Florent Brayard, à propos de Goebbels : une percée dans l'histoire du nazisme

Le dernier livre de Florent Brayard Auschwitz, enquête sur un complot nazi, qui fait actuellement scandale, est de loin son meilleur. Il démontre que le ministre de la Propagande était loin d'être bien informé de la Solution finale et esquisse une théorie du complot dans le Troisième Reich, à l'intérieur même des sphères dirigeantes.

 

Cela apporte beaucoup d'eau au moulin d'une mienne affirmation : le journal de Goebbels, un continent surgi dans les années 1980 qui a achevé d'émerger en 2008, est en passe de renouveler profondément notre vision du nazisme. Avec Brayard, le processus devrait connaître une accélération intéressante... surtout si lui-même continue sur sa lancée.

 

Je prendrai l'exemple de l'incendie du Reichstag, qu'il est encore de bon ton dans les milieux savants d'attribuer non aux nazis, mais à un hasard dont ils auraient outrageusement profité.

 

Pendant la guerre, je crois que c'était en 1941 mais il faut que je retrouve le passage, Hitler parle une fois avec Goebbels de cette crémation, fondatrice de sa dictature. Il se dit persuadé que le député communiste Torgler (traîné au tribunal à l'époque mais acquitté au bénéfice du doute) avait ordonné la mise à feu, et ajoute qu'il ne peut le prouver.
Voilà un cas exemplaire de manipulation de Goebbels, si on considère que Hitler lui-même avait donné cet ordre. Et même si on se contente d'estimer que l'innocence de Torgler ne fait pas l'ombre d'un doute, et que Hitler était bien placé pour le savoir.
Il faut se souvenir que Goebbels avait été déjà mis à contribution sur le moment même, puisque Hitler dînait chez lui à l'heure de la mise à feu et qu'il s'était fait le témoin de sa surprise, dans un passage de son journal publié au début de 1934 !
Voilà donc une nouvelle piste à suivre dans le sillage de Brayard : il faut retrouver le passage, l'étudier dans son contexte et essayer de comprendre pourquoi Hitler éprouve soudain le besoin de redorer, par les soins de la propagande, le blason "anti-judéo-bolchevique" de son régime.

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