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Billet de blog 27 janvier 2009

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Uniforme

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Dimanche après-midi, en famille, autour d’un café.La conversation tombe sur « l’idée » (appelons ça comme ça) de rétablir le port de l’uniforme à l’école. Mes petits-neveux, qui sont au collège, ne semblent pas séduits outre mesure par cette proposition de « réforme » (appelons ça comme ça). Mais je suis un peu surpris de voir les adultes sensibles à l’argumentation du ministre. Rappelons en les termes :«Si on n’appelle pas l’uniforme le retour à la blouse grise et que l’uniforme est sous forme d’un tee-shirt siglé qui signale l’appartenance à l’établissement, je pense que ça a beaucoup d’avantages, ne serait-ce que parce que ça supprime les différences visibles de niveau social ou de fortune, et que ça met tous les élèves dans une situation d’égalité les uns par rapport aux autres.»Pour ma part, je suis quand même un peu perplexe. D’abord, je me demande pourquoi s’arrêter en si bon chemin. Après tout, puisqu’il est si important que cela de prendre une mesure qui « supprime les différences visibles de niveau social ou de fortune », que ne s’attaque-t-on pas également à ces « différences visibles » entre les adultes ? La Chine qui n’est pas du genre à refuser une bonne affaire doit bien avoir des stocks d’uniforme bleu de chauffe à nous refourguer. Notre président et son épouse feraient très bonne figure en col mao pour aller à la rencontre du bon peuple, costumé itou.

Mais que recouvre la volonté de supprimer ces « différences visibles » ? S’agit-il de se prémunir contre l’atroce Envie, génératrice d’un redoutable sentiment de révolte, d’éradiquer tout ce qui pourrait provoquer quelque chose qui ressemblerait de près ou de loin à cette obscénité appelée lutte de classes ! Notre société serait quand même tellement plus sûre si l’on n’était plus en mesure d’y distinguer encore les différences « de niveau social ou de fortune ».

La formulation des propos ministériels, enfin, retient surtout mon attention sur un dernier point : leur caractère parfaitement spécieux ; car que nous dit-on, en somme ? Que si l’on supprime ces différences visibles, « ça met tous les élèves dans une situation d’égalité les uns par rapport aux autres.». La « situation d’égalité » découlerait donc de l’invisibilité des inégalités. Ce qu’on ne voit pas… n’existe pas. Passez muscade ! Et cette argumentation prend ! Voilà sans doute pourtant un superbe exemple de l’illusionnisme qui prévaut dans chacun des actes du régime actuel. Qu’importe de savoir si les bambins uniformisés chipoteront le soir une tranche de saumon fumé de chez Petrossian ou trouveront sur leur assiette le très diététique poisson carré de chez Ed ; s’ils troqueront à leur sortie de l’école leur très égalitaire tee-shirt siglé contre la tenue requise pour le cours de danse où maman les aura inscrits, avant de prendre dans la bibliothèque paternelle le livre qui leur aura été recommandé ou s’ils iront faire les cons dans les cages d’escaliers, tee-shirt non siglé enfin retrouvé, pour se retrouver un peu plus tard peut-être au poste, s’ils se sont montrés par trop expansifs. Qu’importe puisque l’égalité visible aura été décrétée !

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