Benoît XVI a approuvé le 19 décembre 2009 un décret reconnaissant les "vertus héroïques" de son prédécesseur Jean Paul II et celles de Pie XII, en vue de leur béatification.

Sur le site de débats Causeur.fr s'est déroulée une discussion qui mérite de faire date. Le cofondateur François Miclo, quoi qu'il se présente comme philosophe, a commis un article entièrement hagiographique, inspiré du livre du rabbin David Dalin Pie XII et les Juifs / Le mythe du pape d'Hitler (Perpignan, Tempora, 2007). Le pape de la Seconde Guerre mondiale était censé, non seulement ne pas être resté silencieux devant le sort des Juifs, mais avoir été "bavard", et plus que quiconque, puisqu'il aurait "brisé la loi du silence".

Une femme courageuse, d'origine indienne et pseudonymée "Susheela", a fait porter sa critique prioritairement sur le concordat signé le 20 juillet 1933 entre le gouvernement nazi et le Vatican. Un traité dans lequel le cardinal Pacelli avait joué un grand rôle puisqu'avant de devenir, en 1929, secrétaire d'Etat de Pie XI, il avait été nonce à Munich, puis à Berlin. En dehors d'un déluge d'insultes sexistes, la contestation de ce propos s'est déployée selon deux axes :

-en juillet 1933 l'Allemagne était encore gouvernée par des gens honorables comme Hindenburg, la dictature nazie ne commençant vraiment qu'après la mort de ce dernier, en août 1934;

-un concordat est un texte neutre : à preuve, celui-ci est toujours en vigueur et règle, inchangé, les rapports entre l'Eglise catholique et la RFA.

 

Outre le fanatisme, de telles énormités peuvent en l'occurrence avoir une autre cause : le fonctionnalisme. Cette théorie, encore très en cour, voit dans le nazisme un processus complexe dont les étapes ne sont nullement programmées. Voilà qui permit par exemple, dans ce débat, de mettre en cause le gouvernement français de mars 1936, qui, en réagissant de façon ferme à la violation du traité de Versailles en Rhénanie, aurait tué le nazisme dans l'oeuf et rendu au concordat sa virginité bien avant 1945.

 

Il ne devrait pourtant pas échapper à des chrétiens que le nazisme avait une Bible et que les premiers pas de son prophète, une fois qu'il eut été porté au pouvoir, offraient une occasion de le faire trébucher qui ne se renouvellerait pas. De ce point de vue, tous les gouvernements qui ont maintenu des relations diplomatiques sans nuages ont pris une responsabilité dans les crimes subséquents. Celui de l'Eglise n'était peut-être pas le pire du troupeau. De là à féliciter son pasteur...

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.