Dans le 18ème arrondissement de Paris les « sans voix » réinventent la démocratie

Le premier tour des élections municipales se déroulera dimanche prochain. Qui osera prétendre que ces élections participent de près ou de loin d'un système démocratique, gouvernement par le peuple et pour le peuple ?

Ce dimanche, une de fois de plus, le plus gros parti de France risque fort d'être celui des abstentionnistes, parti qui est bien loin, aujourd'hui plus que jamais, d'être simplement celui des « pêcheurs à la ligne », des esprits légers et insouciants qui se tiennent égoïstement à l'écart de la vie publique ; parti qui n'est même pas pour l'essentiel grossi par toutes celles et tous ceux à qui le climat nauséabond des affaires dans lesquelles trempent nos oligarques de tous bords donne la nausée ; mais parti de celles et ceux qui, bien au-delà du trop facile « tous pourris », ne croient tout bonnement plus que « la politique » et donc a fortiori les élections leur donnent la moindre prise réelle sur leur vécu quotidien : la difficulté à boucler la fin de mois, à se loger, à se soigner, à se déplacer, à se faire respecter... 

Et puis, il y a ceux qui ne voteront pas, non parce qu'ils se seront abstenus, mais parce qu'ils ne figureront pas sur les listes et pas seulement cette fois par rejet de « la politique », de ses turpitudes et de ses mirages, mais parce que, occupés par d'autres soucis ou mal informés, ils auront négligé les formalités d'inscription ; auxquels il faut rajouter les « résidents » dans la rue (SDF) ou dans des camps, Rroms par exemple, qui n'auront pas été en capacité de se faire domicilier et ont certainement bien d'autres choses en tête ; et puis, il y a ces Européens qui ont désormais le droit de vote mais dont une statistique de l'INSEE a récemment révélé qu'un quart seulement d'entre eux étaient inscrits.

 Et puis surtout, il y a les victimes de la Grande Arnaque, ces étrangers extra-communautaires à qui le droit de vote est promis désormais depuis plus de trente ans, à qui l'on a menti comme on a menti aux Français qui ont encore voté il y a moins de deux ans pour le candidat qui avait solennellement réitéré cette promesse.

Tant et tant de voix que l'on n'entend pas ! Eh bien, il s'est passé quelque chose dans le 18ème arrondissement depuis quelques semaines, quelque chose qui n'est pas sans rapport, pour le coup, avec la démocratie : les Sans voix ont pris la parole !! Une liste a été déposée comprenant, des Français et des étrangers qui ont décidé ensemble, de se faire, pour une fois, entendre : c'était bien le moins que l'on puisse faire dans cet arrondissement où une grande partie de la population résident parfois en France et même dans le quartier depuis des décennies ne se voyait proposer rien d'autre que de la boucler. La tête de liste est un ancien sans-papier, porte-parole du plus important des collectifs parisiens. Et voilà que dans les rues, à l'occasion de diffusions de tracts (autrement qu'en mode automatique), du passage de cortèges joyeux et bruyants dans les rues de l'arrondissement, de rassemblements festifs sur la place devant la mairie, ça échange, ça discute, ça frétille et ça rêve un peu.

 Après remise d'un récépissé, car à tous points de vue, en dehors de la présence d'étrangers, elle était nickel, la liste a été invalidée : c'était couru d'avance. La tête de liste a reçu une lettre du préfet, lui rappelant que la promesse de l'ex-candidat à la Présidence de la République, aujourd'hui en place, c'était une bonne blague et qu'on s'était bien fichu de sa gueule, comme de celle de tous les citoyens et citoyennes qui y avaient peut-être cru.

Les sans voix n'ont pas désarmé ; ces jours-ci, encore ils ont distribué des bulletins de vote à leurs noms pour que tous et toutes celles qui le peuvent saisissent cette occasion, en le déposant dans l'urne, de témoigner de leur solidarité par un vote blanc positif. Et pour les autres des urnes extérieures seront tenues en divers points de l'arrondissement.

Oui, il s'est passé quelque chose dans le 18ème car on peut gager que l'écho de la parole reconquise des Sans voix portera bien au-delà du 23 mars : le parfum de démocratie qui s'y est répandu ne se dissipera peut-être pas de sitôt ; il nous incombe, à tous ceux et à toutes celles d'entre nous qui sont encore convaincuEs que la Politique est l'affaire de touTEs, d'en assurer la diffusion.

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