Réponse à Gilbert

Une réponse un peu trop longue, et un peu hors sujet,  à un post de Gilbert Pouillart sur ce billet : http://blogs.mediapart.fr/blog/habitus/221112/vive-lutopie-vive-la-societe-de-demain-vive-lanarchie

Bricolage, solidarité, coopératives :bien sûr, on pratique depuis longtemps, parce qu'on n'a pas de fric.
Mais cela ne permet pas d'avoir des livres, des ordinateurs, de chercheurs, des machines agricoles, des transports publics, un service de santé, des études pour nos jeunes...etc...
pour tout ça, et le reste, nous avons besoin de nous organiser au-delà du local et du provisoire. On ne peut être anar dans un monde inorganisé. Les grandes réussites personnelles (j'en ai connu d'admirables) ne sont possibles que tant qu'il y a de pauvres non-anars...inconscients, victimes, ..Et des requins, bien sûr, ça semble aller de soi..
Non! Il nous faut inventer autre chose.

 Gilbert Pouillart


   Il n’y à pas un jour ou ne parle des «bricoleurs» que sont Bill Gates, Marc Zuckerberg, ou feu Steve Jobs ...  Ces millionnaires  ont tous trois mis en avant leur passé de «hakers» (de bricoleur donc) , comme un titre de noblesse. Le discret Tim Berners Lee  à lui réellement été fait chevalier de l'ordre de l'empire britannique, faute d’avoir fait fortune , c’est l’inventeur du «web»...

   L’inventeur de génie qui fait fortune dans son garage fait partie de la légende, presque autant que celle du financier visionnaire qui a cru en lui, mais  de l’aéroplane des frères Wright à la «cage à fil» de Georges Charpack l’invention est très souvent du domaine du bricolage. Il est même assez paradoxal que de grandes entreprises accordent  à leur employés un temps de «recherche libre», conscientes que la lourdeur de leur administration peut freiner l’innovation, c’est comme ça qu’est né le post-it...

 Mais le mouvement haker n’a pas produit que des multi-nationales richissimes il à aussi produit les Logiciels-Libres  et leur modèle de développement. Ce modèle, celui de Linux plus précisément,  a été décrit par Eric Raymond en 1999 dans «la cathédrale et le bazar» . Ce dernier étant un libertarien convaincu il n’est guère surprenant que ses faveur aillent au  bazar, principalement  en raison de sa flexibilité. Celle-ci est indéniable, Linux équipe à la fois:  80% des super-ordinateur et 35% des smart-phones, la plupart des «box» ADSL, des assistant de navigation TomTom... et accessoirement mes 5 PC :)

Sans entrer dans le détail du développement de Linux ni la jungle des licences open source, libres ou assimilées, supposons qu’ Alfred, Bertrand, Consuelo, Erik et Fanch sont des développeurs du projet «allegretto», un logiciel libre (LL).

  •      Alfred à créé «allegretto» pour son propre besoin et décidé de le mettre à disposition sous «licence libre» .
  •      Bertrand qui a un besoin similaire, décide de se joindre à lui pour améliorer et corriger quelques bugs
  •     Consuelo elle a besoin de fonctions plus avancées et ajoute à «allegretto» ses propre développements.
  •     Damian lui trouve «allegretto» intéressant mais trop complexe pour sa clientèle de néophytes et décide d’ajouter une interface graphique.
  •     Fanch décide de traduire l’interface et le manuel d’utilisation en breton...


Dans cette situation  Bertrand n’a pas eu à créer un clone en repartant de zéro et  Alfred dispose d’un meilleur outil grâce au correction de Bertrand. «allegretto». Ce premier niveau n’est qu’une mutualisation des efforts très logique en somme. Consuelo et Damien ne répondent pas directement au besoin d’Alfred et de Bertrand, néanmoins en étendant les fonctionnalités  d’ «allegretto» ils attirent un plus grand nombre d’utilisateurs et de développeurs qui à leur tour...  le rôle de fanch peut paraitre plus marginal, mais qui n’a jamais pesté contre un logiciel pas ou mal traduit... hum? Tous ont semble-t-il gagnés quelque chose.  C’est ce  fonctionnement idyllique qui a convaincu Erik Raymond  de la supériorité du modèle «bazar» , mais il a omis (sciemment?) une autre de leur caractéristique .

  Il se peut qu’Alfred considérant «allegretto» comme «son oeuvre», refuse les améliorations de Bertrand, ou les extensions de Consuelo ,qui ne réponde pas à son besoin immédiat, qu’il refuse de faire une modification nécessaire à l’interface graphique de Damian ou soit ferment opposé aux langues régionales... Dans ce cas Alfred ayant renoncé à la propriété exclusive de sa création, Bertrand, plus ouvert au désirs des utilisateur et aux suggestions des autres développeurs peut prendre «allegretto», et créer une nouvelle branche (fork) «prestissimo» et continuer à la faire évoluer.  Ces «forks» sont très courants dans le monde des LL, ils ne sont d’ailleurs pas forcement hostiles. Les objectifs d’«allegretto» et de «prestissimo» peuvent devenir si divergents qu’il devienne impossible de tout inclure sans produire une «usine à gaz» , les deux projets continuant cependant de collaborer sur les fonctions qui leur sont communes. Les fork , comme toute scission  présente le risque de disperser les forces sur de trop nombreux projets concurrents...  L’inverse du fork existe également la fusion (merge).

 C’est bien l’abandon par son créateur de la propriété exclusive de sa création qui permet ce bouillonnement permanent, cette flexibilité extrême, et cette créativité, pourtant le chiffre d’affaire projeté de Linux pour 2013 est de 35,5 milliards de dollars en croissance de 26% ... Je gage que si Bill Gates devait développer aujourd’hui Windows une licence libre serait la seule solution pour concurrencer un tel monstre de 15 millions de lignes de code. Même ce grand requin bleu d’IBM participe à la fête tout comme son concurrent Cray inc.

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