La Shoah n'est pas née de rien ni venue de nulle part. Certes, elle fut mise en œuvre par l'alliance inédite et terrifiante de l'obstination dans le délire raciste et de la rationalité industrielle dans l'exécution. Mais elle a aussi été rendue possible par des siècles d'aveuglement, de bêtise, de mensonges et de haine.Elle a été précédée de multiples signes avant-coureurs, qui n'ont pas alerté les consciences.

Notre vigilance ne doit jamais être prise en défaut. Aucune Nation, aucune société, aucune personne n'est immunisée contre le Mal. N'oublions pas ce jugement de Primo LEVI à propos de ses persécuteurs : « Sauf exceptions, ils n'étaient pas des monstres ; ils avaient notre visage ». Restons en alerte, afin de savoir déceler le retour de la monstruosité sous ses airs les plus anodins.

 

Cet extrait peu cité du discours de Hollande le 16 juillet dernier

http://www.elysee.fr/president/les-actualites/discours/2012/discours-du-president-de-la-republique-pour-le.13674.html?search=Vel+d%27Hiv&xtmc=vel_d_hiv&xcr=1

n'est pas le moins significatif.

Sur cet autre, fort cité en revanche

La vérité, c'est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l'ensemble de l'opération.,

on peut faire une remarque que je n'ai guère lue : c'est la seule allusion, dans tout le discours, au pays qui avait commandité la rafle ! Pour dire qu'il n'y avait pas participé !! De même qu'on ne trouve dans le texte, comme dans l'extrait cité en commençant sur ce dont "est née" la Shoah, aucune mention de Hitler ni du nazisme.

Il me faut donc, en bon citoyen docile à l'injonction présidentielle de "rester en alerte", compléter le propos.

La Shoah est née, sur un terreau empoisonné par l'antijudaïsme chrétien et le racisme biologique du XIXème siècle, du "délire raciste" d'un individu précis, entré en politique en 1919 parce qu'il pensait que la défaite de l'Allemagne était un succès des Juifs, rapprochant dangereusement ceux-ci d'une réussite totale dans leur projet de domination mondiale. La responsabilité des autres nations est d'avoir sans mot dire laissé cet homme accéder à la direction de son pays, d'avoir dialogué avec lui comme s'il était honorable et d'avoir très mal déchiffré son jeu, qui était de replonger le monde dans une guerre dès qu'il en aurait créé les conditions, pour l'Allemagne, les plus favorables, afin d'écraser une bonne fois la France et d'agrandir démesurément l'Allemagne vers l'est, aux dépens des pays slaves. Ces lâchetés et ces aveuglements ont conduit à une mainmise totale de l'Allemagne sur la France pendant plus de quatre ans tout en lui laissant, par une application classique de la ruse nazie non encore décryptée (à l'époque, et encore bien peu aujourd'hui), une souveraineté illusoire sous une apparence de gouvernement.

Le crime du Vel d'Hiv, dans ces conditions, est bel et bien un forfait allemand, exécuté sur commande par un gouvernement fantoche.

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