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Billet de blog 8 juin 2024

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INCENDIE DU REICHSTAG : DU NOUVEAU ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Miguel Chueca

La Fabrique du complot

De l’usage de l’incendie du Reichstag par les propagandes nazie et communiste

Présentation de l'éditeur :

Le 27 février 1933, le sort de l'humanité bascule. Une partie du Reichstag, le siège du Parlement allemand, s'enflamme. L'incendie étant présenté par les nazis comme un complot communiste, une campagne de terreur s'abat sur tout le pays. C'en est alors fini de la démocratie, Hitler installe une implacable dictature qui mènera à la Seconde Guerre mondiale. L'incendiaire, Marinus van der Lubbe, par cet acte, voulait « protester » contre la montée du nazisme. Ce jeune Néerlandais, maçon de profession, dont nous découvrons dans ce livre la trajectoire politique et sociale, a pourtant agi seul. Pour la première fois, toutes les preuves sont apportées. Sont ainsi implacablement démontées les deux thèses qui se sont affrontées dès l'arrestation du révolutionnaire : la théorie du complot défendue par les nazis et celle que les communistes ont forgée de toutes pièces. La première a consisté à considérer cette action comme les prémices d'une insurrection communiste. La seconde, encore vivace aujourd'hui, et qui a été celle de nombre d'historiens académiques, prétend que les nazis ont manipulé Van der Lubbe afin d'asseoir leur pouvoir.. Miguel Chueca s'est livré à une enquête historique d'une grande ampleur pour mettre en évidence les falsifications et les mensonges sur lesquels ces deux théories reposent. Ainsi, il nous plonge au coeur de la fabrique du complot. Exercice plus que salutaire à l'heure où bien des événements passés et présents sont analysés sous ce prisme, dont l'esprit, si séduisant, et les mécanismes argumentatifs, si convaincants en apparence, empêchent une appréhension juste du monde.
FICHE DE L'AUTEUR
https://rdv-histoire.com/intervenants/chueca-miguel
Miguel Chueca a enseigné à l’université de Paris-Nanterre entre 1998 et 2018. Il a notamment édité, présenté et le cas échéant traduit les textes suivants : Emile Pouget, Le Congrès syndicaliste d’Amiens, Paris, éd. de la CNT, 2006 ; Déposséder les possédants : la grève générale aux « temps héroïques » du syndicalisme révolutionnaire, 1895-1906, Marseille, Agone 2008 ; 1910, naissance de la CNT : congrès de constitution, Barcelone, 30 octobre-1er novembre 1910, Paris, éd. de la CNT, 2010 ; Emile Pouget, L’Action directe et autres écrits syndicalistes, 1903-1910, Marseille, Agone, 2010.
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Chueca est agrégé d'espagnol. Son érudition, sa finesse d'analyse et ses talents d'écriture ne devraient pas, pour autant, lui conférer automatiquement un brevet d'historien.

Adhérent de la CNT et collaborateur régulier de la revue Chroniques noir et rouge, Chueca ne cache pas sa sympathie pour le jeune Martin van der Lubbe, un communiste hollandais dissident, arrêté "en flagrant délit" le 27 février 1933 dans le Reichstag en feu, condamné et exécuté. Il reproduit et complète sur quelques points les acquis des publications qui, ces dernières décennies, ont éclairé le parcours de ce martyr initial du nazisme, injustement condamné en tout état de cause puisque le code pénal en vigueur au moment des faits n'autorisait pas la peine capitale lorsqu'un incendie volontaire n'avait pas causé de décès.


Cependant, pour traiter de l'incendie du Reichstag, l'un des épisodes du XXème siècle les plus mystérieux et, en même temps, les plus lourds de conséquences, il conviendrait de suivre pas à pas la marche vers la dictature totale pendant les quatre premières semaines du gouvernement nazi, notamment sous l'angle de la répression croissante du Parti communiste. Puis de concentrer le projecteur sur la soirée même du 27 et le comportement d'Hitler et de Göring. Deux points aveugles de ce livre qui, en revanche, suit pas à pas le parcours de Martin van der Lubbe en insistant sur sa farouche solitude et sa détermination. Pour conforter la thèse, ultra-dominante dans les livres d'histoire depuis les publications de Tobias et de Mommsen (1959-1964), selon laquelle VdL était l'auteur de la mise à feu, et le seul. Et tirer à boules rouges (et noirs !) contre les thèses rivales d'un complot communiste et d'un complot nazi.

Trop d'ouvrages d'historiens, notamment en France, charrient encore le préjugé selon lequel le gouvernement de l'Allemagne était une tâche très au-dessus des moyens d'Hitler, et la fable selon laquelle ce paresseux fort en gueule laissait le travail à d'autres. Si anticonformiste qu'il se présente, ce livre s'inscrit, inconsciemment peut-être, dans une vulgate encore prospère.

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