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Billet de blog 11 juil. 2011

Affaire Louis Renault : c'est bien d'attaquer la poutre, mais pourquoi masquer la paille ?

En résumé, la famille Renault se lance dans une démarche d'une audace rarement égalée : elle prétend à une indemnisation astronomique pour "nationalisation abusive" alors même qu'à la Libération la nationalisation de ses usines, à titre de sanction pour l'attitude collaboratrice du célèbre constructeur, avait été assortie d'une convention qui permettait aux héritiers de conserver des sommes fort coquettes provenant des relations de l'entreprise avec l'ennemi.

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En résumé, la famille Renault se lance dans une démarche d'une audace rarement égalée : elle prétend à une indemnisation astronomique pour "nationalisation abusive" alors même qu'à la Libération la nationalisation de ses usines, à titre de sanction pour l'attitude collaboratrice du célèbre constructeur, avait été assortie d'une convention qui permettait aux héritiers de conserver des sommes fort coquettes provenant des relations de l'entreprise avec l'ennemi. Un journal intitulé Le Monde relaye de manière peu professionnelle (mais plus mondaine que jamais !) ces prétentions et se refuse, aux dernières nouvelles, à insérer le moindre courrier permettant de nuancer son enthousiasme spoliateur... de l'Etat actuel.

Cependant, l'ardeur de cette famille a été dopée par un premier succès judiciaire, dans lequel le tribunal n'avait pas tous les torts. Le Centre de la mémoire d'Oradour avait en effet exposé une photo de l'ibndustriel en compagnie des dirigeant nazis, prise en 1938 et dont la légende faisait état de son activité collaboratrice en indiquant que son usine avait réparé des chars allemands, ce qui était exact, mais aussi qu'elle en avait fabriqué, ce qui était faux.

Les juges ont eu grand tort de condamner le centre à une forte amende... mais non point de lui tirer les oreilles. S'ils ont appliqué la loi à la lettre en oubliant la fonction antinazie, et du centre dont ils rognaient les moyens, et de leur propre robe confiée par un Etat républicain, ils ont en revanche été fidèles à cette même mission en ne tolérant pas l'à peu près chez les dénonciateurs de crimes. Pourquoi faut-il donc que ceux qui prennent position sur cette affaire se coulent dans une attitude binaire, et, vomissant à juste titre la demande d'indemnisation, omettent de déplorer, et d'amicalement fustiger, la bévue oradourienne qui l'a mise sur orbite ?

Plusieurs billets sont consacrés à l'affaire sur ce site, par exemple http://blogs.mediapart.fr/edition/article/040711/de-la-rehabilitation-de-louis-renault-lindemnisation-de-ses-heritiers?onglet=commentaires .

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