Une Troisième Intifada?

De nos jours, l'attention du monde se concentre surtout sur la Syrie, Daesh, le terrorisme (aujourd'hui tout est terrorisme) et, ne les oublions pas, ces 'emmerdeurs' de réfugiés. L'Ukraine semble bien loin, c'est comme si la guerre au Yémen n'existait pas, ni d'ailleurs tous ces autres conflits oubliés. Et la Palestine dans tout ça? Et bien oui, causons de la Palestine tant qu'on y est.

La Première Intifada a commencé en décembre 1987 et était un mouvement de protestation de masse relativement coordonnée, un soulèvement populaire, qui au début a été menée par des comités locaux. Elle était essentiellement fondée sur des tactiques non-violentes telles que les boycotts, la non-coopération, brûler les cartesd'identité et des grèves. C'était un des moments les plus cohérents dans l'histoire de la résistance Palestinienne contre l'occupation militaire et la colonisation. Elle a culminé en 1990, lorsque les extrémistes juifs de Temple Mount Faithfull ont annoncé qu'ils allaient poser la première pierre pour la reconstruction du Temple de Salomon sur le Mont du Temple, à la place de la Mosquée Al-Aqsa. Puisqu'ils pensent que la mosquée a été construite sur les ruines du Temple de Salomon, la mosquée forcément devrait de ce fait être démolie.

Cependant pour les musulmans cette mosquée est le troisième site religieux le plus important , les deux autres étant la Kaaba à La Mecque et la Mosquée du Prophète à Médine. Dans les manifestations qui s'en sont suivis en octobre 1990 17 Palestiniens sont morts sous les balles de la police Israélienne. Plus de 100 autres ont été blessés. Face à la non-violence et le jet de pierres, Israël a mis sur pied la tactique du "poigne de fer".Yitzhak Rabin, qui à l'époque était ministre de la défense, a promu la politiques des "os cassés". Le terme se réfère au fait que les bras et les jambes de lanceurs de pierres étaient brisés, selon Israël une alternative aux balles des soldats. Le solde final s'élevait à 1283 morts Palestiniens et 2.500 maisons démolies.

La Seconde Intifada a commencé en septembre 2000 avec la visite du premier ministre Ariel Sharon au Mont du Temple. Pour les Palestiniens une pure provocation. En outre la colonisation de la Cisjordanie continuait comme toujours. Contrairement à la Première Intifada la Seconde a été caractérisée par des attentats-suicides et les tirs de roquettes depuis la Bande de Gaza, mais aussi par des opérations Israéliennes à grande échelle, connus sous le nom «Bouclier défensif» dans lequel des chars, des tireurs d'élite, des hélicoptères et des avions de guerre ont été déployés. Les quartiers et les villages Palestiniens étaient envahis et occupés. En plus un couvre-feu strict était en vigueur. des arrestations massives effectues, des maisons démolies ... Le travail des "fouineurs", les observateurs internationaux et journalistes rendue difficile voire impossible. Parfois l'accès au personnel humanitaire et médical était refusé ou empêché. Au cours de la Seconde Intifada, il y 4.200 Palestiniens et 1.100 Israéliens ont trouvé la mort.

La Seconde Intifada a conduit en 2002 au début de la construction du mur de séparation "pour protéger les villes et villages Israéliens contre les terroristes". Indirectement, elle a également entraînée le retrait des Israéliens de la bande de Gaza en 2005. Dans les colonies évacués de cette zone tous les bâtiments étaient démolis et ce qui ne pouvait être emporté était détruit.

La vague actuelle de violence, certains l'appellent la «Intifada des couteaux» contient encore des éléments des deux premiers soulèvements: aucune perspective de (politique) future, une répression violente Israélienne, l'expansion des colonies (toujours plus accentuée) et des tensions à Jérusalem, en particulier autour du Mont du Temple. Le recrudescence de la violence serait une conséquence de l'incendie en juillet d'une maison Palestinienne par des extrémistes juifs. Trois personnes dont un bébé de 18 mois n'ont survécu et un garçon de quatre ans est toujours à l'hôpital. Le fait que quelque temps plus tard était également divulgué qu'Israël avait l'intention de changer le statu quo sur le Mont du Temple et d'autoriser aussi les non-musulmans à y prier.

La recrudescence de la violence en Palestine et en Israël est structurellement et politiquement différente des Intifada historiques. Lorsque la Première Intifada a commencé l'OLP (qui de ce temps était en exil à Tunis) et le Hamas collaboraient du moment qu'ils avaient repris en charge la coordination des mains des comités locaux. Sept ans plus tard, au cours de la Seconde Intifada, c'étaient à nouveau les dirigeants politiques qui prennent en mail la direction de l'insurrection caractérisée par de nombreux attentats-suicides. On pourrait dire que ces deux soulèvements avaient des objectifs politiques où les dirigeants étaient en mesure de négocier et, finalement, ont pu mettre fin à l'Intifada.

Le même ne s'applique pas aujourd'hui. La protestation est plus organique et s'est constitué en dehors du contrôle des dirigeants Palestinienne. Il est plus le travail de ce qu'aujourd'hui on appelle le «loup solitaire». Les liens entre les nombreux «loups solitaires» mêmes ou avec le Hamas et le Fatah n'est pas simple à faire. Israël normalement n'a jamais de difficulté d'imputer la responsabilité de tout et plus encore à ces deux organisations. Les services de renseignements Israéliens ont du mal à traquer les assaillants à l'avance. Une des caractéristiques du «loup solitaire» est en effet qu'il communique peu ou pas du tout et fait usage d'objets du quotidien (couteau, voiture ...) qui ne peuvent être décrits comme des armes qu'au moment où ils sont utilisés en tant que tels.

 Le crédit du Fatah et de l'Autorité Palestinienne (ci-après dénommé AP) en Cisjordanie est en forte érosion. Le Fatah est aujourd'hui principalement concerné par sa propre stabilité et sa survie politique. Le Fatah sent le souffle chaud du grand rival Hamas dans le cou. Le Hamas a gagné en popularté en Cisjordanie alors que le celle du Fatah fond comme de la neige sous le soleil fait. En septembre 2014, juste après l'Israélienne l' opération «Bordure protectrice» à Gaza le Palestinian Center for Policy and Survey Research (Centre Palestinien pour la politique et la recherche) publie les résultats d'un sondage montrant que 61% des Palestiniens voteraient pour Ismail Haniyeh, le dirigeant du Hamas, si à ce moment seraiy tenues des élections présidentielle. Un an plus tard, en septembre 2015, selon un nouveau sondage réalisé par le même institut il semblerait que les deux tiers des Palestiniens voulaient que l'actuel président Mahmoud Abbas démissionne.

Pour sa survie économique et politique le Fatah est entièrement dépendant d'Israël. Compte tenu de l 'erosion du soutien du peuple Palestinien, il pourrait sembler judicieux au Fatah d'attiser une "Troisième Intifada". Ce serait une occasion de retrouver une certaine légitimité et de contrer la popularité du Hamas. L'inconvénient est que non seulement les relations avec Israël en souffriraient énormément avec non seulement toutes les conséquences financière mais le Fatah trisquerait aussi de perdre le crédit international qui a, au cours des dernières années, été laborieusement élanoré.

Le Hamas pour sa part a plus d'expérience de lutte contre Israël. Cela ne veut pas dire qu'il est aujourd'hui mieux préparé pour une nouvelle Intifada. Gaza est tellement isolé physiquement d'Israël et de la Cisjordanie qu'il est presque impossible de faire entrer ou sortir en contrebande des armes ou des combattants. Par conséquent le soutien du Hamas serait essentiellement rhétorique et pourrait éventuellement également consister en des tirs de roquettes.

Mais même cette option ne serait plus ce qu'elle a été. Des missiles «fait maison» ayant une avec une portée limitée est toujours possible mais le stock de roquettes à longue portéé comme le Fajr-5 Iranier ou le Khaibar-1 Syrien, qui pourraient menacer Tel Aviv et Jérusalem est épuisé ou a été détruit depuis l'opération «Bordure protective». Elles ne peuvent plus être livrées depuis que le contrôle Egyptien de la frontière Gaza-Sinaï s'est accru et que des centaines de tunnels ont été détruits. Sue la Méditerranée les patrouilles de la marine Israélienne est aujoutd'hui plus intense que jamais.

Le Hamas a d'ailleurs ses propres problèmes politiques. Il doit faire face à la concurrence du Jihad islamique Palestinien, de Daesh et d'autres petits groupes radicaux qui essaient de capitaliser sur le mécontentement croissant de la situation économique de plus en plus dramatique à Gaza et le sentiment que le Hamas n'est pas assez radicale pour y changer quelque chose. A la mi-septembre la bande de Gaza a connu les plus grandes manifestations depuis des années contre les coupures de l'électricité. La population a appris à vivre avec ces coupures qui sont de tous les jours mais la fréquence de ces coupures n'a jamais été si dramatique que maintenant. Le Hamas pourrait donc tenter de renforcer sa position en soutenant une «Troisième Intifada». Récemment des dirigeants du Hamas comme Mahmoud al-Zahar et Ismaïl Haniyeh ont d'ailleurs appeler à intensifier les attaques contre les Israéliens en utilisant d'armes à feu et d'explosifs. Cependant si le Hamas veut vraiment prendre le leadership de l'Intifada il devra prendre en compte les répercussions d'Israël. Après tout le Hamas est en plus mauvaise position que jamais pour pouvoir riposter.

Israël a toujours suivi la stratégie de tenir la direction Palestinienne responsable de tout ce qui se passe dans les zones qu'elle «contrôle». Les Israéliens font rarement la distinction entre qui lance les roquettes à partir de Gaza, le Hamas, le Jihad islamique ou Daesh. En Cisjordanie l'AP est rendu responsable de tout acte de violence perpétrée. Les méthodes employées peuvent être décrites comme la punition collective: à Gaza on bombarde et en Cisjordanie on fait usage de la tactique d'arrestations massives, l'utilisation deballes de caoutchouc (et de vrais balles), l'intensification de la construction de colonies, la démolition de maisons, le l'érablisement du couvre-feu et l'interdiction de quitter le territoireEn hénéral Netanyahou et ses alliés croient que la violence («vague de terreur») est le résultat d'une profonde haine d'Israël et des Juifs et que, comment pourrait-il en être autrement, la direction Palestinienne est derrière tout cela.

La plupart des politiciens de son camp croient que seule la «poigne de fer»est en mesure de restaurer la paix et de bénéficier à leurs propres plans. La vague actuelle d'attaques fait leur jeu. Netanyahou et son gouvernement - qui compte un certain nombre de colons – disent ouvertement qu'ils ne veulent rien savoir d'un état Palestinien. Le but ultime est l'expansion d'Israël avec la totalité ou au moins une grande partie des territoires Palestiniens. La vague de violence actuelle leur donne la possibilité de répondre par des mesures structurelles qui servent cette fin.

La vision du gouvernement et de la majorité au parlement sur les politiques à mener diffère cependant de celle des services de renseignements et (une partie) de l'armée.

Les services de renseignements Israéliens ne nient pas que l'incitation à la violence peut jouer un rôle, mais soulignent également que les jeunes (surtout) attaquants sont motivés par la frustration de leurs conditions de vie personnelles et économiques. Ils puisent leur inspiration sur les réseaux sociaux et passent souvent indépendamment à l'acte et improvisent leur action. Des voix s’élèvent dans l'armée et les services de renseignements pour faire des concessions (libération de prisonniers, l'extension des permis de travail en Israël, augmentation de permis pour la construction de maisons dans la zone C de la Cisjordanie) en échange de l'arrêt de la la violence.

L'image des dirigeants Palestiniens pourrait s'améliorer si des concessions claires sont fait. Ils pourrainr alors peut-être au moins diminuer la violence. Alternativement la coopération avec Israël pourrait nuire encore plus la crédibilité de l'AP et la probabilité qu'ils auront une incidence sur la violence est faible.

Des concessions ne sont pas à l'ordre du jour, au contraire. Les politiciens Israéliens exigent toujours plus d'actions encore plus radicales et répressives. Le cabinet du Premier ministre Netanyahou a balayé de la table chaque concession. Faire des concessions c'est comme «récompenser le terrorisme». Sur le médias sociaux une campagne a même été lancée pour que soit viré l'officier supérieur, le chef du commandement central de l'armée, qui avait fait ces propositions. L'homme a également été contraint de les retirer dans une réunion avec des dirigeants des colons d'extrême-droite.

Mi-novembre, le gouvernement a également interdit la branche nord du Mouvement Islamique fondamentaliste et militant en raison de liens avec le Hamas et les Frères Musulmans et pour 'incitation à la violence. Des sondages tenues avant l'interdiction démontrent que plus de la moitié de la minorité Palestinienne en Israël, y compris les Palestiniens chrétiens, trouvent que le Mouvement les représentait. Les services de renseignements Israéliensont averti le gouvernement que l'interdiction susciterait la colère de la population arabe Israélienne. Le mouvement se verrait de continuer sans doute de fonctionner en clandestinité et serait plus difficile à contrôler. Cependant cela n'a eu aucun effet sur la décision.

Officiellement, le Président Abbas ne soutient pas la violence, mais il ne peut non plus se montrer faible par rapport à ses concurrents politiques et le peuple Palestinien, et a arrêté de la condamner. Les Israéliens considèrent cela comme une provocation et une incitation à de nouvelles attaques contre des civils et des soldats Israéliens. Le gouvernement Israélien continuera probablement d'imputer la responsable de la violence à l'AP. Un bon prétexte pour ne pas faire des concessions politiques. Le résultat en sera que la relation entre l'AP et Israël continuera à se détériorer

Il est d'ailleurs significatif que le Secrétaire d’État des États-Unis John Kerry lors de sa dernière visite en Israël fin Novembre n'a pas pipé mot à propos de la reprise des pourparlers de paix.

La frustration et le désespoir de la situation a mené de nombreux Palestiniens à penser qu'il n'y a aucune chance de changement sans une action dramatique. Selon un récent sondage Gallup, ils sont aujourd'hui plus ouverts à la lutte armée qu'ils ne l'ont été les 10 années passés. Plus des deux tiers de la population croit que les relations entre Palestiniens et Israéliens ne peut que se détériorer encore plus..

Il ne semble pas exister une solution rapidement pour la Palestine. Non qu'il y ai quelqu'un qui se fasse une illusion quelconque.

 


PS. Excusez-moi pour les fautes d’orthographes ou grammaticales, le Français n’étant pas ma langue maternelle.

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