Allons aujourd'hui au XVIIè siècle retrouver un étrange personnage, Théophile de Viau, poète libertin qui a failli finir sur le bûcher pour des textes licencieux...
Un corbeau devant moi croasse,
Une ombre offusque mes regards ;
Deux belettes et deux renards
Traversent l'endroit où je passe ;
Les pieds faillent à mon cheval,
Mon laquais tombe du haut mal,
J'entends craqueter le tonnerre :
Un esprit se présente à moi ;
J'ois Charon qui m'appelle à soi,
Je vois le centre de la terre.
Ce ruisseau remonte en sa source ;
Un bœuf gravit sur un clocher ;
Le sang coule de ce rocher ;
Un aspic s'accouple dune ourse ;
Sur le haut d'une vieille tour
Un serpent déchire un vautour ;
Le feu brule dedans la glace ;
Le soleil est devenu noir ;
Je vois la lune qui va choir ;
Cet arbre est sorti de sa place.
Ce poème est caractéristique de l'esthétique baroque. Dans la première strophe, les événements deviennent de plus en plus angoissants et le monde se renverse finalement dans la deuxième strophe jusqu'à devenir étrange. Cette description s'arrête aussi brusquement qu'elle a commencé. Est-ce le monde qui devient fou ou est-ce le poète qui a perdu la raison ?
Pour ne pas en rester sur ce tableau bien sombre en ces temps où un virus renverse notre monde voilà comment Théophile envisageait son métier de poète.
Je veux faire des vers qui ne soient pas contraints,
Promener mon esprit par de petits desseins,
Chercher des lieux secrets où rien ne me déplaise,
Méditer à loisir, rêver tout à mon aise,
Employer toute une heure à me mirer dans l'eau,
Ouïr comme en songeant la course d'un ruisseau,
Écrire dans les bois, m'interrompre, me taire
Composer un quatrain sans songer à le faire
Il ne nous reste plus qu'à faire comme lui...