Democratie liquide

  Depuis quelques temps s’il est un commentaire récurrent  c’est certainement «évitons les sujets clivants» autrement dit évitons les sujets sur lesquels les électeurs de gauche, (étant acquis qu’ils sont l’écrasante majorité des lecteurs de médiapart) ne sont pas d’accord. Je suis de gauche (un peu extrême même) mais je ne vois pas pourquoi nous devrions nous abstenir du débat au nom que toute la gauche n’est pas unie (et que la droite est forcement contre, ce qui reste à voir).  Au mieux forcerons nous le capitaine à louvoyer, car nous ne sommes pas, et ne serons pas, consulté.
 Alors autant éviter d’en arriver au point Godwin médiapartien (la définition du point Godwin ne fait pas spécifiquement appel au IIIeme Reich)   «vous n’êtes pas démocrate» .


 Mais au fond sommes nous bien en démocratie? Il me semble parfois que nous n’avons pas dépassé le stade du despote éclairé de Diderot ou du roi philosophe de Platon ... Cette question me taraude entre autre quand je doit élire mon «despote quinquennal». Non que je sois indécis entre un «petit Napoléon» ou un «capitaine de pédalo», j’aime les sports nautiques fussent-ils particulièrement lents et avares en sensations, alors de je considère comme  «à chier» les goûts musicaux du premier. Ces considérations ridicules ne sont certainement pas à la hauteur d’un enjeux aussi considérable et guère plus satisfaisantes que le pile ou face... Mais il faut choisir. C’est un devoir du citoyen. Il faut un chef à la nation, etc...

 La peur de l’indécision, qui serait sa faiblesse,  hante la démocratie depuis ses origines: Comment faire pour que ce dégage une «majorité forte» apte à prendre les «décisions difficiles» (celles qui rencontre l’opposition de cette foule de crétins qui compose le peuple). Ce problème était déjà soulevé par Condorcet, c’est vous dire si c’est pas neuf.

 Notre constitution semble l’avoir résolu de manière très simple, le scrutin uni-nominal à deux tours, associé à la non prise en compte du vote blanc, dégage presque automatiquement une majorité. Surtout si on y ajoute une pincée de «vote utile»,  version électorale du «contest beauty game» de Keynes qui écarte de facto les «petits candidats».

 Mais le paradoxe n’est pas levé du tout, il seulement reporté au niveau du citoyen/électeur, qui doit réduire l’ensemble des débats à ce choix binaire, par toute une suite de compromis avec ses idées et sa conscience:  Si je suis pour la «priorité à l’éducation», alors je suis pour «l’aéroport de ND des Landes», le «mariage pour tous» et le «vote des étrangers aux scrutins locaux»...

 Dans ces conditions  notre choix dépend plus de ce que nous sommes prêt à abandonner, (question de priorité n’est-ce pas...)  qu’à une image fidèle de nos convictions.  Ce type de choix en creux provoque tout aussi automatiquement la déception des électeurs à plus ou moins brève échéance, sauf à demander au candidat élu de ne surtout rien faire ... Ce qui revient à l’immobilisme précédemment reproché! Nouveau paradoxe.

  Mais nous plus au 18eme siècle, non que nous avons évolué, même si je trouve notre société de consommateurs... assez pauvre,  nous disposons d’outils de communication beaucoup plus performants. Une nouvelle piste plus démocratique, a été ouverte par le Parti Pirate: la «Démocratie Liquide». Il reste un tas de questions ouvertes par ce modèle autant  techniques, fonctionnelles et même éthique...Et je trouve que ces questions mérites d’être posées.

http://en.wikipedia.org/wiki/Delegative_democracy

http://liquidfeedback.org/

Les deux liens sont en anglais (ou allemand) je n'en excuse

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.