En 3 actes : un 23 mars doux-amer

1er acte :Dimanche, devant la mairie du 18ème, l'un des quatre points de l'arrondissement où les Sans voix ont installé une urne où chacunE est invitéE à déposer un bulletin avec les noms de la liste retoquée parce qu'une promesse vieille de 33 ans, donner le droit de vote aux étrangers aux élections locales, n'a toujours pas été tenue.

1er acte :

Dimanche, devant la mairie du 18ème, l'un des quatre points de l'arrondissement où les Sans voix ont installé une urne où chacunE est invitéE à déposer un bulletin avec les noms de la liste retoquée parce qu'une promesse vieille de 33 ans, donner le droit de vote aux étrangers aux élections locales, n'a toujours pas été tenue. L'initiative, du type « votation citoyenne », peut se lire au moins à deux niveaux : faire vivre le slogan « on vit ensemble, on décide ensemble, on vote ensemble » bien sûr, mais également faire jaillir dans ce dimanche électoral, dont on pressent déjà qu'il révélera à quel point la machine est grippée, une étincelle de vie démocratique. Et ça marche ! On s'arrête, on discute, on est convaincu ou ne l'est pas, on repart parfois avec les idées moins claires qu'en arrivant mais peu importe ; ce qui compte, c'est qu'on s'est, d'une certaine manière, un peu réconcilié avec la politique, la vraie !

votation citoyenne dans le 18ème Arr de Paris © JoB votation citoyenne dans le 18ème Arr de Paris © JoB


 Des Françaises et des Français qui ont pu participer à la vraie-fausse élection, mais aussi beaucoup d'étrangères et d'étrangers déposent leur bulletin, soulignant parfois que c'est la première fois qu'ils font ce geste depuis des dizaines d'années qu'ils vivent ici. Quand on leur propose une sorte de « carte électorale » souvenir, elles/ils la prennent avec amusement, satisfaction, voire émotion. La plupart des participants au vote laissent leur contact.

Votation citoyenne : les habitants du 18ème Arr votent massivement pour les Sans-Voix  © JoB Votation citoyenne : les habitants du 18ème Arr votent massivement pour les Sans-Voix © JoB


À 18 h. nous fermons les « bureaux de vote » et nous nous retrouvons dans un café pour procéder au dépouillement et décider ensemble de la manière dont nous allons passer la soirée. Nous avons recueilli 702 bulletins dont la moitié au « bureau » de Château Rouge, quartier populaire par excellence, où l'on s'est à certains moment presque bousculé pour voter dans l'allégresse. Après discussion, il est convenu par consensus que les Sans voix se présenteront à la mairie lors de la soirée électorale que l'on sait ouverte à touTEs, une vieille tradition républicaine, pour lire un communiqué de presse, déposer les urnes avec leurs bulletins et se retirer dans la dignité en prenant soin d'éviter tout ce qui pourrait s'apparenter à une agression. Il s'agit certes de perturber le déroulement convenu et trop bien huilé de la soirée, mais, calmement, sans provocation. sans outrance. Sauf à penser que la prise de parole d'une étrangère ou d'un étranger un soir d'élection est en soi une une outrance, une provocation.

2ème acte

Surprise ! Pour préserver mon effet, j'ai écrit plus haut « la soirée électorale que l'on sait ouverte à touTEs », mais il y avait un piège : j'aurais dû écrire : la soirée électorale que l'on croyait ouverte à touTEs ». Dès que nous apparaissons, en cortège d'abord silencieux d'une quarantaine de personnes qui ne va pas tarder à grossir, portant fièrement les urnes bien visibles, les portes se ferment devant nous. Personne ne vient à notre rencontre pour nous expliquer quoi ce soit, tenter de justifier cet ostracisme ; nous ne pouvons faire rien d'autre que crier : « on vit ensemble, on vote ensemble », « nos droits dé-mocratiques ! », « on veut parler »...ou un ironique « libérez nos camarades » à l'attention des caciques qui se sont eux-mêmes emprisonnés dans « leur » mairie. Les citoyens bien sous tous rapports qui veulent rentrer pour un paisible entre soi, aussi loin que possible de ce qui pourrait avoir un vague rapport avec le monde réel qu'ils n'aiment pas et qui le leur rend bien, s'agacent de trouver des portes closes... pour eux aussi.

------- Les Sans-Voix aux portes de la Mairie du 18ème Arr ------- © JoB ------- Les Sans-Voix aux portes de la Mairie du 18ème Arr ------- © JoB


Personne ne veut savoir ce qui se passe vraiment. Selon un candidat Vert que l'on a connu mieux inspiré, les portes auraient été fermées en raison  d'une « manifestation organisée par le NPA » Ben voyons ! C'est tellement plus simple de présenter les choses comme ça, de le croire ou de faire semblant. Les bien pensants tentent donc de passer par des portes de côté, qu'ils trouvent évidemment fermées puisque nous sommes à chaque fois derrière. Finalement, ils parviendront à se faufiler en file indienne  par l'une d'entre elles... sous la « protection » d'un cordon de policiers. Rien d'anormal de la part des soutiens de la droite et de l'extrême-droite. La honte tout de même pour tous les autres qui se sont laissés aspirer sans moufter par la logique implacable du système dans leur volonté d'assister en bonne compagnie et sans se poser de questions trop difficiles aux résultats d'élection où se seront exprimés moins du tiers des habitants de l'arrondissement.

Assesseurs des bureaux "officiels" et les candidats "validés" du 18ème Arr entrent en catimini dans la mairie. © JoB Assesseurs des bureaux "officiels" et les candidats "validés" du 18ème Arr entrent en catimini dans la mairie. © JoB


Nous n'avons dès lors plus d'autre ressource que d'aller lire notre communiqué devant la mairie où nous avons accroché une banderole " sans voix prenons la parole ". Nous voyons encore les policiers se précipiter en rang serré pour en protéger les lourdes grilles de fer forgé (comme si nous étions en mesure de les renverser), arracher violemment la banderole, nous la confisquer au passage. Grotesque et lamentable jusqu'au bout !

Les sans voix lisent le communiqué rédigé à l'attention des candidats et citoyens complices de la mascarade électorale © JoB Les sans voix lisent le communiqué rédigé à l'attention des candidats et citoyens complices de la mascarade électorale © JoB


Quand nous repartons ensemble pour aller boire un coup ensemble, nous sommes encore suivis dans le métro par des policiers dont les chefs, dans leur redoutable capacité d'analyse de la situation, avaient certainement anticipé notre intention flagrante d'occuper le siège du PS ou, pire, de nous emparer de l' Élysée. Tant pis, ce sera pour une autre fois !

3ème acte

Retour à la maison. Les résultats tombent « dans le poste » Autant de coups de massue. Mais comment s'en étonner ? Toutes celles et tous ceux qui se heurtent quotidiennement à la figure du mépris le plus total, de l'aveuglement complet, de la trahison récurrente, comment faire en sorte qu'ils/elles ne soient pas conduitEs à un égarement fatal ? Le retrait de la vie politique institutionnelle fait dans ces conditions figure de pis-aller.

Si l'on ne veut pas désespérer de la démocratie, croire encore possible après une soirée comme celle-là le triomphe de l'optimisme de la volonté sur le pessimisme de la lucidité, il nous suffira maintenant de penser à tous les possibles entrevus ce dimanche après-midi et les jours qui ont précédé sur les trottoirs du 18ème, très loin des calculs dérisoires d'un Pouvoir crépusculaire.


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