Notre rapport au sexe est-il conforme ?

La lecture de l'article "La misère sexuelle est une construction sociale et elle fait des ravages" produit par Maïa Mazaurette, la brillante chroniqueuse de "La Matinale du Monde" m'a tellement interpellé et interrogé, une nouvelle fois, sur mon rapport à la sexualité que j'ai décidé de me lancer dans la rédaction de ce texte en forme de Coming-out.

Je suis généralement très sensible aux discours féministes. Pour autant, je les trouve, le plus souvent, prévisibles et n'apportant que peu de matière au débat de fond si ce n'est l'indispensable dénonciation de faits odieux. Maïa Mazaurette évoque les crimes perpétrés par ceux qui se revendiquent "célibataires involontaires" et s'émeuvent de leur misère sexuelle. Il ne s'agit pas d'islamistes barbus mais de personnes à la peau blanche rasée de près. Dès ses premières lignes, le texte de la chroniqueuse me renvoie à un vécu qui s'il n'a pas été pour moi source d'un quelconque traumatisme, a généré quelques effets collatéraux dérangeants. Elle écrit notamment : " Pour les "Incels", le sexe est un dû. Cette conception transactionnelle du plaisir ne sort pas d'esprits malades ou perturbés, mais de notre culture "

Coming-out

Aux yeux du commun des mortels, j'ai connu une sexualité très tardive. A vrai dire, je me souciais peu de la question. Après quelques tentatives avortées, j'ai mis le dossier sous la pile et l'ai oublié sans effort. Un peu à la manière du type qui se met à la gymnastique avant de se rendre compte qu'il n'est pas doué et décide de pratiquer un autre sport. Lorsqu'on se trouve devant un homme qui se casse les dix doigts en tentant de défoncer une porte blindée, on le prend inévitablement pour un grand malade. Pour ce qui concerne la sexualité, la communauté masculine louera, dans sa grande majorité, l'obstination de l'homme à obtenir son dû. 

Une fois levées les suspicions liées à une éventuelle homosexualité, la pression de mon entourage a commencé à s'intensifier. A la rigueur, l'homosexualité pouvait être tolérée. C'était quand même être sexuel. Mais que ça ne semble même pas le chatouiller, c'est pathologique là. Faut le soigner. Par acquis de conscience, j'ai consulté une sexologue qui a diagnostiqué mon attitude "intelligente et raisonnable" Mais l'évaluation par une professionnelle restait insuffisante. 

Je me suis trouvé tout plein d'amis désireux de m'aider avec des commentaires très agréables du style : physiquement, t'es pas terrible mais tu as du travail et un bon niveau d'études, donc tu dois trouver quelqu'une susceptible de contribuer au repos du guerrier sans trop de difficultés. J'ai épluché tous les textes juridiques, la jurisprudence des plus hautes juridictions. Il n'était fait mention nulle part de ce droit impératif au sexe. Tu DOIS.

 

La vie est dure... mais on compense comme on peut

Pour combler ce vide sidéral et affronter cette épreuve surhumaine, j'ai eu recours à quelques palliatifs efficaces. Courir trois heures a jeun et en auto-suffisance. Prendre une cuite mémorable. Jouer au gauchiste en s'écoutant parler dans un amphi bondé. Et oui... on peut prendre son  pied sans baiser. Mais je ne parvenais toujours pas à convaincre mon auditoire masculin. Donc je suis devenu plus incisif. Un exemple parmi d'autres. Un type te bassine avec des histoires de misère sexuelle et/ou de carence affective. 9 fois sur 10, ce genre d'individu a eu recours à du sexe tarifé. Mais il est plus prompt à cracher la purée plutôt qu'à cracher qu'il s'est attaché les services d'une professionnelle, Il reste alors à le piquer gentiment pour qu'il perde sa belle assurance. Dans la conversation, il suffit de dire que tu trouves la marchandisation du corps abjecte, qu'il devient urgent de pénaliser les clients de prostitués. Et là, tu vois le visage du type se décomposer. Ca lui coûte vraiment de ne pas t'en coller une. C'est qui le malade ?

Les gars, vous conviendrez tout de même que j'ai fait d'énormes progrès. J'arrive même à lire des articles écrits par une sex-blogueuse sans rougir un instant.  Quel homme. 

 

Une tolérance inquiétante, une fuite en avant funeste

Le propos peut certes prêter à sourire. Pour autant, les raisons de s'inquiéter sont nombreuses. La justice est très perméable à cette pression sociale autour de la prétendue question de la misère sexuelle. Les micro-pénis frustrés sont, le plus souvent, condamnés à des micro-peines, même lorsqu'ils glissent un peu brutalement sur le gazon d'une Party à laquelle ils n'ont pas été invités. Exception faite de quelques faits divers spectaculaires et autres emballements médiatiques.

Il est également préoccupant de constater la sexualisation excessive des discours de nos leaders politiques. Christophe Castaner se répand sur son amour pour le président. Il vante sa "puissance physique" François Hollande estime que Macron est "passif dans la relation de couple qu'il entretient avec Trump" Et j'en passe... Le message envoyé consiste à dire qu'il est tout à fait sain de jouer à celui qui pisse le plus loin. Misère intellectuelle et faillite morale sont ainsi savamment entretenues. 

 

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