La loi Gayssot en survie artificielle ?

 

L’association "Liberté pour l’Histoire", créée en 2005 à l’occasion de feu la loi sur le rôle positif de la colonisation communique :

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LPH aux Rendez-vous de l’histoire de Blois

Samedi 11 octobre 2008, de 11h à 12h30, hémicycle de la Halle aux Grains

Depuis 2005, Liberté pour l’Histoire lutte contre la tendance du pouvoir législatif à criminaliser le passé, mettant ainsi de plus en plus d’obstacles à la recherche historique. En avril 2007, une décision-cadre du Conseil des ministres européens a donné une extension internationale à un problème jusqu’alors français. Au nom de la répression, indiscutable et nécessaire, du racisme et de l’antisémitisme, cette décision institue dans toute l’Union européenne des délits nouveaux qui risquent de faire peser sur les historiens des interdits incompatibles avec leur métier.

Dans le cadre des Rendez-vous de l’Histoire de Blois consacrés en 2008 aux Européens, Liberté pour l’Histoire invite à approuver l’appel suivant :

“Inquiets des risques d’une moralisation rétrospective de l’histoire et d’une censure intellectuelle, nous en appelons à la mobilisation des historiens européens et à la sagesse des politiques. L’histoire ne doit pas être l’esclave de l’actualité ni s’écrire sous la dictée de mémoires concurrentes. Dans un État libre, il n’appartient à aucune autorité politique de définir la vérité historique et de restreindre la liberté de l’historien sous la menace de sanctions pénales.

Aux historiens, nous demandons de rassembler leurs forces à l’intérieur de leur propre pays en y créant des structures similaires à la nôtre et, dans l’immédiat, de signer individuellement cet appel pour mettre un coup d’arrêt à la dérive des lois mémorielles.

Aux responsables politiques, nous demandons de prendre conscience que, s’il leur appartient d’entretenir la mémoire collective, ils ne doivent pas instituer, par la loi et pour le passé, des vérités d’État dont l’application judiciaire peut entraîner des conséquences graves pour le métier d’historien et la liberté intellectuelle en général.

En démocratie, la liberté pour l’histoire est la liberté de tous.”

Premiers signataires : Aleida et Jan ASSMANN (Constance et Heidelberg), Élie BARNAVI (Tel Aviv), Luigi CAJANI (Rome), Hélène CARRERE D’ENCAUSSE (Paris), Étienne FRANÇOIS (Berlin), Timothy GARTON ASH (Oxford), Carlo GINZBURG (Bologne), José GOTOVITCH (Bruxelles), Eric HOBSBAWM (Londres), Jacques LE GOFF (Paris), Karol MODZELEWSKI (Varsovie) Jean PUISSANT (Bruxelles), Sergio ROMANO (Milan), Rafael VALLS MONTES (Valence), Henri WESSELING (La Haye), Heinrich August WINKLER (Berlin), Guy ZELIS (Louvain).

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On pouvait penser à cette lecture que la loi dite "Gayssot" de juillet 1990, réprimant la négation du génocide des Juifs par les nazis, était l''objet d'une lutte finale, ce qui ne pouvait que réjouir ceux qui l'avaient contestée dès le début, comme l'auteur de ces lignes.

 

Or, sur le blog de Pierre Assouline "La république des livres", a eu lieu ce week-end un débat dans lequel certains, tout en reconnaissant sa nocivité, demandaient qu’on épargnât la loi Gayssot dans le souci de ne pas faire le moindre plaisir aux antisémites, tandis que d’autres, plus nombreux, demandaient qu’on la soumît à un simple "toilettage". J’ai fini par faire mon enquête, et par écrire ceci :

 

Intrigué par la revendication d’un “toilettage” de la loi Gayssot je viens, je crois, d’en trouver l’origine : l’interview de Pierre Nora dans le Nouvel Observateur du 14 août dernier :

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N. O. - Vous estimez souhaitable qu’on abroge les lois « mémorielles » - loi Gayssot (génocide juif, Masse (génocide arménien), Taubira (esclavage) ?

P. Nora. - Maintenant qu’elles ont été votées, leur abrogation serait une offense faite aux victimes et à leurs descendants. Il faut simplement toiletter ces lois en les débarrassant de leurs sanctions pénales. Nous disposons d’un arsenal répressif amplement suffisant pour le racisme.

Restons-en là. Nous avons souffert longtemps de mensonges d’Etat sur les tristes heures de notre histoire, par exemple sur la guerre d’Algérie. Ne nous mettons pas maintenant à subir le poids des vérités officielles.

Propos recueillis par Denis Olivennes

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Je comprends mieux... mais n’approuve guère (...).

 

 

Si on abolit les trois textes d’un coup, en reconnaissant que le principe même des lois mémorielles était mauvais, personne ne pourra se dire spécialement visé ou victime. Et on peut, du reste, voter le même jour sinon dans le même texte une aggravation des sanctions pénales, pour diffamation ou dommage, dans le cas de la négation d’un génocide.

En revanche, si par toilettage on entend la stigmatisation du négationnisme sans conséquence pénale, on risque à la fois de dérouter les braves gens et de provoquer chez les délinquants une franche hilarité.

Et puis, comme toute formule bâtarde, elle risque d’être contre-productive : le gouvernement ou les présidents des grands groupes parlementaires ne vont-ils pas de profiter de cette demi-revendication pour traîner les pieds ? Il sied de tracer à ces gens très occupés de claires feuilles de route !

 

En outre, je ne lis guère d’analyses historiques sur les conditions de l’éclosion de la loi Gayssot . Or elle est aussi peu “Gayssot” et communiste que possible. Il faudrait se souvenir qu’à l’époque le PCF était dans l’opposition, et guère plus faraud qu’aujourd’hui. C’est, en fait, une loi Mitterrand via Fabius... assez analogue à l’instrumentalisation de Guy Môquet par Sarkozy. Bousquet était vivant, Mitterrand ne savait plus quoi inventer pour différer son procès sans se faire lui-même cataloguer comme vichyste, il était soumis à une pression assez intense de Serge Klarsfeld pour reconnaître la culpabilité de Vichy... et Marchais, comme Gayssot, furent les idiots utiles -tout comme, en un certain sens, Faurisson. Tous permirent à Mitterrand de diversifier son image à peu de frais, en gardant la clientèle douteuse que lui avaient apportée Bousquet et les généraux OAS grassement amnistiés en 82, bref, le ban et l’arrière-ban de l’antigaullisme aigri.

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