Vincent la porte haut

 

Les boîtes aux lettres électroniques sont assaillies de publicités pour des produits censés stimuler la libido, masculine essentiellement. Un examen superficiel des titres me donne à penser qu’une proportion croissante concerne la taille du pénis. On a bien lu : ce qu’on veut vendre là n’est pas du Viagra, mais des produits censés provoquer un allongement et un élargissement permanents de l’objet, fût-il au repos. Cette vieille hantise aurait-elle résisté à des décennies d’études sexologiques montrant que ladite taille n’avait guère d’importance et que les dames avaient d’autres soucis ?

Comme on n’arrête pas le progrès, je viens de recevoir un message qui ne se présente pas comme une publicité, mais comme le court billet d’un ami souhaitant faire partager une découverte. Voici :

Bonjour,

Il existe des methodes naturelles qui changent vraiment la taille de ton engin. Cela prend quelques semaines. En 3 semaines et demi, moi j’ai vu le changement.

Ca se voyait meme a travers mon pantalon et au bureau, c’est pas passe inapercu. Resultat je me tape plus de minettes qu’avant.

Je te conseille http://XXXXXX.com/

Bon week-end.

Roger

(en dépit de cette signature, l’adresse e-mail, fausse, est au nom de "Vincent Laporte")

Outre l’absence d’accents et de cédilles qui dénote un clavier anglo-saxon (avarice mal placée alors qu’on a fait l’effort d’écrire un français par ailleurs sans fautes sinon sans familiarités !), ce qui frappe ici est la totale invraisemblance du propos. La quantité de "minettes" n’est point ce que recherchent les mâles doutant de leurs moyens, ils seraient déjà contents d’en intéresser une. Quant à l’empressement des employées de bureau vers une braguette qui prend progressivement du relief depuis trois semaines et demi, il fait bon marché de leurs autres préoccupations, même si la France est moins "remise au travail" que ne le clame une propagande d’un autre genre.

Mais l’objet du message n’est visiblement pas de conter une histoire vécue : c’est de l’"engin" du lecteur qu’il est question d’un bout à l’autre, par la narration d’un miracle présumé désirable et reproductible. Le document tend donc à prouver, en compagnie de tous ceux qui lui font cortège, que les fantasmes d’infériorité génitale engendrent encore (ou de nouveau ?) un marché prospère.

 

(mis en ligne le 6/10/2008)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.