Martin Bormann : en finir avec le "mauvais génie"... sans le trouver bon !

La première biographie de Martin Bormann due à une plume non journalistique est en librairie depuis le mercredi 21 octobre.

(l'édition de poche de Hitler et Pétain -Nouveau monde, 2018- suivra de peu, le 4 novembre.)

La couverture et sa quatrième figurent à présent sur mon site

en compagnie d'un nouvel édito, déplorant le classicisme, en cette année d'anniversaire décennal, des publications commémoratives des événements de 1940, du moins pour l'instant.

Et pourtant, l'historien de cour Andrew Roberts, auteur en 1991 d'une biographie éthérée de lord Halifax, avait fait un pas considérable en écrivant, en 2018, celle de Churchill (qui vient d'être traduite en français) : il le présentait enfin comme un homme seul, à la tête de son pays certes, mais très dangereusement contesté par des ministres tétanisés par la victoire hitlérienne, dont Halifax n'était que la figure de proue. Cette approche doit sans doute beaucoup au film et au livre intitulés Darkest Hour, parus l'année précédente. Mais cette hirondelle n'a fait pour l'instant aucun printemps, d'aucun côté de la Manche.

Il convient donc de répéter, à temps, à contretemps et de tout temps, que le très inhumain nazisme était une entreprise folle mais intelligemment conduite vers un résultat brillant et durable, si Neville Chamberlain avait gouverné dix jours de plus ou s'il avait été remplacé, le 10 mai, par Halifax, ce qui manqua de peu d'arriver (comme Andrew Roberts le dévoile éloquemment).

Bormann, en 1940, n'est pas encore très puissant et n'attache alors son nom à rien de saillant. Mais la connaissance de son parcours pourrait stimuler la réflexion et la recherche, en jetant une lumière nouvelle sur le fonctionnement du cercle dirigeant nazi. Elle révèle un Hitler, certes, de plus en plus dépendant de Bormann, mais point du tout parce que celui-ci serait arriviste ou assoiffé de pouvoir comme TOUS les auteurs qui ont écrit sur lui l'ont dit. Tout au contraire, il se révèle le plus docile et le plus performant des instruments du dictateur, qui est loin cependant de faire passer par lui tous ses ordres et toutes ses intrigues. Hitler domine, c'est de plus en plus clair, un appareil complexe et arrive à le faire fonctionner en tirant le meilleur de chacun, aux antipodes du "darwinisme gouvernemental" qui sert encore, dans trop d'études, de passe-partout explicatif.

 

Je publie dans la foulée un autre billet sur le dernier opus de Pierre-André Taguieff qui, à propos de l'antisémitisme nazi, n'a pas peur de placer Hitler au centre de son régime, contrairement à une tradition historiographique remontant aux années 60 et encore très en vogue.

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