Non-affaire Desbois : comportement odieux du Monde

Thomas Wieder, prétendant rendre compte de manière neutre de la dernière tempête du Quartier latin, a commis dans le Monde daté du 19 juin l'article le plus partial qu'on puisse imaginer.

 

Les faits : les recherches de l'association Yahad-In unum sur les traces de la "Shoah par balles" en Ukraine et autres lieux ont été mises en cause par deux historiens universitaires, pas un de plus, Jean Solchany et Christian Ingrao, il y a un an sur nonfiction.fr (en se refusant à tout dialogue) http://www.nonfiction.fr/articlecomment-1172-la_shoah_par_balles__les_historiens_oublies.htm#newcomment et plus récemment dans Vingtième siècle. Et encore : à les lire, on se demande si c'est l'enquête qui les chagrine, ou seulement sa médiatisation.

 

Or le 27 mai 2009 cette opération s'est dévoilée comme le premier étage d'une spectaculaire fusée : le producteur de la principale émission historique de France-Culture, Emmanuel Laurentin, a fait une émission d'une heure à partir de l'article, avec pour tout historien en poste à l'université Jean Solchany (qui n'a strictement rien produit sur le judéocide, contrairement à Ingrao) et un plateau tout uniment composé d'ennemis de Patrick Desbois... dont sa proche collaboratrice Alexandra Laignel-Lavastine, se livrant à une abjuration publique.

 

Tout en soulignant à de nombreuses reprises que Desbois avait été invité et s'était décommandé, Laurentin a laissé se dérouler, sous le nom de débat, un procès monocolore et, comme tous ses pareils sous tous les cieux, dérivant vers les calomnies les plus échevelées. Ainsi, ce Français, qui avait rencontré les tombes oubliées des Juifs d'Ukraine lors d'un pélerinage sur les traces de son grand-père interné à Rawa Ruska, est censé en avoir découvert non pas, comme il l'affirme, des centaines, mais seulement quelques unes puisque, d'après Solchany non démenti par quiconque, "99% étaient déjà connues". Ainsi, l'enquête ne reposerait que sur des témoignages, traités de la moins scientifique manière, sans recoupement entre eux ni avec d'autres sources. Et le bouquet : cette crédulité amènerait le prude eccclésiastique à passer complètement à côté d'une réalité horrible. Car les Juives auraient été, une fois déshabillées, abondamment violées avant d'être abattues. Bien évidemment, cette oeuvre pie serait l'objet de critiques acerbes de la part de tout historien sérieux. Or ces viols au bord des fosses sont un pur fantasme, jamais attesté par quiconque... et fortement opposé à tout ce qu'on peut savoir du nazisme, qui interdisait mordicus à ses SS de se "souiller racialement" (il leur arrivait certes de le faire, mais la chose est difficilement concevable sur la scène d'un crime collectif ), et ne se souciait guère de fournir en chair fraîche ses auxiliaires ukrainiens.

 

Thomas Wieder, prétendant résumer l'affaire, ignore l'ensemble de ces ahurissantes imputations. Faudrait-il lui rappeler que les émissions de France-Culture restent en ligne pendant un mois ? Pour qu'il écoute celle-là s'il ne l'a pas encore fait... et pour qu'il sache que tout lecteur de sa prose, faisant cet effort, risque à son tour de trouver cette prose fâcheusement pudique. Il fait donc, sous couleur d'objectivité, un cadeau royal à des gens qui ont largement dérapé, les remettant en quelque sorte sur la route. Mais sa présentation pèche aussi par un grossier montage : en tressant des bribes de phrases, il fait apparaître Partick Desbois comme opposé, à un Husson près, à l'ensemble de la gent historienne, mais aussi à la communauté juive, les noms de Bensoussan et de Lanzmann étant insidieusement glissés dans la liste des opposants.

 

Sans doute ce journaliste surmené n'avait pu se rendre au colloque des 15 et 16 juin où Patrick Desbois avait réuni les historiens les plus compétents de la planète pour échanger sur un aspect fondamental et encore méconnu de la Solution finale en Europe de l'Est, l'action "1005". Parmi eux, Alexander Kruglov, l'un des "malgré eux" embauchés dans la claque hostile de Wieder !

 

 

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