Imaginez un peu ! L’appel d’air que cela pourrait déclencher. Tous ces morts clandestins, droit commun ou authentiques lâches, qui pourraient profiter indûment de cette réhabilitation et qui sait ? Venir se pavaner sur nos Monuments aux morts si d’aventure les noms des réhabilités devaient y être inscrits, comme on murmure que cela pourrait se faire.
N’a-t-on pas lieu de craindre, par exemple, à défaut d’une politique de réhabilitation choisie, que des flots de Communards viennent à leur tour demander leur réhabilitation et envahir notre mémoire, déjà menacée, paraît-il, d’une poussée inflationniste par suite d’un excès de commémorations ?
Soyons sérieux ! Si réhabilitation il doit y avoir, il ne saurait s’agir de réexaminer un à un les jugements nécessairement sommaires des tribunaux militaires, quand jugement il y eut. Les morts s’en contrefichent.
Il serait également préférable que cette réhabilitation ne participe pas uniquement d’une opération de toilettage de l’image de notre Président, dont les belles phrases seraient ainsi soulignées et prolongées, y compris quant à la prudence de l’expression : « beaucoup de ceux qui furent exécutés alors ne s'étaient pas déshonorés, n'avaient pas été des lâches » ; car certains l’avaient sans doute été…
Non ! Une réhabilitation qui aurait un sens ne doit pas revenir à une évaluation posthume, sur la base d’indicateurs sans nul doute bien trouvés, de l’honneur et du courage des combattants.
Il y a simplement à exprimer assez simplement l’idée que dans le grand carnage, les hommes fusillés par leurs compatriotes, furent, au même titre que les autres victimes, broyés par les rouages de la machine infernale que les États, et en l’occurrence l’État français, avait mis en route.
Il est vrai que ce serait un acte politique et non une démonstration de surf sur la Mer des émotions.