De quoi le retour de Sarkozy est-il le nom?

"J'embrasse mon rival mais c'est pour l'étouffer"

Macron n'est pas encore KO debout, mais à l'orée de sa troisième année son pouvoir est sérieusement ébranlé. C'est le moment que choisit Sarkozy pour sortir du bois, lui qui depuis le début du présent quinquennat était tout sourire envers son  second successeur. Il publie le 27 juin 2019, à peine engrangé le bénéfice du score misérable de son parti aux élections européennes et de la chute peu remédiable de son prétentieux leader Laurent Wauquiez, un livre sur sa propre jeunesse, de ses premiers pas en politique jusqu'à son élection de 2007, et y glisse une perfidie très étudiée :

"Si la jeunesse est un grand atout pour conquérir le pouvoir, elle est une faiblesse au moment de l'exercer, le président Valéry Giscard d'Estaing, le président Emmanuel Macron et moi-même avons été confrontés à cette contradiction. Je souhaite au Président actuel de la résoudre mieux que ses prédécesseurs ont pu le faire, moi compris."

Une réflexion qu'on peut interpréter comme suit :

Si, à mon grand regret, ce jouvenceau échoue à surmonter le handicap de son inexpérience, je pourrai à la faveur de la prochaine élection présidentielle faire profiter la France de ma sagesse,
Giscard de la leçon pour son centenaire, et Macron d'une cure d'opposition qui lui fera le plus grand bien.

Bruno Jeudy, dans Paris-Match, est encore plus perfide que moi :

Nicolas Sarkozy admet qu’il a conçu ce livre «comme une série» qui appellerait donc une suite. Mais il ne sait pas s’il y aura un tome 2, jure-t-il. A voir le plaisir qu’il prend à son devoir de dédicaces et de selfies –avec 600 signatures vendredi dernier à Paris et 450 lundi à Strasbourg–, on peut être à peu près certain qu’il y aura une suite. (...)

La capacité de l’ancien président à créer l’événement autour d’un livre qui raconte sa vie entre 1975 et 2007 reste unique.(...) «Passions» sera le livre de l’été. Qui l’eût cru ? (...) Nicolas Sarkozy reste une rock star de la vie politique. La seule peut-être avec Emmanuel Macron. (...) Il répète que la «politique partisane» est derrière lui. «C’est vraiment fini», insiste-t-il. Mais (...) il l’a dit en commençant sa promotion : «Entre les Français et moi, ce ne sera jamais fini.»

Tel est le cauchemar qui nous guette. Avant tout celui d'une nouvelle élection "pochette-surprise" au terme d'une série de coups bas, se décidant au premier tour avant que le lauréat de cette compétition des moins démocratiques (pourquoi deux candidats au second tour, ce qui fausse  le premier, et accentue le vedettariat au détriment de la lecture des programmes ?) aille jouer, contre une Le Pen quelconque, les sauveurs de la démocratie.

Les programmes, justement. Une véritable alternance serait une rupture avec les carcans des dernières décennies, facteurs d'immobilisme, de dessaisissement de la souveraineté populaire, d'aggravation de la pauvreté et de démission devant les urgences environnementales.

Qu'on le veuille ou non, tant que la République garde son dossard n° 5, la seule façon d'échapper à ce destin non seulement minable  mais désormais très dangereux, est l'émergence d'une personnalité "présidentiable" porteuse d'un programme clair de rupture avec le passé. Pour l'instant il n'y en a qu'une, elle n'a pas échoué, la dernière fois, très loin du port et même aux dernières et désastreuses élections européennes c'est son mouvement qui, avec 6,3 %, est arrivé en tête.

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