Les vicieux, les idées radicales et le terrorisme

Vendredi, dans un « coup de filet » bien médiatisé (le terme est d’ailleurs repris par Le Point, Libération, TF1, Le Figaro, Le Monde, l’Express, Paris Match, France 24, Le Parisien… et j’en passe), 19 islamistes ont été interpellés. Bien que ces interpellations ne sont "pas directement lié" à l'enquête sur les crimes de Merah, comme l’a expliqué une source proche de l'enquête, tout nous mène à croire le contraire. Après la mort de Mohamed Merah, le RAID n’était pas encore rentré dans sa caserne que Nicolas Sarkozy, en grande pompe, annonçait déjà des nouvelles règles de combat contre le terrorisme :

  • "Toute personne qui consultera de manière habituelle des sites Internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence sera punie pénalement".
  • "Toute personne se rendant à l'étranger pour y suivre des travaux d'endoctrinement à des idéologies conduisant au terrorisme sera poursuivie pénalement".

Ce n'est pas la première fois que le gouvernement déclare la chasse ouverte sur les idées radicales. Les attaques terroristes de Mahomet Merah sont une fois de plus la raison de renouer avec cette tradition. Parce que la radicalisation mène au terrorisme, n'est-ce pas?

Et bien, non, pas vraiment. Après presque dix ans de recherche sur la radicalisation et le terrorisme il a été démontré qu’ils n’ont rien en commun(1). Des idées, aussi radicales qu’elles puissent être, ne conduisent jamais au terrorisme. Un acte terroriste n'est pas motivé par une pensée, mais par des sentiments d'injustice, d'exclusion, d'humiliation. Ces sentiments contribuent à une radicalisation politique qui mène parfois à l'extrémisme et plus tard - dans des cas très rares – à un acte terroriste. Il n’y a aucun lien direct au causal entre la pensée radicale et l’acte de terrorisme. En outre, quand l'injustice ne suscite plus l'indignation et les pensées radicales, c’est signe que la société est malade. Ouvrir la chasse aux idées radicales dans l'espoir de prévenir des actes terroristes et de perdre ainsi de vue le contexte qui évoque de telles pensées crée, dans le meilleur des cas, de fausses attentes.

La nouvelle offensive annoncé par le président sortant arrive au moment même où l'extrémisme violent est en déclin. Vous avez bien lu, la soi-disant «radicalisation» est - en dépit des attentats de Montauban et Toulouse - sur le chemin de retour.
Des années de recherche sur la radicalisation et le terrorisme n'ont livrées aucun instrument pour mesurer la «radicalisation». Ceux et celles qui prétendent que la radicalisation est croissante se basent le plus souvent uniquement sur des impressions qui sont alors généralisées.
Ceux et celles qui prétendent le contraire, s'appuient sur les précédents historiques du terrorisme. A partir du moment qu'une vague d'attentats terroristes est commise par des individus, la dernière phase de son déclin se déploie. Comme tous les précédentes vagues de terrorisme, le terrorisme djihadiste a un début et une fin. Et cette fin est en vue du moment que des individus plutôt que des organisations forment le noyau de la menace de terrorisme.

Les libertés démocratiques

Le terrorisme a toujours eu comme but de susciter la peur et de dresser des groupes de personnes les uns contre les autres. Celui qui exagère la menace terroriste fait le jeu des assaillants.
Ce n'est pas parce que Nicolas Sarkozy est à la pêche des voix du Front National qu'il y a, comme il le suggère, une corrélation entre la migration, les musulmans, le radicalisme, le salafisme et le terrorisme.

La France qui revendique toujours d’être le pays de la liberté et des droits de l'homme a de ce fait le devoir de se distinguer par un accent explicite et systématique de respect et de protection des libertés démocratiques.
Dans la lutte contre le terrorisme, les libertés individuelles ne peuvent être affectées. Après le 11 Septembre on entendait encore ces mêmes principes dans les milieux politiques, le monde de la sécurité et de la police Européenne. Mais ce discours s'est érodé petit à petit et, si ce n'est pas encore fait, il semble qu'on est en passe de le jeter par-dessus bord.

N’oublions cependant pas que les idées radicales sont de tous les temps et sont protégés par la Constitution.
La déclaration des droits de l'homme nous dit: "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi."
En plus dans un état de droit il est supposé que personne n’est considéré comme suspect, simplement parce qu'il a des idées radicales ou parce qu'il appartient à un groupe spécifique. Une loi suppose également que seul le soupçon d'un crime peut être motivation pour un contrôle rapproché et non pas parce que cette personne a statistiquement plus de chance d'être un danger.

Comment réagiriez-vous si cela vous arrivait?
Vous ne seriez pas scandalisé si vous étiez innocent?


(1) Pour une bibliographie assez complète de la recherche sur le terrorisme et la radicalisation (récentes et anciennes), voyez : ‘Jihadi Terrorism and the Radicalisation Challenge. European and American Experiences’, edité par Rik Coolsaet et publié par Ashgate, London, UK.


PS. Excusez-moi pour les fautes d’orthographes ou grammaticales, le Français n’étant pas ma langue maternelle.

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