce pas à nous de passer à une vitesse supérieure ?

Une étude récente de Molad, le Centre pour le Renouveau de la Démocratie Israélienne a noté qu'Israël est particulièrement vulnérable à des sanctions et des boycotts par les pays occidentaux en raison de l'hostilité des pays voisins, et parce que 40 % du produit intérieur brut d'Israël est basée sur l'exportation. Principalement vers l'Europe.

Il est donc peut-être temps de s’engager dans le boycott d'Israël, le pays qui, aux côtés des Etats -Unis et de l’Angleterre, était le meilleur ami du régime d'apartheid sud-africain.

Les fêtes du Nouvel An sont une période de rêve pour commencer la pratique d’éviter l'achat de produits de l'apartheid israélien. Regardez le code barre sur les étiquettes, si les premiers chiffres commencent par 729, vous savez que vous avez affaire à un produit israélien. S’il y a pas de code barre regardez l’origine des produits indiqué sur les tableaux au rayon fruits et légumes. D’ailleurs, en passant, dites à votre médecin et pharmacien que vous ne voulez plus de médicaments génériques TEVA. TEVA est une multinationale israélienne dont les bénéfices s’investissent en partie dans les colonies israéliennes sur les territoires occupés.

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