En Marche n'est pas une organisation politique

En avril 2016, j'ai rejoint le mouvement En Marche quelques jours seulement après sa création par Emmanuel Macron pour finalement le quitter au lendemain de l'élection présidentielle. J'y ai découvert un fonctionnement et une culture qui risquent de mettre à mal notre modèle démocratique. A quelques jours du second tour des élections législatives, il est temps de tirer la sonnette d'alarme.

Atteintes supposées à la liberté de la presse, railleries autour de candidats de La République En Marche taxés d'incompétence et/ou d'inexpérience... Les mises en garde se multiplient quant au risque de dérive autocratique du pouvoir Macron. Au regard de ce qu'a été la nébuleuse En Marche depuis sa création, ces craintes sont légitimes. Mais quels sont les secrets de fabrication de l'officine de celui que certains se plaisent déjà à qualifier de Kennedy français ?

Pour le grand public, tout a vraiment commencé avec le meeting parisien du 10 décembre 2016. Porte de Versailles, 15000 marcheurs et curieux se retrouvent à l'intérieur du parc des expositions. Plusieurs milliers sont contraints de rester à l'extérieur. Pourtant organisé cinq mois avant l'échéance électorale, ce meeting a déjà un parfum de fin de campagne... et de victoire. A l'entrée des lieux, aucun service d'ordre n'est apparent. Aucune fouille ou palpation virile n'est pratiquée. Le meeting est encadré exclusivement par une très large équipe fortement féminisée de jeunes tout juste majeurs. L'ambiance est bienveillante. Sans même se connaître, les participants se sourient et finissent par échanger librement, dans un élan frais et naturel. Mes voisins d'un après-midi ne sont pas des patrons du CAC 40 ou des jeunes créateurs de start-up. A l'image de ceux que je rencontrerai dans le comité En Marche que j'ai animé durant plusieurs mois, ils sont jeunes, surdiplômés, parfois micro-entrepreneurs polyvalents, très souvent sur le carreau...

Se retrouve là toute une galerie de personnalités intéressantes et déterminées à prendre une revanche sur une république qui ne leur a pas remis le prix qu'elles ont pourtant gagné. Mon profil personnel est très En Marche. Fonctionnaire démissionnaire en vue de mener à bien un projet professionnel à l'étranger et titulaire d'un Master en droit, mon retour en France après un échec relatif me renvoie à cette société népotique et figée. Ma conviction qu'il est grand temps de lever les blocages multiples et de favoriser enfin l'engagement et la prise de risques n'est plus à faire. Pour la première fois depuis longtemps, un discours politique me parle.

Chez En Marche, on récompense les talents. Tout le monde peut prendre sa chance, notamment en créant son comité local. Il n'y a ni bureau, ni section, ni texte de congrès, ni responsable... Tout juste existe t-il un référent départemental très peu implanté localement et dont personne ne sait comment et par qui il a été désigné. Ledit référent insiste bien sur le fait qu'il n'est pas le patron et que les comités, au nombre de plus de 3000 en France à l'image des cellules du PCF des années 60, s'organisent librement.

Dans mon  département, un animateur de comité local multiplie les sorties hasardeuses en direction de la presse locale. Il rédige des articles infestés de fautes d'orthographe sur la page de son comité hébergée par la plateforme en ligne d'En Marche. Personne ne le reprend.

Chacun se sent responsable, investi et reconnu. Plus les choses avancent, plus les élus locaux déjà solidement installés se bousculent au portillon pour prendre le train en marche. Les néophytes les reçoivent et ont le sentiment de traiter d'égal à égal avec ces notables locaux qui sont désormais là pour protéger leur position dominante. Ces derniers rampent tous lamentablement devant ces marcheurs qui tiennent enfin leur revanche. A tel point que beaucoup d'entre-eux se sentent autorisés à déposer leur dossier de demande d'investiture pour les élections législatives. Mais si une chose est évaluée, c'est bien le degré de soumission  des candidats potentiels.

En charge d'éplucher les dossiers de candidatures, avec CV et lettres de motivation, les neuf membres de la commission d'investiture multiplient les contacts sur le terrain, via des messageries, des textos et des réseaux cryptés type Telegram, pour vérifier les profils. Ils utilisent également des logiciels d'e-reputation qui scannent internet et ressortent tout ce qu'ont pu dire ou faire les candidats. "Tout se sait et très vite, note Corinne Versini. Le processus est suivi à la lettre, c'est une très bonne chose." Un tamis qui sera de toute façon doublé d'entretiens individuels.

L'objectif ultime est de voir émerger une assemblée de Bisounours bienveillants peu disposés à la fronde. Emmanuel Macron est en passe de réussir son pari.

En Marche n'est pas une organisation politique mais une boîte de communication au service d'un homme qui n'hésite pas à affirmer le lundi qu'il n'existe aucune culture française avant d'avancer le mardi que tous les francophones, d'où qu'ils viennent et quelque soit leur nationalité, sont les héritiers de la culture française. D'une main, il prévoit d'universaliser l'assurance chômage. De l'autre, il insiste sur la nécessité de plafonner le montant des indemnités de licenciement.

En Marche est une supercherie à laquelle il convient de ne pas céder et qui ne mobilisera pas plus de 15% des électeurs inscrits au second tour des élections législatives.

Une fois de plus, l'heure est à la résistance.

 

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