Au delà de l'Europe, la lutte contre les populismes et la question des valeurs

Ex insoumis directeur de campagne pour les législatives, banni par la FI en septembre 2018 pour avoir posé la question de la démocratie et lutté contre cette forme d'organisation gazeuse pendant un an, critique sur la stratégie populiste de Mouffe et Laclau, socle idéologique de la FI, voilà l'explication de mon vote dimanche prochain pour la liste du PCF.

Je m’attends déjà à des remarques désobligeantes de certains, que je serai « has-been » pour ne pas avoir vu le nouveau monde arriver avec sa nouvelle répartition des forces avec d’un coté « l’oligarchie », et de l’autre « le peuple ». Comme si 2017 avait tout révolutionné et tout bouleversé.

Ce que je vois, c’est que la puissance des entreprises, le pouvoir de l’argent, les inégalités sociales, le racisme, la main mise de l’économie sur la politique sont toujours aussi présentes... Rien de nouveau finalement depuis plusieurs siècles.

L’élection de 2017 n’a rien changé. Cette élection, je la considère aujourd’hui comme une simple anomalie dans le cours de l’histoire, une succession de hasards qui ont conduits à l’élection d’un président, faute de mieux, par la lâcheté ou la cupidité de certains candidats.

Cette élection a voulu nous faire croire que l’ancien monde avait disparu. Plus de gauche ni de droite. Comme par un tour de magie.

Cette magie du hasard a cependant accouché d’un monstre, le populisme. Si je reconnais volontiers que la FI a épousé cette époque par opportunisme, le parti présidentiel et le RN puisent aussi dans ce même populisme. Aujourd’hui, chacun de ces trois là se tient, chacun a besoin de l’autre pour pouvoir exister, le populisme alimente le populisme par des petites phrases, par du spectacle donné sur les médias, par de la surenchère au quotidien.

Ce que je vois, c’est que la puissance des entreprises, le rapport à l’argent, les inégalités sociales, le racisme, la main mise de l’économie sur la politique sont toujours aussi présentes... Rien de nouveau finalement depuis plusieurs siècles.

Alors pourquoi voter pour la liste du PCF conduite par Ian Brossat alors que je pourrai parfaitement m’abstenir dimanche comme je l’avais envisagé il y a quelques semaines ?

Outre la campagne qu’il conduit courageusement malgré toutes les insultes contre sa liste, outre son programme modeste mais que je trouve réaliste dans le cadre de cette Europe actuelle, et bien je veux avant tout faire ce paris du retour de la gauche contre ce populisme, contre ces trois partis : Fi, Lrem et le Rn qui ont besoin l’un de l’autre pour vivre et qui imposent leur réalité politique en décalage complet avec la réalité sociale du pays depuis 2 ans.

Pour moi, mais je me trompe peut-être, le mouvement des Gilets Jaune n’est finalement aujourd’hui que la manifestation visible et palpable de ce populisme. Ce mouvement social a été instrumentalisé au fil des semaines  au profit de ces trois partis populistes. C’est un spectacle qu'on nous impose samedi après samedi, ce match entre ces trois partis politiques.

Qu’on ne s’y trompe pas, malgré les beaux discours et belles envolées lyriques qu’on peut entendre dans la bouche de certains candidats, ce ne sont pas les quelques députés français élus par 40 % des électeurs qui pourront changer les choses.

L’enjeu de cette élection est cependant ailleurs. La politique s’envisage sur le temps long. Ces européennes sont essentielles pour les prochaines échéances. Les municipales, les régionales, cantonales et présidentielles en 2022. Pour moi, il est encore une fois hors de question que le populisme continue son avancée en détruisant tout sur son passage et qu’on pourrait résumer par cette phrase prémonitoire de Mélenchon en 2010 : « Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas ».

Alors, peut être que cette liste du PCF fera plus de 5 % et enverra quelques députés au parlement européens ? Ce serait là une belle victoire, même très symbolique, pour dire que la politique ne peut pas se résumer à ce spectacle, à ce match à trois tandis que la misère est toujours là. Peut-être que le PCF n’a pas encore accompli la mue ou sa propre révolution ? Mais je me dis qu’il y a sûrement toujours cette mémoire commune qui demeure, celle du souvenir des premières luttes pour les droits au XIXe siècle.

Ainsi, mon choix est donc fait pour que la gauche puisse renaître, ou tout du moins l’idée que je me fais de la gauche. Celle qui est généreuse, chaleureuse, accueillante et finalement humaine.

 

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