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Billet de blog 3 déc. 2022

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Togo : Le Capitaine Dontema Tchaa, le grand oublié de la grâce présidentielle

Nous relayons un article de notre confrère le journal Liberté qui au travers du cas de M. Dontema Tchaa, met en exergue l’iniquité qui frappe les prisonniers politiques au Togo, en regard du récent décret de grâce présidentielle pris par Faure Gnassingbé.

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Le capitaine Dontema Kokou Tchaa, prisonnier politique oublié de la grâce présidentielle de Faure Gnassingbé

Affaire de coup de l’Etat/ Encore un an de prison à purger

Le Capitaine Dontema Tchaa, le grand oublié de la grâce présidentielle

Un récent décret de grâce présidentielle a été pris au Togo. La mesure concerne trois cent soixante-quatre (364) détenus. D’autres sont en attente de cette grâce. Parmi eux, le Capitaine Dontema Kokou Tchaa et Atti Abi, condamnés dans l’affaire d’atteinte à la sureté de l’Etat avec Kpatcha Gnassingbé et co-accusés.

Début novembre 2022, trois cent soixante-quatre (364) détenus ont été libérés tant de la prison civile de Lomé que des autres centres de détention du pays. A la faveur d’une grâce présidentielle décidée par Faure Gnassingbé, ils ont recouvré la liberté. Face aux critiques des populations qui exprimaient leur crainte de voir les prisonniers libérés faire augmenter l’insécurité et la criminalité dans le pays, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et de la Législation répond que ce ne sont pas de grands criminels, mais des personnes ayant commis de petites infractions et qui sont en fin de peine.

« Ceux qui ont été libérés ne sont pas de grands criminels, qui ont fait des attaques à mains armées, ceux qui ont violé, ceux qui ont commis de la pédophilie. Ce sont ceux qui ont été passibles de peines à l’issue de petites infractions, des délits à savoir : l’escroquerie, abus de confiance et qui sont en fin de peine. Donc, ce sont des affaires correctionnelles qui ont abouti à des fins de peines correctionnelles », a déclaré Pius Agbetomey. Selon le ministre qui rassurait, les craintes des populations ne sont pas fondées.

Dans tous les cas, une grâce présidentielle, ce n’est pas une première au Togo. Pratiquement chaque année, des prisonniers recouvrent la liberté dans le cadre de cette mesure exceptionnelle qui permet, tout en désengorgeant les prisons, de soulager aussi des familles séparées de leurs proches. Ainsi, au cours des deux dernières décennies, plusieurs personnalités togolaises célèbres comme anonymes ont bénéficié de la grâce présidentielle. C’est le cas de feu Général Assani Tidjani. Condamné à 20 ans de prison dans l’affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat impliquant Kpatcha Gnassingbé, il avait été gracié en 2011 avant de rendre l’âme un an plus tard en France. En 2013, le sieur Towbélé Kuma, condamné à 15 ans de prison a été gracié lui aussi. Tout comme le nommé Tchingilou Soundou, condamné à 10 ans en 2011 puis gracié en 2017.

D’autres personnes telles que Gnassingbé Essolissam dit Esso, Seidou Kigbakiti et Sassou Efoé Sassouvi, toutes condamnées à 10 ans en 2011 dans l’affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat, ont été graciées en 2018, après 7 années de détention. Pour clore la liste des personnes ayant bénéficié de la grâce présidentielle dans cette ténébreuse affaire de coup d’Etat, on peut citer le sieur Lambert Adjinon. « Capitaine d’aviation, Lambert Kossi Adjinon écope d’une peine de 15 ans de prison au procès de 2011. Il est gracié par décret présidentiel le 14 février 2013. Souffrant déjà au cours de sa détention d’une tumeur à l’oreille gauche, le capitaine est évacué à l’extérieur pour des soins », rapportait en septembre 2015 Jeune Afrique.

Dans le lot des personnes inculpées et condamnées dans le même dossier, il ne reste que Kpatcha Gnassingbé, le Capitaine Atti Abi et le Capitaine Dontéma Kokou Tchaa. Le premier, demi-frère de Faure Gnassingbé a déjà purgé 13 ans de sa peine de 20 ans. Malade depuis plusieurs années, ses nombreuses demandes de grâce présidentielle ont été toutes rejetées. Après bientôt 14 ans de détention, Atti Abi, condamné à 20 ans est toujours dans les geôles. C’est le même cas pour le Capitaine Dontema Kokou Tchaa. Ce dernier va purger 14 ans de prison l’année prochaine. Il a été condamné à 15 ans de prison et aurait pu bénéficier d’une grâce présidentielle, vu qu’il ne lui reste à purger qu’une année de prison.

La question qui se pose aujourd’hui, c’est de savoir sur quels critères humanitaires et judiciaires ceux qui sont condamnés dans le même dossier bénéficient d’une grâce présidentielle de façon sporadique. Au nom de la paix et de la réconciliation prônées par le régime en place, le reliquat du dossier Kpatcha Gnassingbé et coaccusés devrait être vidé. Faure Gnassingbé dont l’humanisme et la magnanimité ont été vantées par son collaborateur Gilbert Bawara, devrait prouver au monde entier qu’il est vraiment magnanime. Même envers ceux qui lui auraient voulu du mal.

G.A.

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