Quelques lignes de Yannick Haenel dans Libération du samedi 30 janvier condensent remarquablement les enjeux :
Car la vérité, c’est précisément ce que Karski ne pouvait pas dire, et qu’il a préféré écrire, dans un texte publié par la revue polonaise Kultura en 1986 *, et traduit en français par la revue Esprit : « Les gouvernements alliés seuls - écrit-il - avaient les moyens de venir en aide aux Juifs et les ont abandonnés à leur sort. » Voilà qui invalide complètement la figure de Karski propagée par Lanzmann.
Voilà qui invalide radicalement le principal moyen de défense adopté par l'auteur depuis que son ouvrage a fait l'objet de sévères critiques, après six mois d'encensement quasi-général et de lauriers en tous genres. Ce ne sont pas les droits de la fiction à fictionner en paix qui sont contestés, mais le rapport de ce texte avec la vérité historique, que Y H estime satisfaisant et qui est loin de l'être.
Sur le blog de Pierre Assouline http://passouline.blog.lemonde.fr/2010/01/22/laffaire-jan-karski-et-les-droits-du-romancier/, un débat ouvert il y a une semaine et recouvert par dix autres se poursuit confidentiellement entre quelques mordus et vient de faire apparaître un joli scoop, de ceux qui ne devraient pas être : en 1985 Karski a fait non seulement la mise au point ci-dessus, mais publié un ouvrage d'histoire des relations internationales, traitant en long et en large du sort de la Pologne prise entre les deux feux allemand et soviétique : The great powers and Poland 1919-1945.
Silencieux fut-il jamais plus bavard ?!
Reste à savoir ce qu'il raconte, et qui devrait être depuis le début un élément central de ce débat.
* 1985 en fait.