Audin (pour Stora)

À Mr Stora Médiapart

 

À 26 ans, après 30 mois de service militaire en métropole, j’arrive en Algérie début septembre 57, où je construirai des routes pendant 4 ans, dans l’Erg Oriental, la région frontalière d’Ouenza et la Kabylie.

Entre autres : Je suis resté une éternité de quelques secondes, seul en face des fusils de deux fels qui, sans doute paysans incultes, ont su reconnaître mon humanité.

Je pensais être concitoyen d’un Bollardière et étranger d’un Aussaresses. Je me trompais : maintenant, j’ai tout compris : l’auteur des assassinats par « la République » c’est « un décret autorisant la délégation des pouvoirs de police à l’armée », c’est donc « pas de chance » qui a tué et torturé.

Avoir reconnu la torture et l’assassinat d’Audin par des militaires est un bon et tardif épisode, au crédit d’un Président né 20 (ou 200) ans après les faits, un peu satisfaisant pour la famille, bien que .… Audin reste un traître, Bollardière un puni, Aussaresses un Général décoré.

Donc la République a fauté mais aucun des individus n’a mal fait, et à contrario il n’y a aucun individu pour avoir sauvé l’honneur en protestant.

Tout est la faute à « pas de chance ».

Ce beau discours n’a pas pu être écrit par des historiens.

Francis Rocchi

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