Seine-Saint-Denis, le confinement et les enfants

Les inégalités de tous ordres existaient déjà dans le département 93. Les mesures de confinement sont un facteur d'aggravation de la situation. Essayer de l'empêcher, commencer à penser l'avenir.

Seine-Saint-Denis,  le confinement et les enfants :

Les mesurettes proposées par le recteur de Créteil, dont fait partie le département de Seine-Saint-Denis, ne sont pas à la hauteur des besoins. Pire, elles mettent les familles et les personnels en situation de danger sanitaire. Toutefois, elles sont cohérentes avec la politique gouvernementale. Nous avons besoin d’autres annonces pour empêcher les inégalités territoriales, sociales, sanitaires, scolaires de se développer!

Le recteur de l’académie de Créteil propose une explication de texte inédite du décret n°2020-260 du 16 mars  et l’accompagne d’un nouveau modèle d’attestation de circulation qui serait signée par les directions d’école : « Le déplacement exceptionnel de familles dans un établissement scolaire pour retirer un matériel numérique ou des documents de nature pédagogique sous format papier entre dans le 2° du décret n°2020-260 du 16 mars portant réglementation des déplacements dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus covid-19 : « déplacements pour effectuer des achats de fournitures nécessaires à l’activité professionnelle et des achats de première nécessité ». 

L’ensemble des pédagogues et des personnes en charge de l’éducation, de la santé, de la protection des enfants est bien persuadé que la fracture sociale existait avant le coronavirus et que les mesures de confinement ne vont faire que l’aggraver. Le rapport parlementaire des députés François Cornut-Gentille (LR) et Rodrigue Kokouendo (LREM) intitulé « La République en échec » (mai 2018) concluait à des défaillances dans l’action de l’Etat en Seine-Saint-Denis en matière d’éducation, de police et de justice. Dans ce département un élève de l’éducation prioritaire perd environ un an sur toute sa scolarité pour cause de non-remplacement d’enseignants. Pour un enfant devant bénéficier d’une mesure d’assistance éducative, il s’écoule en moyenne 18 mois entre le rendu de la décision du juge pour mineurs et l’entrée en vigueur de la mesure, avec tout ce que cela comporte de souffrances et de désillusions.

Avec cette période de confinement, les enfants vivant à plusieurs dans des logements où ils ne peuvent s’isoler, où il n’y a pas forcément de tablette informatique, ou d’ordinateur qu’ils pourraient utiliser vont forcément se retrouver en décalage avec ceux qui ont la possibilité d’en disposer. Ce problème est antérieur à l’irruption du coronavirus dans nos vies.

Ce n’est donc pas en transformant les directeurs-trices d’école en représentants de l’Etat autorisés à délivrer des attestations non prévues dans le décret n°2020-260 du 16 mars que l’on réglera le problème lié à cette crise, ni les problèmes de fond liés au développement croissant des inégalités, coronavirus ou pas.

Les enseignants en sont bien conscients et n’admettent pas d’être mis en situation de devenir le vecteur de la maladie en faisant venir à l’école les familles au prétexte de leur distribuer des tablettes informatiques qu’ils n’ont pas (j’y reviendrai plus loin). Tout cela fait beaucoup de contradictions à gérer pour du personnel qui ne dispose pas des moyens sanitaires d’exercer une mission impossible.

Le recteur a beau dire que « les déplacements autorisés à ce titre sont limités aux foyers sans solution numérique, à un seul déplacement par semaine, réalisé par un seul membre de la famille ou responsable légal de l’élève. La remise des documents s’effectuera dans le strict respect des gestes barrières et l’organisation mise en place localement ne conduira en aucun cas à des regroupements de personnes au sein de l’école ou de l’établissement. ». C’est bien mal connaître les enfants qui, d’une part restent le lien entre la famille et l’école, et d’autre part n’attendent que la fin du confinement pour retourner à l’école pour voir leurs copains et leurs enseignants. Bien malin celui qui les empêchera de se regrouper sur le trajet, dans les halls d’escaliers…

Quant aux parents d’élèves, ils recevront un appel téléphonique de la direction de l’école de leurs enfants. La personne en qui ils ont en général confiance leur proposera de venir à l’école avec une autorisation qui leur sera remise à leur arrivée. Le tout en contradiction avec les consignes de confinement de plus en plus fermes répétées dans les médias. On frise l’absurde.

Le pouvoir a mis en place une campagne médiatique rendant pour partie responsable de la transmission du virus les citoyens qui « se comportent mal ». Il faut maintenant qu’il en assume les conséquences et fasse preuve de cohérence en ne demandant pas aux enseignants de faire ce que les médias audio-visuels dénoncent à longueur de temps.

Le pouvoir a été inconséquent dans la période où il aurait pu anticiper la pandémie (masques, tests de dépistage). Le pouvoir a cru que le sacro-saint marché mondial pourrait fournir les matériels nécessaires mais la pandémie a commencé dans les pays où on a laissé partir l’industrie et le travail. Mondialisation oblige. Dur retour de bâton.

De la même manière, et pour la même raison, à savoir l’équilibre financier; le pouvoir a été l’ennemi de notre système de santé, de nos retraites, de nos acquis en matière de congés payés, etc, etc (inutile de développer). L’Education Nationale et la Protection de l’Enfance ont bien souffert ces dernières années malgré quelques effets -vitrines. Le système n’arrive pas à bout de la réduction des inégalités parce que ce n’est pas son objectif.

Aujourd'hui, contraint et forcé, le pouvoir  annonce le déblocage de milliards d’euros. Hier, il matraquait les citoyens irresponsables qui osaient demander une meilleure répartition des millions d’euros nécessaires au bien être des individus dans la société (Loi Travail, gilets jaunes, « réforme » des retraites). Mais les milliards d’euros ne seront pas destinés à l’amélioration des services publics et du bien-être de la population ou la réduction des inégalités scolaires. Non, ils serviront à redresser l’économie, renflouer les banques.

Pour financer « l’effort de guerre », des lois des ordonnances sont en préparation. D’ores et déjà nous savons que la période de confinement peut se trans former en congés payés qui seront donc « perdus » pour les salariés lorsque viendront les jours meilleurs.

Alors, et les enfants dans ce contexte ?

  • Comment protéger les enfants des violences qui peuvent se développer dans les espaces sociaux trop petits et confinés que sont les logements, les immeubles d’habitation, alors que les parcs de proximité sont fermés au publics par arrêté préfectoral?
  • Comment ne pas aggraver la fracture numérique et ses conséquences en matière d’apprentissages scolaires en période de confinement ?
  • Comment réduire la pression sur les enfants par des parents inquiets de leurs résultats scolaires ? Comment limiter les tensions familiales sur ces questions et les risques de conflits et parfois de violence consécutive aux situations de confinement ?

PROPOSITIONS pour l’éducation :

CELLES QUI NE COÛTENT RIEN :

  1. Annoncer que les progressions scolaires et l’avancée dans les programmes seront reprises là où elles avaient cessé au moment du confinement.
  2. Assurer la promotion et le développement des programmes de télévision scolaire sur les chaînes du service public.

 

PARCE QUE LES MILLIARDS EXISTENT :

Nos organisations syndicales, nos partis politiques, nos associations devraient se mobiliser

pour pousser aux décisions gouvernementales suivantes

  1. Annoncer l’aide au financement par l’Etat de la distribution de tablettes numériques à tous les élèves via les collectivités territoriales. Et mettre en œuvre dans des délais les meilleurs.
  2. Annoncer l’aide au financement par l’Etat de l’installation dans les écoles élémentaires de tableaux numériques.
  3. Annoncer le financement par l’Etat d’un plan de développement de l’école publique, en réduisant les effectifs en REP, en réinjectant des moyens pour faire vivre les RASED…
  4. Annoncer le financement par l’Etat de d’un plan de développement de la protection de l’Enfance.

 

Le 23 mars 2020 François Cochain

Enseignant retraité, syndicaliste.

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