TOGO- Vœux de Nouvel An, performance néo patrimoniale de fainéantise en gouvernance ?
Pour 2026, Madi Djabakate -Papa Khadidja- formule des vœux offensifs : moins de discours, plus de résultats, moins de rituels, plus de responsabilité, moins de promesses, plus de cohérence entre parole et action. Le changement ne se proclame pas, il se travaille, la confiance ne se demande pas, elle se mérite. Il souhaite aux togolais une année 2026 de lucidité, d’éthique, de courage collectif.
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Togo : La duplicité assumée de Faure Gnassingbé dans ses vœux à la nation du nouvel an 2026
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LA PRESENTATION DES VŒUX DE NOUVEL AN : UNE PERFORMANCE NEOPATRIMONIALE DE LA FAINEANTISE EN GOUVERNANCE PUBLIQUE ?
“WHAT NEW ?”
Dans un Togo où l’ombre portée de l’administration coloniale continue de teinter nos réflexes bureaucratiques, il est urgent d’interroger la valeur réelle de nos rituels institutionnels. Pourquoi s’obstiner dans des cérémonies qui, tout en aspirant le temps et les maigres ressources de la nation, paralysent l’activité économique sans jamais accoucher du moindre changement structurel ?
Lorsque les vœux présidentiels ne sont suivis ni d’évaluations sincères ni de comptes rendus factuels, ils glissent du registre de la gouvernance vers celui du folklore. Pire, lorsque l’État privilégie la cosmétique de ces rituels à la rudesse des réformes nécessaires, il trahit une hiérarchie des priorités inquiétante. C’est là que l’héritage colonial se mêle à une gestion contemporaine déroutante, privilégiant le faste à l’efficacité.
1- ENTRE ÉTAT PERFORMATIF, CRISE WEBERIENNE ET BANALISATION DE L’INACTION
Chaque année, la tradition des vœux de Nouvel An au Togo nous offre le spectacle d’une parole publique soigneusement mise en scène. Le décorum est là, la symbolique est lourde, la rhétorique huilée. Mais derrière cette solennité de façade, une conviction amère s’installe chez le citoyen : ces mots n’engagent à rien à commencer par ceux qui les récitent et ceux qui y croient. Ils ne transforment pas le réel ; ils ne font que meubler le silence de l’action.
Le cantique tourne autour d’éléments de langage inaudibles, comme Faure travaille, c’est son entourage qui, depuis toujours, ne travaille pas pour le peuple mais pour la minorité. Circulez : il n’y a rien à voir pour ceux qui ne sont pas avec nous, et tout à avoir pour certains d’entre eux.
Ce n’est pas qu’un simple théâtre politique. C’est le symptôme éclatant de ce que la science politique pourrait nommer une "fainéantise institutionnalisée", confortablement installée au cœur d’une configuration néopatrimoniale de l’État.
2- LA FAILLITE DE L’IDEAL-TYPE WEBERIEN : QUAND L'ÉTAT NE REPOND PLUS
Max Weber rêvait l’État moderne comme une mécanique rationnelle, fondée sur la prévisibilité et la responsabilité. Or, la récitation annuelle de vœux dénués de bilan et d’obligation de résultat signe l’effondrement de cette rationalité.
Au Togo, la parole officielle a cessé d'être le gouvernail de l’action collective pour devenir un substitut à l’action elle-même. L’administration ne semble plus mue par la performance ou l'intérêt général impersonnel, mais par une temporalité où la survie du pouvoir compte plus que l’efficacité du service public.
Cette rupture explique pourquoi les vœux restent lettre morte : la machine n’est pas programmée pour produire des résultats, mais pour reproduire l’ordre établi.
3- LES VŒUX : L'ILLUSION DE L’ÉTAT PERFORMATIF
Cette tradition s’inscrit dans la logique de l’État performatif : un État qui "agit" par le verbe, par l'image, par le symbole, faute de transformer la matière sociale et économique. Les Togolais désormais veulent prendre la nationalité béninoise malgré les casseroles propres au voisin. Cotonou devient une destination touristique pour les Togolais de la minorité pilleuse.
Ici, les vœux ne servent pas à lancer des chantiers, mais à fabriquer du sens, à simuler la stabilité, à donner l’illusion qu’il y a un pilote dans l’avion. Faure fait le bilan de ses 20 ans au pouvoir comme s’il venait d’arriver après une alternance avec un mauvais régime présidentiel que son régime parlementaire allait faire oublier aux Togolais. C’est le triomphe du "dire" sur le "faire".
Cette stratégie n’est pas innocente. Elle agit comme un anesthésiant social : elle permet de différer les revendications, d’absorber les colères et de neutraliser les attentes, sans jamais avoir à payer le prix politique de véritables réformes.
4- LE NEOPATRIMONIALISME OU LA MATRICE DU VIDE
Comme l’a théorisé Jean-François Bayart, l’État postcolonial fonctionne souvent sur un mode néopatrimonial. Les ressources publiques y servent moins à construire des routes ou des écoles qu'à cimenter des réseaux de fidélité.
Les vœux de Nouvel An sont la grand-messe de ce système. Ils servent à :
* Restaurer symboliquement l’aura du chef ;
* Resserrer les rangs des élites autour du pouvoir ;
* Rappeler que la loyauté prime sur la compétence.
Dans ce monde, la parole n’est pas un contrat avec le peuple, mais un code entre initiés. Que les promesses ne soient pas tenues n’est pas un bug du système ; c’est sa fonctionnalité première.
5- LA FAINEANTISE COMME CALCUL RATIONNEL
Ne nous y trompons pas : cette "fainéantise" n’est pas une simple paresse. C’est une stratégie de survie politique. Dans un système fragile, réformer est dangereux.
Bouger les lignes signifie :
* Redistribuer les cartes du pouvoir ;
* Menacer des rentes établies ;
* Affronter des résistances internes ;
* Risquer l’impopularité.
À l’inverse, réciter des vœux ne coûte rien et ne risque rien. Le rituel devient alors le bouclier parfait de l’immobilisme. C’est le choix rationnel de ne rien faire pour ne rien perdre. On peut inviter à boire du lait mais l’invité doit savoir qu’il n’a pas le droit de compter le cheptel.
6- UNE CRISE DE LA PAROLE PUBLIQUE QUI DEPASSE NOS FRONTIERES
Le cas togolais résonne avec une crise plus large sur le continent. Partout, le langage du pouvoir se déconnecte du réel. Plus l'État est impuissant, plus il est bavard. On annonce en pompe qu’on fera des travaux et même la pause de la première pierre n’a jamais lieu. C’est un peu comme les enquêtes ouvertes par le Colonel Yark qui n’ont jamais abouti jusqu’à ce qu’il devienne Général pour ne pas dire jusqu’à sa retraite de l’armée togolaise.
Cette inflation verbale masque mal une rupture de confiance : la légitimité ne vient plus de ce que l'on construit, mais de la répétition incantatoire de la souveraineté et de la récupération de la lutte panafricaniste. Mais attention : quand la parole n’est plus vérifiable, elle n’est plus crédible. Et sans crédibilité, la démocratie s’épuise et les peuples se lassent.
7- POUR UNE REHABILITATION DE LA PAROLE POLITIQUE
Redonner du poids aux mots au Togo, et peut-être en Afrique, exige de sortir de ce théâtre d'ombres. Il faut ramener la responsabilité au centre du discours après l’alternance au sommet de l’État.
Des vœux politiques dignes de ce nom devraient être :
* Précédés d’un bilan honnête et public ;
* Limités à des engagements concrets et chiffrés ;
* Assortis d’un calendrier précis ;
* Suivis d’un mécanisme impératif de reddition de comptes.
Sans ce courage, les vœux resteront ce qu’ils sont devenus : une cérémonie de la paresse, où l’État parle pour s'excuser de ne pas travailler.
“WHAT NEXT ?”
Après deux décennies sous la direction de Faure Gnassingbé, il est temps de regarder le rituel des vœux pour ce qu’il est : un simulacre.
Dix-neuf années de promesses évaporées nous ont appris qu'aucun souhait formulé à la télévision ne change la vie des Togolais.
L’année 2026 ne sera pas "bonne" par magie, surtout tant que perdurera cette constitution de contrebande, vestige forcé d'une République mal née.
Il y a là une leçon brutale mais nécessaire sur notre condition humaine et politique. Attendre passivement que le salut vienne d’en haut, c’est se condamner à la déception perpétuelle.
Si nous déléguons nos espoirs à une entité qui a prouvé son indifférence, nous sommes complices de notre propre stagnation.
La vérité est simple : l'action ne se sous-traite pas. Le levier du changement n’est pas dans la main qui tient le micro le 30 décembre, mais dans celles des citoyens.
Nous sommes des animaux politiques ; il est de notre responsabilité de cesser d'attendre des vœux pour commencer à exiger des actes, et surtout, pour agir de concert. Car seules nos actions déterminées, et non des prières laïques, accoucheront de la transformation que nous méritons.
Madi Djabakate
Papa Khadidja
Politologue & Essayiste
Citoyen engagé pour un comportement éthique et un leadership moral au Togo
30 décembre 2025
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