Régis est capitaliste

Régis aime profiter de ce samedi matin comme de tous les samedis matin, pourtant ...

Il admire les reflets bleutés du soleil sur la peinture métallisée couleur champagne de son Renault Scénic neuf acheté à crédit l’an dernier. 

Il le gare consciencieusement sur la place qui lui est attribuée dans le lotissement du « Bois fleuri » dans lequel il a acquit un pavillon de 4 pièces financé sur 30 ans au Crédit Mutuel voisin.

Régis aime profiter de ce samedi matin comme de tous les samedis matin, pourtant ... il ne s’autorise aucun loisir ni aucun écart, Régis doit économiser, se priver, faire fructifier ses quelques placements, en envisager d’autres. Régis a des rêves, des rêves qu’il ne réalisera jamais mais cet argent le rassure, il identifie le domaine du possible et du réalisable. Régis est rassuré, immobile dans sa vie mais rassuré. Moins immobile qu’il n’en a l’air car il accumule à la façon d’un écureuil ce petit capital exponentiel qui compte plus que tout. 
Régis est vigilant et malin, si toutes les occasions sont bonnes pour ne rien dépenser et laisser les autres le faire à sa place, il sait saisir les opportunités ... et préférerait déposséder sa pauvre mère que de laisser passer son intérêt au second plan.
Régis est content.

Régis admire encore un peu ces reflets bleutés sur les courbes brillantes de son Scénic à lui.
Régis retournera à l’usine lundi, il se fera un peu houspiller par son chef, monsieur Michel, mais Régis serrera encore une fois les dents. Régis est patient. 
Il ne se mène pas des syndicats, du CE, des problèmes des autres... tout ce que demande Régis..? C’est qu’on ne lui demande rien. 
Régis n’est ni d’un camp ni de l’autre... Régis est pour le sien !

Régis ne supporte plus les « migrants », Régis à peur de devoir un jour se séparer d’une infime partie de son pécule consciencieusement amassé pour devoir le partager avec des gens venus d’ailleurs. Il ne ferait pas pour son propre frère... alors cette idée lui est insupportable. 
Régis vote Front National pour chasser ces migrants hors de France et protéger son petit trésor.

Régis se fout bien de savoir que de jeunes enfants se noient en Méditerranée. Régis n’aime ni les enfants ni la Méditerranée !...

Régis est fier d’être français, lui qui n’a jamais eu aucun talent, aucune vertu particulière... il est fier de cette qualité acquise par le hasard de l’Etat Civil, d’ailleurs Régis déteste les étrangers !

Régis joue au loto, avec application, chaque semaine, en caressant l’espoir de devenir un jour aussi riche que ces riches qui l’écœurent. 
Il ne supporte pas de les voir se pavaner devant lui.

Régis prend toutes ses vacances qu’il cumule stratégiquement avec ses congés maladie à la moindre alerte de gastro ou de burn out. 
Régis débauche à l’heure pile, vérifie ses tickets restaurant, cumule ses bons de réduction, peaufine ses petites combines, Régis ne perd jamais un centime.

Régis n’a pas d’ami, ne reçoit pas chez lui en dîners dispendieux, Régis économise aussi sur ces relations inutiles.

Régis se plaint toujours et fustige la bourgeoisie, le patronat et cette société fondée sur l’argent.

Le samedi après midi, Régis ne manifeste pas, il ferme à double tour le portillon de son pavillon et s’installe confortablement devant BFM TV pour voir ce monde qui s’effondre. 
Régis aime la Police, Régis ne veut pas d’histoires !

Régis ne sait plus quoi penser !

Dans le doute... il a posé en évidence un gilet jaune plié en quatre sur le tableau de bord de son Scénic. 
Régis est prudent !....

Franck JUIN

Régis Régis

 

 

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