AFRIQUE : Covid-19 et endettement

Dr. Yves Ekoué AMAÏZO - Directeur Afrocentricity Think Tank, 1er juillet 2020. Ce groupe d’influence tente de modifier les décisions qui impactent négativement les Africains et les Afro-descendants. Il travaille en indépendant en tant que Consultant international, Chroniqueur sur la Radio Africa Numéro 1 et Chargé de cours occasionnellement.

AFRIQUE, COVID-19 ET ENDETTEMENT :

Besoin de sécurité sanitaire et de souveraineté économique

Dette Afrique piège des conditionalités de la dette Dette Afrique piège des conditionalités de la dette

Le 29 juin 2020[i] selon l’Organisation mondiale de la Santé, le monde a atteint les 10 021 401 cas confirmés de malades du COVID-19 avec une courbe mondiale toujours ascendante et 499 913 morts. En Afrique, avec 288 347 cas confirmés avec 5 879 morts, soit au plan mondial, 2,88 % des cas confirmées et 1,18 % de morts. Il y a réellement pour le moment une résilience du peuple africain. Le COVID-19 sera indissociable de notre vie quotidienne, ce pour longtemps.

Les disruptions causées dans le monde et en Afrique sont hétéroclites et handicapantes pour de nombreuses économies africaines où le confinement rime avec l’option de « mourir ». Cela touche la plupart des secteurs sauf ceux qui ont intégré la digitalisation et l’économie de proximité au plan stratégique dans leur modèle économique.

Il faudra toutefois une période de relance variable, entre 12 et 24 mois au moins pour retrouver la situation d’avant le COVID-19, si entretemps, des faillites et autres marginalisations par le chômage, n’ont pas changé la donne à nouveau. La réalité est que le COVID-19 a révélé les Etats sans « réserves substantielles » avec comme conséquences, un endettement supplémentaire des Etats. Pour les pays africains, la soutenabilité de la dette devient problématique au point de relancer le besoin d’annulation totale ou partielle de la dette extérieure afin de conserver une capacité d’endettement et finalement une marge de manœuvre économique !

1 - COVID-19, UN ACCOMPAGNATEUR NON DÉSIRÉ DU GENRE HUMAIN

Le COVID-19 est une maladie infectieuse causée par un coronavirus identifié et découvert dernièrement. Le virus COVID-19 se propage principalement à partir d’une personne infectée qui tousse ou éternue, ce par des gouttelettes de salive ou des écoulements nasaux, mais aussi à partir des surfaces d’où l’importance qu’il y a à stopper toutes formes de propagation par des protections et des opérations de désinfection et de décontamination.

Lors de l’infection par ce virus, deux types principaux de patients sont à relever. Ceux qui souffriront d’une maladie respiratoire légère à modérée et se rétabliront rapidement sans nécessiter de traitement particulier, grâce à leur niveau élevé d’immunité innée ou acquise. Toutes les autres personnes, notamment les personnes âgées et celles présentant des problèmes médicaux sous-jacents comme les maladies cardiovasculaires, le diabète, les maladies respiratoires chroniques et le cancer sont plus susceptibles de développer une maladie respiratoire bien plus lourde. Il faut se protéger et s’engager à protéger les autres dans les comportements.

La prévention, le ralentissement de la propagation et de la transmission des infections liées au COVID-19 supposent d’être très bien informé et de respecter un certain nombre de comportements (amélioration en prévention du niveau d’immunité, gestes barrières, masques, distanciation, lavage fréquent des mains régulier avec un désinfectant à base d'alcool en évitant de toucher le visage et parties sensibles à des contaminations).

Le Covid-19 devient de facto un accompagnateur non désiré du genre humain, en attendant un traitement spécifique qui ne peut exclure la prévention par les plantes qui augmentent le niveau d’immunité.  Les conséquences sont multiples avec en premier lieu la déstabilisation et la réduction des activités humaines nécessitant le contact humain rapproché avec en contrepartie une prime pour toutes activités humaines prospérant sur l’utilisation de la digitalisation des transactions. Il y a donc des gagnants et des perdants de cette nouvelle disruption non sollicitée. Il y aurait une sorte de prédisposition à une meilleure résistance chez les personnes ayant fait l’usage d’antipaludéens sur une longue période précédant l’irruption du COVID-19.

C’est à ce titre qu’une partie des citoyens africains, confrontés au COVID-19 et dénués des principales infrastructures sanitaires modernes des Etats industrialisés, a pu découvrir que l’épicentre de l’épidémie s’est déplacé de l’Asie, vers l’Europe, puis vers les Etats-Unis et l’Amérique latine, mais pas « encore » vers l’Afrique et que partout cette pandémie a permis de découvrir « l’impuissance de la puissance[ii] » tant au plan sanitaire qu’économique avec l’endettement massif contracté en peu de temps par les pays considérés comme des créanciers systémiques.

2 - « SANTE-BUSINESS » : LES AFRICAINS GLOBALEMENT HOSTILES

En Afrique, le COVID-19 a révélé au grand jour l’occidentalisation de l’ordre sanitaire précédé d’ailleurs par un ordre politique, social, environnemental et culturel[iii], qui sous-tend une domination qui a anesthésié, non sans des déresponsabilisations internes des élites africaines. Cette organisation sanitaire et économique ne correspond pas aux traditions et mode d’existence des Africains. La rhétorique de la rupture n’est qu’un paravent face aux zélés dirigeants africains reproducteurs de modèles occidentaux dont la pertinence en temps de crise s’évanouit. Il était alors impossible pour les responsables africains de continuer à copier les consignes occidentales et chinoises, devenues universelles, parfois véhiculées par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), et croire que les résultats seraient au rendez-vous.

Le multilatéralisme sanitaire pourrait se révéler n’être qu’une forme nouvelle de pensée unique sanitaire pour définitivement annihiler les chances pour une émergence de l’Afrique fondée sur son approche sanitaire privilégiant la prévention, la pharmacopée et les solutions non abrasives. Ces approches inclusives sont compatibles avec toutes les sciences mais se donnent comme priorité le résultat que souhaitent les populations, à savoir la guérison, pour le plus grand nombre, de la maladie Covid-19. En effet, à vouloir corréler la santé et le profit, certaines multinationales finissent par influencer des Etats afin d’obtenir des budgets publics pour la fabrication de vaccins non encore trouvés, ni vérifiés. Les citoyens africains, avertis ou non, sont majoritairement hostiles à l’approche « santé-business », cette approche qui inverse les priorités : ce n’est plus la santé qui est au service de l’humain, mais bien l’humain, en tant que cobaye qui est au service des multinationales de la santé.

3 - SANTE POUR TOUS EN AFRIQUE : PRIVILÉGIER ET REVALORISER LA PHARMACOPÉE

Au même titre que la démocratie représentative occidentale a été ré-accommodée en Afrique à la sauce de la contre-vérité des urnes, de même la pratique de la médecine occidentale a montré ses limites, principalement pour sa préférence pour le « traitement curatif » trop souvent encore aux dépens du « traitement préventif ». Le confinement de milliards d’humains en Afrique était intenable. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 170 pays du monde utilisent la médecine traditionnelle et complémentaire et près de 88 % de la population africaine utilise des traitements issus de la pharmacopée africaine. Il n’est pas étonnant que l’Afrique ait le plus grand nombre de centres ou instituts de recherche nationaux sur ces questions, près de trois fois plus que la moyenne mondiale en 2018[iv]. Quoi de plus naturel qu’une solution émerge en Afrique dans la prévention-traitement du COVID-19 au service des populations.

La culture, la connaissance de la pharmacopée, l'usage traditionnel des plantes médicinales et les savoir-faire ethnobotaniques en Afrique ne peuvent passer par pertes et profits, n’en déplaise aux multinationales qui ont transformé la santé, un droit et un bien public commun, en une propriété privée où le médicament se commercialise comme une vulgaire marchandise, ce qui en dit long sur la valeur portée à l’être humain. Les efforts pour créer un hypothétique vaccin contre un COVID-19, apparemment non mutant pour l’instant, permet d’orienter une partie importante des recettes fiscales des Etats vers une science du « tâtonnement », amnésique à l’utilisation sans dénaturation de la puissance des principes actifs de la pharmacopée concentrée sur le COVID-19, car générateurs de sécurité sanitaire, de coûts abordables et de promotion de l’harmonie sociale en Afrique.

La santé-business[v] a aussi besoin de cobayes vivants, de préférence en Afrique. C’est toute la confiance des citoyens africains envers des prétendus « bienfaiteurs occidentaux » qui a volé en éclats suite à l’expérience du COVID-19. Une confiance bafouée, c’est la confiance mutuelle perdue, avec en prime, les conséquences à long-terme de la trahison de certains dirigeants africains, parties-prenantes de ce jeu non transparent des essais cliniques en Afrique. Sans consultation des hautes autorités du Congo, les paroles du Docteur Jean-Jacques Muyembe, chef de la riposte en République Démocratique du Congo, résonnent encore lorsqu’il déclara, sans ambages, le 3 avril 2020, « qu’il pourrait y avoir des essais cliniques d’un vaccin contre le nouveau coronavirus dans son pays[vi] ». Il n’a jamais véritablement été démenti malgré la polémique sauf que le Chef d’Etat, Félix Tshisékédi a bien indiqué que ces paroles n’engageaient que celui qui les a prononcées.

Alors, certains dirigeants africains, crédules ou peu soucieux de la santé de leurs concitoyens, optent pour un nouveau partenariat de santé-business où le seul point commun consiste à « autoriser » sans débat parlementaire ou sociétal, des fameux « tests-cliniques » sur des populations pauvres, faibles, ignorantes de leurs droits et souvent dans des zones d’instabilité sécuritaire ou de guerre. Les retombées pour la grande majorité des populations africaines des politiques du « ruissellement » du COVID-19 » sont annoncées avec des budgets importants pour la communication en faisant miroiter une solution « miracle » pour les plus vulnérables au COVID-19.

Les essais-cliniques en Afrique demeurent une question hautement politique truffée de non-transparence. En effet, les premiers essais cliniques en Afrique notamment les tests vaccinaux réalisés sur le continent par le passé par les firmes multinationales pharmaceutiques occidentales se sont déroulés dans la duperie, avec parfois un objectif non avoué d’éliminer purement ou simplement des populations, ou de les rendre inaptes à procréer, ou pire, à tenter d’identifier le niveau de douleur tolérable, quand il ne s’agit pas du niveau de tolérance du médicament avant que mort ne s’en suive. « De grands groupes pharmaceutiques ont été accusés, à l’instar de Pfizer en 1996, d’avoir profité du manque d’information des populations locales pour mener des tests dans des conditions douteuses[vii] ». Il n’est pas rare que la vie du citoyen « noir » soit estimée à si peu en termes monétaires, que sa mort, en réminiscence du « Code Noir » de Colbert, soit considérée comme une variable d’ajustement pour créer un médicament ou un vaccin pour satisfaire d’abord les citoyens des pays des membres des conseils d’administration des entreprises multinationales pharmaceutiques.

En complément à des tests-cliniques initiés par le Royaume Uni, l’Afrique du sud mène depuis le 23 juin 2020 sur plus de 50 personnes volontaires et sur une période de 12 mois, les premiers tests cliniques déclarés sur le continent africain, ce au sein de son université « WITS » à Johannesburg. Il s’agit d’un vaccin (ChadOx1 nCov-19) censé lutter contre le COVID-19 alors que la propagation et les contaminations sont en phase ascendante. Pourtant, ce « test ne vise pas encore à évaluer l’efficacité du ChadOx1 nCov-19 contre la maladie ». Selon le médecin pédiatre qui supervise l’un des sites de l’essai clinique à l’université de WITS, « l’objectif, pour l’instant, est de nous assurer que le vaccin n’est pas dangereux pour les patients [qu’il n’y a pas d’effets secondaires, NDLR] et de mesurer la réponse du système immunitaire » sur des personnes en bonne santé. Autrement dit, il s’agit déterminer « quelle est la dose d’un vaccin qui produit la meilleure réponse immunitaire[viii] ». On est donc bien loin des ambitions affichées d’avoir un vaccin contre le COVID-19.

Comme les initiateurs de ces essais cliniques sont basés au Royaume-Uni où plus de 4 000 personnes seront aussi testées, il serait plus exact de parler d’analyse comparative entre des populations blanches et des populations noires pour estimer les meilleures réponses immunitaires. Il faut espérer qu’il ne s’agit pas en fait de tester le contraire, à savoir le niveau où les populations noires n’offrent plus de réponse du système immunitaire. Si cela était le cas, ce que personne ne souhaite, mais que personne ne peut exclure, alors les dirigeants africains qui s’empressent de signer, en catimini la validation de tests-cliniques contre des contreparties obscures, devraient prendre conscience de leur rôle de complices potentiels.

Autrement dit, il faut faire attention à ce que le la dose de ce « nouveau » vaccin qui devrait produire la « meilleure réponse immunitaire » ne soit pas justement structurée pour donner le résultat contraire, celui de savoir quelle dose il faut pour « réduire la population cible » ou carrément l’« éliminer ». Cela peut être « choquant », mais ne pas le savoir c’est faire semblant de ne pas savoir ce qu’est la « real politik », surtout que ces nombreux dirigeants africains en sont complices !

Les réactions d’indignation aux déclarations le 1er avril 2020 sur le plateau télévision de la chaîne d’infos LCI du groupe TF1, provoquées par deux médecins français, Jean-Paul Mira, chef de la réanimation à l’hôpital Cochin à Paris, et Camille Locht, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui, sans vergogne, ont proposé de reproduire « ce qui se faisait de toutes les façons régulièrement par le passé mais sans publicité », en disent long sur les intentions réelles des laboratoires. Jean-Paul Mira déclare : « Si je peux être provocateur, est-ce qu'on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n'y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c'est fait d'ailleurs sur certaines études avec le sida, où chez les prostituées : on essaie des choses parce qu'on sait qu'elles sont hautement exposées. Qu'est-ce que vous en pensez ? » Le Pr. Locht, sans corriger son confrère réplique : « Vous avez raison », et ajoute cyniquement qu’« on est d'ailleurs en train de réfléchir en parallèle à une étude en Afrique avec le même type d'approche, ça n'empêche pas qu'on puisse réfléchir en parallèle a une étude en Europe et en Australie »[ix].

Bref, il s’agit d’une relégation de l’Africain au niveau où l’avait placé un certain « Colbert » dans le code noir, c’est-à-dire la « chosification » du Noir, justifiant alors que si on peut utiliser un meuble comme on le souhaite pourquoi ne pas utiliser toute l’Afrique comme un laboratoire des suprémacistes blancs, une catégorie incluant vraisemblablement les deux cas d’espèces cités plus haut. L’être noir, en principe « indigne d’être qualifié d’humain » doit servir de terrains d'expérimentation pour sauver l’humain blanc, en fait principalement les suprématistes riches ou pas, se considérant généralement comme étant au-dessus des lois.

Au-delà de leur caractère surréaliste au 21°siècle, de tels propos relèvent non pas seulement du racisme génétique hérité de Colbert et compagnies[x], mais surtout de la parole décomplexée fondée sur le malthusianisme, la théorie d’un économiste anglais du nom de Thomas Malthus (1766-1834). Ce dernier prônait la restriction de la natalité comme un moyen d’assurer un équilibre entre la production de ressources nécessaires -alimentaires ou économiques - et la population. Du fait de l’augmentation de la population, ceux qui ne pouvaient pas reconstituer leur « force de travail » et de ce fait leur existence, donc les pauvres, et par dérivées les esclaves à l’époque et les Noirs, sont responsables de leur sort. Il n’était donc pas question de leur venir en aide.

La justification de la cupidité et de la pingrerie des classes riches ou privilégiées blanches, généralement au pouvoir à l’époque, était trouvée. D’ailleurs, l’abolition de l’esclavage serait moins une œuvre humanitaire qu’une volonté de s’affranchir de la responsabilité de prendre en charge un esclave qui « vieillit » et non « rentable ». Le salariat sans capital est venu soutenir la thèse de la rapacité économique des propriétaires d’esclaves de l’époque[xi], et vraisemblablement de leurs descendants culturels du 21e siècle. Le refus de partager la richesse de manière inclusive serait d’ailleurs partiellement justifié à partir de la thèse du malthusianisme. En effet, la défense des « classes pauvres » irait contre les intérêts des classes riches et comme les premiers sont, selon cette théorie, responsables de leur sort, il y a lieu d’aider le « sort » faire en sorte qu’ils ne viennent pas ponctionner sur les richesses accumulées de la classe riche.

Aussi, la limitation de naissances avec le malthusianisme démographique coexiste avec le malthusianisme économique qui permet en économie, ceci de manière délibérée et préméditée, de limiter la production d'un bien ou la fourniture d’un service ou de raréfier le capital afin de créer la rareté et d’assurer de substantiels gains justifiés par la neutralisation d’une économie où l’offre serait trop abondante et déprécierait la valeur des biens et services offerts. Le partage du monde qui fonde le soubassement du malthusianisme est aux antipodes de la conception africaine et ancestrale du « monde du partage » … C’est dans cette culture du partage que s’inscrit l’approche de la sécurité sanitaire de Madagascar.

4 - MADAGASCAR APPRIVOISE LE COVID-19 : LA VOIE DE LA SÉCURITÉ SANITAIRE

Le Président de Madagascar, Andry Rajoelina n’a pas hésité à faire la promotion d’un remède à base de plantes, dit « Covid-Organics (CVO) ». Développé et produit à Madagascar par l'Institut malgache de recherche appliquée, il s’agit d’une boisson à base d'Artemisia qui est censée prévenir et guérir la maladie du Covid-19. Politiquement, il faut savoir que l’Etat malgache a ordonné une distribution nationale aux populations. A la date du 19 juin 2020 et selon l’OMS, Madagascar avait un total de 1 403 cas confirmés de COVID-19 avec 25 nouveaux cas et 13 décès avec 1 nouveau cas[xii]. Plus de 20 pays africains sont officiellement en train de faire valider le COVID-Organics, une solution adaptée au pouvoir d’achat des Africains et sans effets secondaires constatés à ce jour, au point que l’Organisation mondiale de la Santé n’hésite plus à saluer les succès de Madagascar dans la lutte contre le COVID-19[xiii].

Rappelons tout de même que c’est l’Afrique en tant que région qui fait le meilleur score mondial de résilience au COVID-19 le 20 mai 2020 avec 1,37 % des cas identifiés dans le monde et 0,58 % de morts en pourcentage du total mondial. Dans les dernières 24 heures, le nombre de cas identifié par rapport au total mondial est de 4,21 % avec 1,9 % de morts dans les dernières 24 heure en Afrique en pourcentage du total mondial[xiv]. En comparaison avec l’Europe, l’Asie et les Amériques (voir le tableau de l’annexe 1), c’est le meilleur score qui rappelle que, dans ce domaine comme dans d’autres, la puissance et le refus de prendre en considération ce qui provient d’Afrique dans le domaine sanitaire ne peut mener qu’à l’impasse pour ceux qui ont opté pour l’irrespect des résultats issus des cultures ancestrales et de la maîtrise de la pharmacopée africaine. Ce n’est certes pas la solution parfaite, mais les statistiques de morts et la dignité humaine qui en découle servent de témoignage. L’« impuissance de la puissance » de l’Europe se lit dans les chiffres avec 53,02 % de morts en pourcentage du total mondial contre 0,58 % pour les pays africains.


covid-19-afrique

 

Source : Calcul à partir de WHO (2020). Coronavirus disease (COVID-19). Situation Report – 121. Data as received by WHO from national authorities by 10:00 CEST, 20 May 2020. World Health Organization: Geneva. Retrieved on June 19, 2020. From https://www.who.int/docs/default-source/coronaviruse/situation-reports/20200520-covid-19-sitrep-121.pdf?sfvrsn=c4be2ec6_2

Selon l’OMS, le vendredi 19 juin 2020 a été considéré une des journées exceptionnelles d’infections dans le monde avec plus de 150 000 nouveaux cas recensés à l’échelle mondiale, le record sur une seule journée depuis le début de l’épidémie avec près de la moitié des cas provenant des Amériques. Avec 201 178 cas confirmés en Afrique et 4 595 victimes mortes le seul jour du 19 juin, et plus de 128 203 guérisons, l’Afrique demeure résiliente. Les cinq pays les plus touchés par le Covid-19 sont : Afrique du Sud (83 890 cas avec 1737 morts), Égypte (50 437 cas avec 1 938 morts), Nigeria (18 480 avec 475 morts), Ghana (12 929 avec   66 morts), Algérie (11 385 avec 811 morts)[xv] et le Cameroun (9 864 avec 276 morts). Au bas du tableau, on peut rappeler que les Seychelles avec 11 cas et le Lesotho avec 4 cas n’ont à ce jour pas eu de morts liés au COVID-19. L’Ouganda (823 cas), la Namibie (39 cas) et l’Erythrée (142 cas) n’ont pas rapporté des cas de morts, mais la fiabilité des informations fournies est à prendre en considération[xvi].

Des pays comme Madagascar ou le Bénin et bien d’autres ont pu offrir des solutions à partir de la pharmacopée africaine, non homologuées par les censeurs internationaux. Cette politique est efficace au regard de la guérison de plus de 60 % de la population et l’arrêt de la prolifération-contamination du COVID-19[xvii]. Le faible taux de mortalité en Afrique et surtout dans ces pays et l’accès au soin pour le plus grand nombre ont changé le paradigme de l’excellence. Il ne s’agit pas d’avoir la certification de ceux, individus ou institutions, qui contrôlent le monde par la puissance militaire, le capital, les normes sanitaires et les agressions territoriales et culturelles, mais bien de résoudre le problème des citoyens en les guérissant sans effets secondaires indésirables ou générateurs de maladies ou dépendances connexes.

5 - ENDETTEMENT DE L’ETAT SANS AMÉLIORATION DES INFRASTRUCTURES DE BIEN-ÊTRE

La réalité est que l’on assiste à l’instauration d’une nouvelle politique économique libérale post-COVID-19 où les revenus de l’Etat ne permettent plus de faire des réserves, mais doivent servir à améliorer les revenus des plus riches (individus ou sociétés). Ces derniers, in fine, sont censés les réinjecter dans l'économie, si possible nationale ou régionale. Mais la vérité est que les soi-disant revenus des Etats qui sont affectés sont en fait des emprunts, groupés ou pas, auprès des banques centrales, elles-mêmes incapables d’exiger des Etats membres les remboursements. En définitive, ce montage financier finit par offrir à terme une impunité à la mauvaise gouvernance des comptes publics des responsables politiques.

Dans ce contexte, la consommation, l’épargne ou la création monétaire qui devrait servir de levier à l'investissement ne contribuent plus directement ou indirectement à la réalisation d’une activité économique tangible, ni à la protection des équilibres environnementaux, et encore moins à la création de richesses partagées grâce à l'emploi décent avec un pouvoir d’achat valorisant pour la grande majorité des acteurs de la société. La Banque mondiale estime que les épidémies survenues dans le monde depuis les années 2000 ont réduit la productivité du travail de 6 % au total, ce en moins de cinq ans. L’impact négatif sur l'investissement et la main-d'œuvre va s’accentuer avec le COVID-19 déjà classé comme une catastrophe majeure[xviii].

La perturbation du fonctionnement du marché du travail et les distanciations dans nos vies quotidiennes vont affecter la productivité avec des travailleurs morts ou malades, et ceux qui restent ne peuvent avoir le niveau de productivité collective souhaité.  Ce capital humain atone a des répercussions directes sur les secteurs connexes que sont la santé, l’éducation, l’alimentation, le tourisme et loisirs, etc.

Cela suppose souvent une réorganisation-réaffectation, une sous-utilisation, voire une destruction des outils de production et du capital physique en général. La productivité est directement affectée par l’incertitude économique. Celle-ci peut déclencher des décisions de délocalisation, de fuites des cerveaux et des capitaux surtout si elle s’accompagne d’environnement des affaires imprévisible, une fiscalité neutralisante, des conditions d’accès au crédit ou rééchelonnement de la dette défavorables.

Les ruptures et perturbations dans les chaînes d'approvisionnement tendent à décaler dans le temps les innovations créatrices de nouvelles valeurs ajoutées. Le confinement ou la fermeture des lieux de travail et les quarantaines imposées lors des voyages et déplacements limitent fortement les échanges et dégradent la productivité totale. Du coup, les profits s’amenuisent pour les entreprises, les décisions d’ajustement se font souvent par des coupes sombres dans les emplois, mais aussi dans l’investissement direct, limitant d’ailleurs la diffusion du savoir, de la technologie et même des partenariats. La déstructuration des chaines de valeurs peut avoir un effet boule de neige comme cela se perçoit nettement dans le secteur du textile et de l’habillement, très fortement globalisé avec une sous-traitance dans les pays pauvres et une course aux conditions précaires avec des salaires orientés vers le bas. Le non-respect des contrats ne peut qu’affecter en profondeur la productivité et même le circuit de production vers un fort protectionnisme pour les pays bénéficiant d’un très grand marché comme la Chine, l’Inde et un processus de décision pyramidale, facilitant la rapidité des décisions d’ajustement.

En fait, c’est même l’occasion rêvée pour rogner sur tous les droits acquis de « haute lutte » des salariés. La réduction des impôts notamment pour les apporteurs de capital et les hauts revenus n’arrivent plus à avoir un effet d’entraînement sur les économies aux plans national, régional et global. L’économie africaine n’y fait pas exception. La ponction systématique et non sollicitée sur les classes appauvries tend à conduire quasi-systématiquement à des confrontations sociales de plus en plus « musclées », au point de transformer parfois les forces de police en véritables bouc-émissaires involontaires, malgré quelques bavures intolérables[xix].

Plus que la politique du ruissellement, c’est bien la restauration de l’interventionnisme de l’Etat, un Etat-providence national qui pourrait ici et là, ne pas être à la hauteur pour répondre aux défis d’un monde interdépendant. Toutes crises sanitaires ou environnementales sérieuses ne peuvent que se transformer en une crise économique et financière. Les principes de la souveraineté des Etats, les principes de la priorité pour la régulation au service des populations, le principe de la coordination démocratique et décentralisée de la crise sanitaire, ont sauté. Sauf pour ceux qui détiennent le pouvoir de coercition adossé à la puissance militaire, ésotérique et économique. Avec un endettement massif, les Etats-Unis peuvent encore dicter leur loi. Avec un endettement bien moindre, les Etats africains, collectivement ou individuellement, ne font pas nécessairement le poids face à des négociations sur l’annulation, voire le rééchelonnement de leur dettes multiformes, et encore moins sur les conditions draconiennes pour obtenir de nouveaux crédits de créanciers publics ou privés, peu enclins à solder des comptes publics d’Etats africains sans contreparties notables.

La réponse à apporter passe nécessairement par l’interventionnisme de l’Etat notamment par une politique et une programmation budgétaire, fiscale et monétaire bien au-delà de ce qui avait été fait lors de la dernière crise financière de 2007-2008. C’est ce qu’ont fait de nombreux pays industriels notamment en faisant appel à leurs banques centrales. Mais pour les Etats africains, Encore faut-il que ces allocations aillent effectivement vers ceux qui en ont besoin, ce qui n’est pas nécessairement le cas. La politique du ruissellement de la période post-COVID-19 semble contribuer massivement à l’endettement de l’Etat au profit d’une minorité plus que de la majorité. L’Afrique apparaît d’ailleurs plus comme un terrain d’expérimentation de cette pratique, ce en toute impunité puisque le principe de rendre des comptes aux populations reste très embryonnaire.

6 - ETATS AFRICAINS : MARGE DE MANŒUVRE ECONOMIQUE OU NOUVELLES DÉPENDANCES

La récession économique est aux portes de l’Afrique. Le produit intérieur brut (PIB) annuel en 2020 est estimé autour de -2,8 % pour l’Afrique subsaharienne alors qu’il y avait à peine 6 mois, ces estimations étaient autour de 3 %. C’est toujours mieux que l’estimation d’une moyenne de la récession mondiale de -5,2 %. Pour ce qui est de la croissance du PIB par habitant, elle s’est fortement dégradée, passant d’une estimation d’environ 1,5 % il y a 6 mois, à la réalité de la récession économique autour de -5,3 %[xx], toujours mieux que les -6.2 % de la moyenne mondiale.

La chute de la croissance par habitant dans les pays africains aura comme contrepartie de refléter l’inversion des faibles progrès acquis en termes de réduction de la pauvreté et de développement humain. La réalité sur le terrain risque de se traduire par une perturbation multiforme dans le secteur sanitaire, puis de l’approvisionnement en nourriture avec une accentuation de l’insécurité alimentaire, dans le secteur de l’éducation, sans compter les catastrophes comme les invasions acridiennes, les intempéries (inondations et sécheresse alternées) avec des flambées de prix qui excluraient une grande majorité des citoyens africains du système économique. La création de richesses par la digitalisation et l’industrialisation risque de n’être que l’apanage des pays ayant une vision pour leur Peuple.

L’épidémie du COVID-19 risque de faire glisser l’économie mondiale de sa morosité pré-COVID-19 en l’enfonçant dans une récession sans précédent post-COVID, ce malgré l’interventionnisme de l’Etat. Le temps que les Etats mettront pour maîtriser la crise sanitaire déterminera l’ampleur et la durée des disruptions économiques qui s’en suivront[xxi]. Les pans entiers du commerce, du tourisme, des marchés des produits de base et financiers vont renforcer les déséquilibres macroéconomiques avec une accentuation de l’informalité et une aggravation des inégalités, des crises sociales et de la pauvreté. La confiance des acteurs économiques ne sera pas au rendez-vous avant plusieurs mois du fait même des incertitudes liées à la chute de la demande mondiale en général, celle de l’énergie. Pour redémarrer les fondamentaux de la croissance économique partagée, l’Afrique doit opter pour des actions souveraines et cesser son mimétisme collectif qui la conduit à refuser de faire confiance à ses propres intelligences et talents.

Le Covid-19 a été en fait un révélateur d’une crise socio-économique rampante, liée elle-même au non remboursement des dettes liées entre autres à la crise financière de 2007-2008 et à la faible efficacité de l’Etat redistributeur et de l’effet de levier pour relancer la capacité de générer de la valeur ajoutée au profit du plus grand nombre. La mauvaise gestion stratégique des finances publiques de nombreux Etats occidentaux comme africains a mis en lumière l’impasse collective sur les effets pernicieux de la délocalisation et de la spécialisation des chaînes vers les pays où la course des salaires vers le bas était devenu un sport national. Sauf que le principal concerné, à savoir la Chine, a vu ses salaires augmenter rapidement, assurant ainsi la sortie de la pauvreté de millions d’individus tout en améliorant la productivité.

Le COVID-19 a subrepticement introduit une rupture dans un système mondial s’approvisionnant en matières premières en Afrique tout en cantonnant l’Afrique dans son rôle statique de « consommateur net des excédents du monde » et neutralisant celui plus dynamique, de « producteur net à partir de ses propres matières premières », non sans l’aval et même la participation active de certaines de ces élites au pouvoir. Le système de la dette perpétuelle infligé à certains Etats africains, notamment en zone francophone, trouve ses limites. Les adaptations de façade du nom de l’ex-monnaie coloniale Franc CFA[xxii] ne sont que des signes annonciateurs de bouleversements plus profonds d’une Afrique qui a soif de retrouver sa souveraineté à partir des choix de société du Peuple africain. La réalité est que sans création de valeurs supplémentaires globales et collectives, de nombreux Etats africains se retrouvent avec une dette structurelle. Le COVID-19 serait alors un nouvel élément déclencheur d’une insolvabilité avec comme conséquence paradoxale, un appel pour l’annulation de la dette africaine.

Selon la banque mondiale, le stock total de la dette extérieure des pays en développement avoisine les 8 000 milliards de dollars des Etats-Unis (USD) en 2020, soit 7 810 milliards de USD en 2018[xxiii], dont 70,5 % représentent de la dette à long terme et 27,6 % de la dette à court terme. La part de l’Afrique subsaharienne dans la dette totale des PED ne représente que 7,5 %, soit 583 milliards de USD.

7 - ANNULATION DE LA DETTE : UNE « PREUVE » D’UN POTENTIEL FUTUR DÉFAUT DE PAIEMENT

Parmi les critères de convergence de la CEDEAO, il faut noter l’obligation faite aux Etats-membres que leur dette extérieure respective ne dépasse pas 70 % du produit intérieur brut (PIB) afin d’éviter qu’il n’y ait pas trop de pression budgétaire au point de voir le Gouvernement perdre sa marge de manœuvre et augmenter sa vulnérabilité et sa dépendance vis-à-vis des créanciers. Mais il y a un autre critère tout aussi important qu’est le fait d’avoir des réserves de changes, c’est-à-dire la capacité de pouvoir financer au moins trois mois d’importations. Si sur plusieurs années, ces critères ne sont pas respectés, la dette ne peut que s’accumuler au point de transférer la prise de décision sur les choix stratégiques aux créanciers.

Mais en cas d’insolvabilité et de faillite de l’Etat, le même créancier perd tout. Aussi, avant toute insolvabilité d’un Etat sur sa dette extérieure, tout une gymnastique est mise en place pour éviter le défaut de paiement. En fait, l’annulation d’une dette par un créancier est une prise en charge de cette dette afin de redonner une nouvelle capacité d’endettement à l’emprunteur, ou alors à utiliser cette dette comme un moyen de coercition ou de négociation pour se faire transférer la propriété de pans entiers de ressources de l’emprunteur. C’est d’ailleurs cela qui, entre autres, explique d’abord pourquoi certains Etats africains refusent de s’engager dans la stratégie de la suspension ou de l’annulation de leurs dettes extérieures[xxiv], du fait des l’augmentation imprévue de leurs dettes suite aux conséquences du COVID-19.

Ni les créanciers publics, ni ceux du privé n’ont accepté d’effacer la dette africaine. En fait, celle-ci a été repoussée dans le temps. Il s’agit donc d’un rééchelonnement dont les conditionnalités ne sont pas véritablement connues.

De nombreux pays africains, pour financer de manière plus indépendante leur développement, ont choisi d’éviter de passer par les « fourches caudines » des dettes publiques et de ce fait, ont doublé en 10 ans la part des emprunts effectués auprès d’acteurs privés sur le marché international, ce qui constitue leurs dettes privées. « Selon les informations de la Banque mondiale, de 2008 à 2018 la part de la dette privée (créanciers obligataires, banques commerciales et autres créanciers privés) est passée en Afrique subsaharienne de 22 % à 43 %[xxv] ».

Alors, pour accéder à ces prêts provenant du secteur privé, il y a lieu d’être considéré comme crédible et en position de ne pas faire défaut. C’est ainsi que les agences de notation analysent et notent en fait la capacité de faire défaut d’un Etat. Cette « note » est fondamentale pour obtenir de nouveaux prêts et surtout de les obtenir à des taux d’intérêts préférentiels. Le paradoxe veut que ce sont justement les Etats africains pauvres qui auraient besoin d’avoir les taux d’intérêt les plus faibles sur le marché international qui se retrouvent à payer plus cher l’accès à l’argent par rapport aux pays riches.

Aussi, certains pays africains comme le Ghana ou le Bénin qui tiennent à avancer sur le terrain de leur souveraineté préfèrent ne pas donner la priorité à l’annulation de la dette car cela risquerait d’avoir un effet sur leur notation et constituerait un risque de potentiel défaut par les créanciers privés. Si en apparence, ce risque ne concernerait que le secteur privé créancier, dans la pratique, ce risque serait encore plus grand avec les créanciers publics car ces derniers, via les institutions multilatérales comme le Fond monétaire international, peuvent plus facilement imposer des conditionnalités exorbitantes aux pays africains. En résultante, chaque pays africain opte pour une stratégie « nationale, régionale ou continentale » quant à la demande d’annulation de sa dette publique et la restructuration de sa dette privée. Les institutions comme le Fond monétaire international (FMI), la Banque mondiale et les banques multilatérales de développement exigent souvent de fournir une garantie de l’Etat sur l’exécution de conditionnalités spécifiques avant d’offrir des crédits à des taux concessionnels ou pas.

La réalité est que le G20 a opté pour un rééchelonnement, soit un report pour début 2021.

Bref, si certains pays africains sont réticents à s’engager dans une logique d’annulation de la dette, c’est que certains y ont perdu l’essentiel de leur capacité productive au profit d’acteurs privés étrangers qui se sont retrouvés propriétaires dans le cadre de la privatisation de véritables poumons économiques d’un pays pauvre. Par contre en refusant de souscrire à la « facilité » que constitue la demande d’annulation de la dette avec contreparties draconiennes, le courage du Bénin a été récompensé avec une « reconduction de sa note B+ par l’une des agences de notation « Standard and Poor’s ». Cette note lui permet ainsi de continuer à bénéficier de la confiance des milieux financiers et d’accéder, en toute indépendance, à de l’argent sur le marché international. C’est aussi en filigrane une sorte de confirmation de la volonté d’avancer vers la souveraineté économique et donc de disposer d’une véritable marge de manœuvre dans ses choix politiques, sociaux, environnementaux, économiques et culturels.

8 - POUR UN PLAN DE RELANCE ECONOMIQUE POST-COVID-19 CIBLÉ EN AFRIQUE

Chaque pays africain ne peut se permettre de ne pas avoir un plan post-covid-19 de relance de son économie. La transition écologique, l’amélioration de la productivité notamment avec la digitalisation et une meilleure intégration dans les chaines de valeurs locales et globales où le pays dispose d’un avantage compétitif sont des points stratégiques qui supposent d’éviter de taxer la production, l’importation des transferts de technologies ou encore la localisation industrielle en Afrique. La sécurité sanitaire devrait figurer parmi les priorités avec des objectifs d’avancer vers une souveraineté sanitaire.

La transformation digitale de l’Afrique pourrait servir de point de convergence et d’unité africaine retrouvée. En effet, le paiement digital pourrait véritablement révolutionner les rapports entre les populations et améliorer les transactions commerciales. Toutefois, il est indispensable d’introduire plus de transparence dans le contrôle des investissements étrangers effectués sur le sol africain tout en listant, pays par pays, les secteurs et entreprises stratégiques pour le pays, ses habitants d’aujourd’hui et de demain.

Par exemple dans le domaine sanitaire, dès lors que la liste des équipements et médicaments, si possible génériques, d’intérêt sanitaire et stratégique pourraient être fabriqués en Afrique, alors dans le cadre de la substitution à l’importation, les produits équivalents fabriqués hors Afrique devraient ne plus bénéficier d’une forme d’incitation fiscale dans le cadre de préférence africaine afin d’éviter aussi que la plupart des appels d’offres ne soient gagnés et exécutés par les sociétés non africaines qui refusent le partenariat avec les sous-traitants africains.

Enfin,  les pays bénéficiant d’une notation positive et disposant d’une marge de manœuvre économique, devraient pouvoir se regrouper, pour rejeter de manière souveraine la dette « inique », annoncer une réorientation préférentielle des investissements étrangers vers les projets stratégiques et devenir proactifs en lançant un Fonds souverain dédié à la protection capacités productives et entreprises stratégiques, notamment avec une partie de l’argent de la Diaspora africaine et l’épargne des ménages africains.

Le premier des projets concrets pourrait être la « production régionale ou continentale de médicaments. Mais la volonté des chefs d’Etat africains est-elle au rendez-vous ?

Collectivement, l’insoutenabilité de la dette africaine permet de soutenir l’initiative d’une agence onusienne, la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) qui le 23 avril 2020, proposait une solution globale dans le cadre d’un arrangement global sur la dette « Global Debt Deal[xxvi] » avec comme objectif :

  • L’allègement par l’annulation de la dette des pays en développement pour un montant estimé autour de 1 trillion soit de 1000 milliards de dollars des Etats-Unis (USD), avec un trillion étant égal à 1 000 000 000 000, afin d’éviter le défaut de paiement général lié à l'impact de la pandémie du COVID-19 au cours de la récession économique annoncée ;
  • la création d'une autorité́ mondiale indépendante chargée de superviser les restructurations de la dette des pays en développement, afin de garantir que cet allégement ne se transforme pas en des conditionnalités mettant en cause la souveraineté des Etats et attentatoire aux droits des populations locales.

A défaut de le faire pour toute la dette, au moins pour la dette inique que les créanciers ont sur l’Afrique, il serait temps de commencer par « nettoyer » la dette inique issue des corrupteurs et des taux d’intérêts usuriers.

Les risques de défaut de paiement en Afrique suite aux conséquences du COVID-19, notamment de récession économique de l’Afrique, sont réels. Les vulnérabilités budgétaires sont en augmentation. Les solutions ne peuvent plus être parcellaires et supposent une approche holistique et souveraine. Mais personne ne peut faire l’économie du bilan de la gouvernance publique en Afrique, ni surtout de l’augmentation de la dépendance vis-à-vis de la Chine[xxvii] et le manque de transparence des comptes publics. YEA.

Dr. Yves Ekoué AMAÏZO

1er juillet 2020

© Afrocentricity Think Tank

yeamaizo@afrocentricity.info

NOTES

[i]  WHO (2020). “WHO Coronavirus Disease (COVID-19) Dashboard” In COVID19.who.int.  Retrieved 19 June 2020. From https://covid19.who.int/ ;

[ii]  Badie, B. (2004). Les nouvelles formes de domination internationale. Editions Odile Jacob : Paris.

[iii]  Badie, B. (2012). L'Etat importé : L'occidentalisation de l'ordre politique.  Editions Fayard. Paris.

[iv]  WHO (2019). WHO Global Report on Traditional and Complementary Medicine 2019. World Health Organization: Geneva. Retrieved 19 June 2020. From https://www.who.int/traditional-complementary-integrative-medicine/WhoGlobalReportOnTraditionalAndComplementaryMedicine2019.pdf?ua=1 ; voir pp. 10, 26 et 60.

[v] Van Den Eynde, H. (1995). Santé-Business, ou La confiance bafouée. Editions EPO : Bruxelles.

[vi]  Mukoso, C. (2020). « Afrique et Covid-19 : Essais cliniques du vaccin, un cheval de Troie ? ». In vaticannews.va. 16 avril 2020. Accédé le 19 juin 2020. Voir https://www.vaticannews.va/fr/afrique/news/2020-04/afrique-et-covid-19-essais-cliniques-du-vaccin-un-cheval-de-t.html

[vii] Seibt, S. (2020). « Covid-19 : un vaccin testé en Afrique du Sud, une première sur le continent ». In France24.com. 26 juin 2020. Accédé le 29 juin 2020. Voir https://www.france24.com/fr/20200626-covid-19-un-vaccin-test%C3%A9-en-afrique-du-sud-une-premi%C3%A8re-sur-le-continent

[viii] Seibt, S. (2020). Op. Cit.

[ix] J., CI. (2020) « Coronavirus : un « vaccin testé en Afrique » ? Deux médecins font polémique sur LCI » ». In Le Parisien. 3 avril 2020. Accédé le 29 juin 2020. Voir : https://www.leparisien.fr/politique/coronavirus-un-vaccin-teste-en-afrique-deux-medecins-font-polemique-sur-lci-03-04-2020-8293419.php

[x] Bien que connu sous l'appellation de Code noir, il s’agit de trois ordonnances (ou édits) qui ont évolués au gré des colonies. La première ordonnance a été promulguée sous le roi français Louis XIV. Datée de 1685, il a été rédigé par le Marquis de Seignelay (1651-1690), secrétaire d'État à la Marine et fils du ministre Colbert et a été promulgué sous le titre d’« Ordonnance ou Edit de mars 1685 sur les esclaves des îles de l'Amérique ».

[xi] Amaïzo, Y. E. (2001). Naissance d’une banque de la zone franc : 1848 – 1901. Priorité aux propriétaires d’esclaves. Editions l’Harmattan : Paris.

[xii]  WHO (2020). Coronavirus disease (COVID-19). Situation Report – 121. Data as received by WHO from national authorities by 10:00 CEST, 20 May 2020. World Health Organization: Geneva. Retrieved on June 19, 2020. From https://www.who.int/docs/default-source/coronaviruse/situation-reports/20200520-covid-19-sitrep-121.pdf?sfvrsn=c4be2ec6_2

[xiii] Tih, F. (2020). 'WHO commends Madagascar's fight against COVID-19'. In aa.com.tr. May 21, 2020. Retrieved on June 19, 2020. From https://www.aa.com.tr/en/africa/who-commends-madagascars-fight-against-covid-19/1848550

[xiv]  WHO (2020). Coronavirus disease (COVID-19). Situation Report – 121. Op. Cit.

[xv] WHO (2020). “WHO Coronavirus Disease (COVID-19) Dashboard” In COVID19.who.int.  Retrieved 19 June 2020. From https://covid19.who.int/ ; voir aussi le site africain de l’OMS. https://www.afro.who.int/health-topics/coronavirus-covid-19  (attention les données sont alors enregistrées le matin à 7 : 00 et pas mise à jour au cours de la journée).

[xvi] WHO (2020). Coronavirus disease (COVID-19). Situation Report – 121. Op. Cit.

[xvii] Baker, A. (2020). 'Could It Work as a Cure? Maybe.' A Herbal Remedy for Coronavirus Is a Hit in Africa, But Experts Have Their Doubts”. In Time.com. May 22, 2020. Retrieved 19 June 2020. From https://time.com/5840148/coronavirus-cure-covid-organic-madagascar/

[xviii] World Bank (2020). Global Economic Prospects, June 2020. The World Bank: Washington, D.C., p. 151.

[xix] Amaïzo, Y. E. (2020). « George Floyd et Adama Traoré, Bouc-émissaires noirs : entre bavures policières et impunité institutionnelle ». In Afrocentricity.info.11 juin 2020. Accédé le 19 juin 2020. Voir https://afrocentricity.info/positions-afrocentriques/george-floyd-et-adama-traore-bouc-emissaires-noirs-entre-bavures-policieres-et-impunite-institutionnelle/5900

[xx] World Bank (2020). Global Economic Prospects, June 2020. Op. Cit., p. 17.

[xxi] World Bank (2020). Global Economic Prospects, June 2020. Op. Cit.

[xxii] Amaïzo, Y. E. (2020). « RDC : La condamnation de Vital Kamerhe pour corruption et au Nigeria, le risque de dislocation de la CEDEAO ». Radio Kanal K et Avulete. Interview par Sylvain Amos. In Afrocentricity.info. 27 juin 2020. Accédé le 29 juin 2020. Voir https://afrocentricity.info/medias/rdc-la-condamnation-de-vital-kamerhe-pour-corruption-et-au-nigeria-le-risque-de-dislocation-de-la-cedeao/5922

[xxiii] World Bank (2020). International Debt Statistics 2020. World Bank: Washington, D.C., pp. 17 et 23

[xxiv] Lapchine, I. (2020). « Pourquoi certains Etats africains refusent la suspension ou l'annulation de la dette ? ». In AFP et RT France. 25 juin 2020. Accédé le 29 juin 2020. Voir https://francais.rt.com/economie/76308-pourquoi-certains-etats-africains-refusent-suspension-annulation-dette

[xxv] Lapchine, I. (2020). Op. Cit.

[xxvi] UNCTAD (2020). From the Great Lockdown to the Great Meltdown: Developing Country Debt in the Time of Covid-19. April 2020. UNCTAD: Geneva

[xxvii] He, L. (2020). “China is promising to write off some loans to Africa.  It may just be a drop in the ocean”. In CNN Business. June 19, 2020. Retrieved June 19, 2020. From https://edition.cnn.com/2020/06/19/economy/china-xi-jinping-africa-intl-hnk/index.html

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.