Laisses couler...

«Dis-toi bien qu'si quelque chose devait m'manquer, ce serait pas l'vin, ce serait l'ivresse...»

Albert, «Un singe en hiver»*



«Fuite en avant», «risque», «chute» , pour un amateur de glisse c’est  là que réside tout le plaisir! Frôler la chute, au delà de la poussée d’adrénaline immédiate, c’est la certitude  qu’on a atteint ses limites...Et  qu’on fera mieux la prochaine fois! Cette image, «forte et courageuse»  est bien entendue valorisée par notre société de macho, jusqu’a en faire un, si ce n’est le, modèle... Mais la force ne compense pas toujours une faiblesse technique, elle fait certes la différence en compétition, mais seulement face aux adversaires, pas au milieu. La glisse nécessite d’autres qualités, presque antinomiques, la parcimonie et une dose certaine de fatalisme.

À ceux qui souhaite en faire l’expérience Je  propose un «sport» accessible à tous : le cerf-volant, de préférence un petit cerf-volant acrobatique à deux lignes. Facile ça monte tout seul, sans rien faire d’autre qu’une légère traction symétrique sur les deux poignées... Si ça n’est pas le cas vous en avez trop fait!  Il est illusoire dans un milieu instable de chercher à compenser le moindre mouvement, sachez ne rien faire, acceptez le balancement, accompagnez...  Voilà., le cerf-volant est au dessus de votre tête se balançant mollement... et soudain part en cabrioles et se crash... Le laisser-aller à ses limites, mais une action vigoureuse a sensiblement les mêmes effets, ce type d’engin se maîtrise à 4 doigts, oubliez tout stratégie de choc. Voilà... Un peu de voltige? Rien de plus simple, tirez une des ligne : le cerf-volant tournera autour de celle-ci d’autant plus vite que le déséquilibre est grand... mais le sol se rapproche... Non lever les deux bras pensant lui faire reprendre de l’altitude ne sert à rien qu’a augmenter la vitesse d’impact!  La manière la plus sûr, d’autant plus si vous êtes près du sol, reste de finir la boucle, puis, relâchez simplement  la tension et votre mobile reprendra sa position de «presque équilibre» au dessus de votre tête...

 Cet exercice très zen, ce «fatalisme actif de flotteur» devrait être enseigné dès la maternelle. Non seulement ça fait un bien fou, mais remet le pouvoir et la force à leur vraie place, loin derrière la sensibilité et la souplesse... À enviger plutôt qu'un énieme "seminaire saut à l'élastique".

Quant au courage :

«... J'ai entendu siffler les balles sur ma tête. Je connais enfin ce que je suis dans cette ambiance là, beaucoup plus calme que les maures.  Mais j'ai aussi compris, ce qui m'avait toujours étonné: pourquoi Platon (ou Aristote?) place le courage au dernier rang des vertus. Ce n'est pas fait de bien beaux sentiments: un peu de rage, un peu de vanité, beaucoup d'entêtement et un plaisir sportif vulgaire. Surtout l'exaltation de sa force physique, qui pourtant n'a rien à y voir. On croise les bras sur sa chemise ouverte et on respire bien. C'est plutôt  agréable. Quand ça se produit la nuit, il s'y mêle le sentiment d'avoir fait une immense bêtise. Jamais plus je n'admirerai un homme qui ne serait que courageux....» Antoine de Saint Exupéry
 
...

 

 

 

 

* Y'a un exergue pour faire sérieux, donc ça l'est pas.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.