Un nouveau-vieil article sur l'arrêt allemand devant Dunkerque en 1940

En octobre 2020, les éditions Perrin ont publié un ouvrage collectif en vingt articles sur les "erreurs de la Seconde Guerre mondiale", sous la direction d'Olivier Wieviorka et de Jean Lopez. Le dernier nommé s'est chargé de l'article sur le "Haltbefehl" des 24-26 mai 1940. Il synthétise des théories complètement dépassées.

En octobre 2020, les éditions Perrin ont publié un ouvrage collectif en vingt articles sur les "erreurs de la Seconde Guerre mondiale", sous la direction d'Olivier Wieviorka et de Jean Lopez. Le dernier nommé s'est chargé de l'article sur le Haltbefehl des 24-26 mai 1940, qui a stoppé en plein élan les unités qui s'apprêtaient à enfermer près d'un million de combattants anglais, français et belges dans une gigantesque nasse.

Deux résumés de l'article sont actuellement en ligne. Sur un forum, celui du professeur Thierry Giraud :

 

" La thèse de Lopez n'est pas une nouveauté ...Les Haltbefehl hitlériens du 17 et 24 mai, ne sont que des confirmations des ordres d'arrêt donnés par Rundstedt, chef du GA.A, chargé de prendre Dunkerque. Ordres d'arrêt qui ne sont d'ailleurs pas acceptés par l'OKH avec un Brauchitsch qui a essayé de réorganiser l'attaque sur Dunkerque en choisissant von Bock du GA.B pour s'en charger, ordre recalé peu après par Hitler. Ce dernier ne fait qu'arbitrer entre un Rundstedt, qui craint une contre-offensive alliée par le sud, avec ses divisions blindées isolées de leur infanterie et qui est soutenu par Kluge et Kleist et l'OKH, plus offensif. Lopez, à juste titre, parle du "syndrome de la Marne" qui a marqué les hommes de l'époque, avec cette victoire promise aux allemands, en 1914, qui a échoué à cause de la contre-offensive française. Rundstedt et Hitler ne veulent, cette fois, prendre aucun risque !! Surtout que Goering promet au Führer que sa seule Luftwaffe va anéantir les forces anglo-françaises dans la poche, qui n'auront aucune possibilité de réembarquer. Ici, avec les assurances du gros Maréchal, il est logique que Hitler n'ait pris aucun risque et qu'il laisse finir le boulot à son aviation, à son artillerie et à son infanterie, pour préserver ses chars. Or il s'avère que les Britons vont réaliser un miracle, en réembarquant leur corps expéditionnaire, alors qu'ils n'y croyaient même pas !! "

 

Sur 3945.com, un paragraphe non signé :

 

" Autre chapitre excitant, celui sur le Haltbefehl devant Dunkerque. La capture ou l’évacuation du BEF n’a pas beaucoup d’impact dès lors que l’invasion de la Grande-Bretagne n’entre pas réellement dans les plans nazis. Par contre, la menace de vouloir contre-attaquer pour couper le corridor est plus sérieuse. L’exemple de Montcornet est un lieu malheureusement trop commun et ne peut être considéré comme une menace réelle (voir GBM134). Les tentatives autour de Cambrai, d’Arras combinées aux tentatives à partir de la Somme sont plus élaborées et potentiellement plus dangereuses. Las, elles accouchent finalement d’une souris du fait de l’impossibilité de pouvoir les monter correctement. Mais la vision de von Rundstedt (voir Le maréchal oublié) n’est donc pas dénuée de tout fondement. Le temps laissé aux troupes blindées et motorisées permet de mettre à mort ensuite rapidement la France avec Fall Rot. Leur utilisation à Dunkerque n’aurait nullement accéléré le processus de désagrègement de l’armée française."

 

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Je suis très étonné. Jusque là Lopez ne jurait, notoirement, que par l'historien militaire allemand Karl-Heinz Frieser et son livre maintenant assez vieux (1995), intitulé Blitzkrieg-Legende. Or si sa solution de l'énigme est irrecevable (Hitler sabotant le travail pour montrer aux généraux Brauchitsch et Halder que c'est lui qui commande), cet auteur ne pouvait pas la formuler sans démolir préalablement les vieilles explications militaires que Lopez ressuscite aujourd'hui, et il les déchirait à belles dents.
Il expliquait en particulier que, 48h après la contre-attaque anglaise d'Arras qui avait jeté un certain trouble, le moral de l'assaillant était remonté au beau fixe et que, pour parer au danger d'une contre-attaque, " il aurait suffi de tenir un seul régiment en réserve ".

John Costello, en 1991, avait proposé une solution originale, développée (après sa mort accidentelle en 1995) dans mon livre La ruse nazie (1997) : Hitler, ayant compris que le maintien de l'Angleterre dans la guerre était mortellement dangereux, souhaitait faire tomber Churchill immédiatement, en donnant au cabinet de guerre un délai supplémentaire de réflexion avant de refermer un piège son armée de terre.

Cette thèse est moins discutée que jamais ! Le silence complet serait-il la dernière étape avant son adoption ?

Le second résumé enferme d'ailleurs une hirondelle qui pourrait annoncer ce printemps : contrairement à ce qui s'écrit encore universellement, Hitler, dès ce moment, n'avait nulle intention d'attaquer l'Angleterre. Si on poursuit ce raisonnement il aurait, par cette campagne, souhaité uniquement, en frappant l'armée et la puissance françaises, détacher l'Angleterre de ce poids mort et s'entendre avec elle. Cela justifiait bien la prise de risque, minime, d'une suspension de la marche triomphale vers le colmatage de la poche, le temps que Londres mesure les enjeux.

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