Quand le sage montre la lune,...

Le 07 décembre dernier, Yann Kindo a cru bon devoir publier ce billet Corinne Lepage s'est encore plantée !

Le fait d’avoir monté en épingle l’erreur qu’a immédiatement reconnue Corinne Lepage -à savoir que Madame Glover, conseillère scientifique de Monsieur Barroso avait travaillé pour Monsanto- est très symptomatique et démontre s’il en était besoin l’absurdité de la situation.

Madame Glover, qui n’avait pas jugé utile de publier sa déclaration d’intérêt, a  réclamé des excuses publiques, ce qui a été fait, pour une éminente spécialiste de la biologie moléculaire elle a du croire que travailler chez Monsanto puisse être une injure. C’est un trait de caractère rare en politique de reconnaitre une erreur. On pourrait espérer qu’il en soit de même de ceux  qui s’érigent en accusateur mais il ne faut pas trop leur demander. Il n’en demeure pas moins que Madame Glover -qui n’a pas travaillé chez Monsanto- a publié à la suite de ma demande sa déclaration d’intérêt qui fait apparaître qu’elle est toujours actionnaire d’une petite entreprise de biotechnologie, dont on ignore le nom, les brevets déposés et/ou vendus et les liens commerciaux qui ont pu en naître. Elle siège au board d’une société savante Science Business aux côtés de représentants de Microsoft, Sanofi ou BP et dans les participants on compte des sociétés de biotechnologies. Tout ceci n’aurait aucune importance si Madame Glover n’avait pas pris depuis son arrivée des positions extrêmement partisanes en faveur des OGM et surtout si elle n’occupait pas des fonctions publiques, la Commission étant chargée de veiller à l’intérêt général des Européens et non pas à l’intérêt particulier des entreprises fabriquant des OGM. Cette situation est particulièrement grave alors même que l’accord de libre-échange avec les États-Unis poussé par la commission Barroso a comme objectif avoué la réduction et si possible suppression des réglementations mises en place en Europe pour assurer la sécurité alimentaire des Européens et la diffusion massive des OGM.

La sortie d’Anne Glover dans la presse écossaise, les offensives sur le riz OGM, la mise en exergue du principe d’innovation (qui existe déjà sous le nom de risque de développement) ne sont pas neutres. Ajoutons par dessus la dépublication par FCT de l’étude de GE Séralini. Or, les motifs avancés, la souche de rats et le nombre de rats par cohorte est un prétexte bidon et ce pour deux raisons. D’une part, seule la fraude ou l’erreur grossière justifie une des publications. Or, la revue elle-même reconnaît qu’il n’en est rien. D’autre part, d’autres études publiées dans la même revue sur le même OGM avec la même souche de rats et le même nombre de rats mais à la demande de Monsanto n’ont pas été dépubliées.

En réalité, la guerre des OGM atteint un nouveau palier. Avec l’entrée dans des revues de pairs, de directeur de publication dont l’objectivité peut être mise en cause. Comme le note Claire Robinson, dans le remarquable article consacré à ce sujet : « La nomination de Goodman à Food and Chemical Toxicology est également surprenante par le fait que cette revue possède déjà une expertise en sécurité des aliments GM. L’un des quatre rédacteurs en chef, José L. Domingo est professeur de toxicologie et de santé environnementale, et auteur de deux études exhaustives sur la sécurité des aliments GM (Domingo, 2007 ; Domingo and Bordonaba, 2011). Ces deux études ont été sceptiques sur la thèse de la sécurité des OGM. Donc, si la raison pour laquelle la Food and Chemical Toxicology a besoin d’un « rédacteur en chef associé pour les biotechnologies » est loin d’être claire, on voit par contre parfaitement bien pourquoi Monsanto aurait intérêt à s’assurer que « l’affaire Séralini » ne se répète jamais.L'avenir nous le dira!

Il faut bien comprendre que cette prise de pouvoir est particulièrement grave parce que c’est le directeur de publication qui va choisir les reviewers, dont la pratique tait les noms précisément pour éviter les pressions. Cela signifie que cette revue et probablement d’autres, sous la pression économique de Monsanto et d’autres multinationales qui ne veulent aucunement que les effets possiblement toxiques de leurs produits ne soient connus, vont exclure à terme  tous les papiers qui seront de nature à induire des doutes. Et dans la mesure où un chercheur doit être publié, les recherches dont on sait qu’elles ne pourront pas aboutir sur des publications, et qui sont déjà rarissimes, vont progressivement s’éteindre. C’est une catastrophe pour la science et la recherche car c’est une forme d’obscurantisme qui s’abat sur elles ; mais c’est surtout une catastrophe pour l’humanité dont certains voudraient qu’elle consomme ce qui est hautement rentable, quelles qu’en soit les conséquences sanitaires environnementales. Mais bien entendu tout est fait pour que ces multinationales ne portent jamais la responsabilité des catastrophes qu’elles engendrent. Les pesticides – et n’oublions jamais que  la majorité  des OGM ne sont que des pompes à pesticides- mettent  aujourd’hui en péril la santé humaine. Tout le monde le sait mais, comme pour l’amiante, la controverse scientifique va se poursuivre grâce à cette mainmise à la fois sur les organes de publication et sur les centres de décision, durant de longues années encore.

Alors, certains se déchaînent pour banaliser cette réalité, la ridiculiser ou pire encore crier à la théorie du complot avec des comparaisons particulièrement douteuses … Yann Kindo écrit: « Comme on vit dans une société capitaliste dans laquelle les activités industrielles sont pour l'essentiel menées par des boîtes privées, on peut s'attendre à ce que pas mal de gens compétents aient été embauchés à un moment de leur carrière par une boîte privée de leur domaine. Pour tout dire, c'est le contraire qui serait vraiment très surprenant ! Retrouver dans le comité éditorial d'une revue qui traite entre autres des effets sanitaires des OGM un type qui a bossé pour Monsanto, c'est un peu comme retrouver dans le comité éditorial d'une revue spécialisée dans le matériel audio pour groupes de rock'n'roll un type qui aurait bossé pour Marshall ou Fender » en gros une revue scientifique c’est la même chose qu’un journal de musique. C’est insultant pour les scientifiques de ces revues comme pour les journalistes musicaux. C’est vrai, c’est tout à fait normal que les anciens de l’agrochimie dirigent des groupes de presses scientifiques, ou soient à des postes de responsabilité au sein des structures publiques! C’est une manière de voir les choses ! Il n’est pas sûr qu’elle soit partagée dans une société démocratique.

Il n’y a pas de complot. Il y a une prise de pouvoir des lobbys sur nos sociétés et il est tout juste  temps pour la société civile de s’organiser et de s’y opposer.

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