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Expert en manœuvres dilatoires Faure Gnassingbé atermoie pour ne rien céder !
Le pouvoir UNIR/ex-RPT n’avait pas anticipé la levée de boucliers déclenchée par la réécriture de la Constitution en toute illégalité. La forfaiture dénoncée et argumentée par les défenseurs des libertés alimente désormais les colonnes de la presse togolaise et internationale. Quelque peu ébranlé Faure Gnassingbé reporte sine die les élections législatives et régionales prévues le 20 avril.
Le Togo éternelle terre de paradoxes. La crise politique au long cours est depuis des décennies un marqueur qui caractérise « la terre de nos aïeux ».
Quelque soit la nature de l’outil politique qui la sert, la famille Gnassingbé tient le pouvoir d’une main de fer et les frasques à répétition n’en finissent pas d’alimenter régulièrement les chroniques de la vie politique du Togo.
Acteur incontournable, l’emblème de ce pouvoir reste le RPT (Rassemblement de Peuple togolais), ancien « parti unique » créé à Lomé par Eyadéma Gnassingbé le 30 novembre 1969, pour faire suite à l’appel qu’il avait lancé à Kpalimé le 30 août 1969. Après 43 ans de « bons et loyaux » services « en tous genres », cet organe majeur de la vie politique togolaise sera habilement rebaptisé UNIR (Union pour la République) à l’issue d’un congrès tenu à Blitta le 14 avril 2012.
Mais quelle que soit son appellation le parti présidentiel UNIR reste l’inamovible organe qui consolide l’assise du pouvoir politique sans partage du clan Gnassingbé et de l’oligarchie organisée en cercles concentriques autour de lui. L’outil des basses œuvres, celui qui trame et ourdit le coup d’Etat permanent et maintient très éloignés à la marge, la démocratie et les principes fondamentaux de la République.
Selon les informations parcellaires, savamment distillées au compte-gouttes, qui parviennent aux citoyens togolais, lesquels ne connaissent toujours pas le contenu intégral du texte adopté, la réécriture totale de la Constitution telle qu’envisagée aboutirait à un changement de République.
Pour faire diversion, les cercles du pouvoir qualifient faussement de révision constitutionnelle la liquidation de la IVe République, selon un narratif de type « pensée unique » assené à longueur de déclarations par le gouvernement, les députés auteurs de la forfaiture et les affidés du régime.
A l’aune de l’entreprise de réécriture totale, en toute illégalité, de la nouvelle Loi fondamentale, la nouvelle Constitution du Togo, le pouvoir n’a pas anticipé la levée de boucliers déclenchée. La forfaiture dénoncée et argumentée par les défenseurs des libertés alimente désormais les colonnes de la presse togolaise et internationale.
Quelque peu ébranlé Faure Gnassingbé reporte sine die les élections législatives et régionales prévues le 20 avril, comme en témoigne le communiqué publié par la présidence de la république du Togo le 3 avril 2024 qui annonce le report du scrutin, sans pour autant préciser une nouvelle date, ce qui relève des prérogatives du gouvernement à qui incombe l’organisation du scrutin.
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Certains considèrent déjà cela comme un recul de Faure Gnassingbé et de UNIR/ex-RPT. Mais c’est sans compter sur la détermination de cet attelage pour adapter les institutions du Togo à leur dessein, se maintenir ad vitam aeternam au pouvoir.
Dès le lendemain de la parution du communiqué, ce 4 avril au matin, la complaisante Radio RFI, donnait la parole à Gilbert Bawara, proche parmi les proches de Faure Gnassingbé, architecte en chef de bien des coups portés aux libertés publiques au Togo.
Ainsi au cours d’une longue interview de 19 minutes, le ministre de la Fonction publique, du Travail et du Dialogue social, s’est employé à refroidir les ardeurs des ceux qui auraient pu rêver un court instant d’une capitulation de Faure Gnassingbé.
Bien au contraire Gilbert Bawara apporte un éclairage dénué d’ambigüité sur l’intention et la détermination de Faure Gnassingbé et celle de son parti UNIR/ex-RPT, de mener la forfaiture à son terme, appelant au passage « les partis politiques, organisations de la société civile, autorités religieuses et citoyens » à apporter leur contribution au perfectionnement du texte voté par l’Assemblée Nationale.
Fidèle à lui-même et à ses méthodes de communication il est capable, sans sourciller, d’affirmer dans la même envolée une chose et son contraire. Ainsi après avoir sollicité les avis et contributions diverses, Gilbert Bawara prend soin de préciser, en y insistant, que la « philosophie » du texte voté par l’Assemblée Nationale et les principes qu’il édicte ne sont pas négociables.
Dans ces conditions comment peut-il qualifier d’« inclusives », les consultations que l’Assemblée nationale devrait selon ses dires entamer avec les différents acteurs, pour faire suite à la demande de relecture formulée par le président de la république à l’adresse de sa présidente.
Par ailleurs quand on l’interroge sur la possibilité offerte à Faure Gnassingbé par le nouveau texte constitutionnel Président du Conseil à vie, Gilbert Bawara se permet d’esquiver, simplement parce que la question clé qui conditionne la validité de toutes les élections au Togo depuis des décennies est celle de l’impossibilité de faire publier par les autorités des résultats qui reflètent la « Vérité des Urnes », impossibilité organisée sciemment et méticuleusement par le gouvernement et UNIR/ex-RPT, scrutin après scrutin. Il eut été intéressant que sur ce sujet précisément, comme sur d’autres, le journaliste reprenne son invité et l’on peut regretter qu’il ne l’ait jamais fait.
Il ressort de tout cela que la seule issue pour éviter la prévisible catastrophe constitutionnelle, est la mobilisation populaire de masse tous azimuts et sur tous les fronts.
Dans ces circonstances particulières la situation est même devenue particulièrement grave en regard des multiples atteintes aux libertés publiques et à la liberté individuelle, alors que sont relevés en ce moment même des actes de pression et d’intimidation qui se multiplient à Lomé et dans tout le Togo à l’égard de nombreux acteurs politiques, acteurs de la société civile, citoyennes et citoyens.
S’il advenait qu’un front patriotique multiforme, reflétant la grande diversité de la société togolaise prenne corps, il aurait tout à gagner à prendre au mot Faure Gnassingbé, UNIR/ex-RPT, le gouvernement, et les députés auteurs de la forfaiture dont le mandat est expiré.
Ce front pourrait exiger l’élaboration d’une Constitution pour le Togo, mais dans le cadre d’une Assemblée constituante dont la composition reflète la diversité de la société, et inclut l’ensemble des acteurs de la vie politique, les organisations et mouvements de la société civile, les représentants de la diaspora. Celle-ci serait chargée d’élaborer une nouvelle Loi fondamentale, aurait l’obligation de procéder à l’écoute de l’ensemble des forces vives du pays, de recueillir leurs avis, propositions et contributions et de rédiger le texte qui serait soumis in fine à l’approbation des citoyennes et citoyens Togolais.
C’est une voie possible pour dénouer pacifiquement une crise politique porteuse de dangers. FF
François Fabregat
4 avril 2024
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Transcription de l’interview de Gilbert Bawara ; ministre de la Fonction publique, du Travail et du Dialogue social, répondant ce 4 avril à 06 :54, aux questions de Christophe Boisbouvier sur RFI
Révision constitutionnelle au Togo : « Ce n'est pas la date qui compte mais la qualité du processus »
4 avril 2024
Monsieur le ministre bonjour.
« Bonjour »
Christophe de Boisbouvier : Vendredi dernier le président Faure Gnassingbé a demandé aux députés togolais de procéder à une deuxième lecture de la nouvelle Loi constitutionnelle votée le 25 mars, « car toute chose est perfectible » a précisé le porte-parole du gouvernement, qu’est-ce qui n’est pas parfait dans le texte adopté en première lecture ?
Gilbert Bawara : « Le président de la République tient d’abord à préserver l’apaisement et décrispation du climat socio-politique, il est attentif et à l’écoute de débats et des questionnements qui s’expriment concernant la récente révision constitutionnelle. Et donc en prenant cette initiative qui traduit sa volonté d’écoute, un esprit de sagesse, il s’agit de s’assurer que tous les points de vue, toutes les contributions utiles et constructives de la part des acteurs et des parties prenantes puissent contribuer à l’amélioration et au perfectionnement du texte qui a été voté en première lecture par l’assemblée nationale. Je pourrais imaginer que très rapidement l’Assemblée Nationale prendra des dispositions et des initiatives concrètes, notamment pour pouvoir recueillir et prendre en compte les contributions des acteurs politiques, des acteurs de la société civile, pour que cela permette à la démocratie togolaise de continuer à évoluer. »
C.B: Quels sont les points sur lesquels les députés pourraient apporter une amélioration ?
G.B: « Je ne veux pas anticiper, mais je voudrais quand même souligner que nous sommes dans une situation ou avec ce nouveau régime, il faudrait d’abord une clarté et des précisions dans la délimitation des responsabilités entre les deux têtes de l’exécutif, à savoir le président de la République et en même temps chef de l’Etat garant de l’unité nationale et de la continuité de l’Etat et d’autre part le Président du Conseil qui exerce l’essentiel du pouvoir exécutif et d’autre part entre le Président du Conseil et l’Assemblée Nationale pour éviter qu’une situation de conflit ou de crise ne puisse se produire. »
C.B: Alors du point de vue justement des relations entre le futur Président du conseil et la future Assemblée nationale je crois qu’il est prévu que le futur président du Conseil, c’est-à-dire en réalité le chef de l’exécutif sera élu par les députés pour un mandat de six ans mais pourra aussi être renversé au cours de ce mandat par une motion de censure adoptée par ces mêmes députés, est-ce qu’après le seconde lecture cette responsabilité devant les députés sera confirmée ou pas ?
G.B: « Non, je ne veux pas anticiper sur ce point. Je crois que dans les régimes parlementaires, là où il s’agit d’éviter les conflits et les vides, voire les crises, on essaie de faire en sorte que en cas de motion de défiance de la part de l’Assemblée nationale contre le chef de l’exécutif que sera le Président du conseil, il faut veiller à ce qu’il y ait une majorité alternative. C’est-à-dire que ceux qui cherchent à renverser ou à révoquer le Président du conseil, chef du gouvernement, disposent d’une majorité alternative et soient en capacité de désigner un autre Président du conseil. Donc c’est pour éviter des crises inutiles. Je crois que ce n’est pas une innovation togolaise. Ce modèle de régime politique et d’articulation entre l’Assemblée Nationale et le Président du conseil existe dans d’autres pays et naturellement je constate que ces modèles-là ne sont pas contestés en ce qui concerne à la fois leur nature démocratique, leur fonctionnement et leur efficacité. »
C.B: Quel sera le nombre de députés nécessaires pour déposer une motion de défiance, 50 % ou plus ?
G.B: « Non, je crois que c’est beaucoup plus que 50%. Donc je n’ai pas de précision, mais je crois que les articulations et la formulation, ne sont pas totalement différentes de ce que nous trouvons dans d’autres démocraties à travers le monde »
C.B: Et alors cette deuxième lecture par les députés, elle est prévue à quelle date ?
G.B: « Vous savez, pour nous ce n’est pas la date qui compte mais beaucoup plus la qualité du processus. Je crois que l’essentiel des débats et des critiques concernant la révision constitutionnelle votée par l’Assemblée nationale, portait notamment sur l’absence ou l’insuffisance de large consultation et d’un débat national inclusif, préalablement à ce vote et cela portait également sur la proximité avec les prochaines élections législatives et régionales. Fort heureusement l’initiative que le président Faure a prise en demandant à l’Assemblée nationale de procéder à la relecture de la loi constitutionnelle votée, non seulement cela témoigne d’un esprit d’ouverture, de dialogue et d’écoute, mais cela va permettre d’ouvrir une nouvelle phase. Phase qui va permettre de remédier à ce déficit de consultation et de débat et permettre à l’ensemble des partie prenantes, notamment les acteurs politiques ou de la société civile de pouvoir exprimer leur point de vue et d’apporter leur contribution afin d’améliorer le texte qui avait été initié et voté par l’Assemblée nationale. »
C.B: Alors dans un communiqué diffusé ce mercredi soir, la Présidence togolaise annonce qu’il va y avoir un léger remaniement du calendrier des législatives qui était prévu le 20 avril. Alors ces élections elles vont être reportées, c’est ça et de combien de temps ?
G.B: « Mais j’imagine bien sûr que c’est la conclusion qu’il faut en tirer parce qu’engager de larges consultations, mener un débat avec toutes les parties prenantes sur le terrain, cela signifie que on ne peut pas être en train de débattre en organisant en même temps la campagne. Donc la campagne électorale est repoussée, la date initiale du 20 avril sera LEGEREMENT modifiée et le gouvernement qui en a la responsabilité procèdera donc à l’adoption d’un autre décret qui convoquera le corps électoral dans les délais les plus rapides. »
C.B: La date va être légèrement modifiée dites-vous, est-ce que les togolais vont voter au mois de mai, au mois de juin, ou au mois de juillet, voire plus tard ?
G.B: « Non, je crois que les larges consultations, le dialogue, l’écoute de toutes les contributions, cela n’a pas besoin de prendre des mois ou des semaines, donc je suis certain qu’en quelques jours il est possible d’être sur le terrain, de
rencontrer les acteurs politiques, de la société civile et les citoyens, de faire la pédagogie du bien-fondé et des avantages de cette réforme et naturellement de recueillir les contributions d’amélioration que les uns et les autres souhaiteraient apporter. Et donc, j’imagine que s’il devait y avoir un réaménagement, ce serait un réaménagement de quelques jours ou au maximum de quelques semaines, pas plus. »
C.B: Donc les législatives ce sera probablement au mois de mai, c’est ça ?
G.B: « Non, je ne veux pas parler de date précise, ni de mois précis, je crois que c’est la qualité du processus que le président de la République recherche, il souhaite que cette réforme puisse bénéficier à la fois de la contribution et des points de vue de toutes les parties prenantes, de tous les acteurs, donc je ne veux pas anticiper sur le temps que cela prendra, mais je crois que en quelques jours et maximum en quelques semaines il va être possible d’avoir des consultations et d’améliorer considérablement le projet de Loi constitutionnelle voté il y a quelques jours par l’Assemblée nationale. »
C.B: Dans le communiqué diffusé ce mercredi soir, la Présidence dit que le bureau de l’Assemblée va engager de larges consultations avec toutes les parties prenantes de le vie nationale, est-ce à dire qu’il y aura aussi des consultations avec les partis d’opposition qui sont absents de l’Assemblée nationale, comme la CDPA de Brigitte Adjamagbo Johnson et l’ANC de Jean-Pierre Fabre ?
G.B: « L’initiative que le Président de la république en demandant la relecture de la Loi constitutionnelle votée par l’Assemblée nationale, je crois que c’est une opportunité et une occasion offerte à l’ensemble des parties prenantes, notamment les partis et les acteurs politiques ou de la société civile, et qui souhaitent véritablement sortir des logiques de blocage et d’obstruction, pour exprimer leur point de vue, apporter leur contribution, pour améliorer le travail déjà effectué par l’Assemblée nationale. Et donc, ce travail de consultation et de débat n’est pas exclusif et tous ceux qui le souhaitent notamment les partis auxquels vous venez de faire référence, mais également les autres. Y compris ceux qui sont à l’Assemblée Nationale, notamment le parti majoritaire, les députés, pourraient rencontrer les militants du parti et la population de manière générale, pour leur expliquer les vertus et les avantages du nouveau système vers lequel nous sommes en train d’évoluer. Donc, nous espérons que nous allons trouver du répondant de la part de ceux qui critiquaient hier et auxquels il est donné maintenant l’occasion de pouvoir s’exprimer, de pouvoir apporter leur point de vue et apporter leur contribution pour améliorer le travail initié et mené par l’Assemblée Nationale. »
C.B: Mais alors ces partis d’opposition on les entend depuis une semaine, ils ne sont pas du tout favorables à ce changement de Constitution. Et si demain ils vous demandent eh bien de renoncer pour l’instant à tout changement de Constitution avant les législatives est-ce qu’ils auront une chance d’être entendus ?
G.B: « Non, je ne crois pas que c’est dans cette optique et dans cet esprit que se situe l’initiative du président de la République en demandant la relecture de la Loi constitutionnelle votée par l’Assemblée Nationale. Une loi a été votée. Je dois d’abord souligner le caractère historique, parce qu’il n’est pas fréquent que le président de la République demande la relecture d’une loi déjà votée par l’Assemblée Nationale. Deuxièmement il s’agit d’améliorer un travail qui est déjà conçu, qui est déjà mené, et donc nous ne sommes pas dans une autre optique que celle de faire en sorte que les togolais puissent comprendre le contenu de la réforme qui est menée, ses avantages et ses effets bénéfiques pour notre pays et que ceux qui le désirent, ceux qui le souhaitent, notamment les partis politiques, les acteurs politiques ou de la société civile, ou des personnalités religieuses et des citoyens, puissent faire valoir leur point de vue et apporter leur contribution. Après cela, l’Assemblée Nationale prendra ses responsabilités, la majorité prendra ses responsabilités et le processus ira à son terme en prenant en compte les points de vue et les contributions constructives qui auront été apportées par les autres parties prenantes. »
C.B: Alors vous dites que vous souhaitez la victoire de votre parti UNIR aux législatives, si c’est le cas est-ce que c’est Faure Gnassingbé, qui préside actuellement le parti UNIR, qui briguera le poste de Président du Conseil ?
G.B: « Vous savez, UNIR est un parti structuré, organisé, qui fonctionne convenablement et donc je dirais quand nous serons au bord de la rivière, nous saurons comment la franchir. En toute hypothèse il est aujourd’hui le président du parti, un leader incontestable, qui dispose d’une expérience établie, dont la sagesse et la contribution à la sécurité et à la stabilité sur le plan régional sont reconnus. Il va sans dire qu’il serait naturellement le champion tout naturel du parti UNIR pour veiller à ce que le pays continue de bénéficier de son expérience, de sa notoriété et naturellement de son souci permanent de rassembler les togolais et de permettre à tous les citoyens de participer et contribuer non seulement à la cohésion et à l’unité du pays, mais à l’essor et au développement économique et social. »
C.B: Alors sur le fond Gilbert Bawara, vous voulez donc instaurer un régime parlementaire, mais l’opposition réplique « peu importe la nature du régime qu’il soit présidentiel ou parlementaire, ce qui compte c’est que le système soit démocratique, or aujourd’hui ce n’est pas le cas car il est verrouillé et toute alternance est impossible » ?
G.B: « Vous savez, moi je crois que la mise en place du régime parlementaire aura beaucoup de vertus. Au-delà de promouvoir une gouvernance et une gestion beaucoup plus collective. Parce que le rôle de l’Assemblée Nationale, le rôle du Sénat, le rôle des élus, seront beaucoup plus importants, mais ce régime est également de nature à aider le Togo à assainir et à rationaliser le paysage partisan, à faire en sorte que l’émiettement et la fragmentation des partis politiques qui existent aujourd’hui, oblige les partis et les acteurs politiques éventuellement à des regroupements, parce que les coalitions auront du sens. De la même manière que ça peut aider à la rationalisation du calendrier électoral, pour que le Togo ne soit pas tout le temps dans des élections et que nous puissions nous concentrer sur les défis du développement économique et social et face au défi également sécuritaire d’aujourd’hui. Donc je crois que ni UNIR, ni le gouvernement ne peuvent être tenus responsables de la faiblesse éventuelle des autres partis qui existent sur la scène politique togolaise. Nous allons à ces élections là dans un esprit de loyauté et de respect des adversaires politiques, mais nous allons aussi avec des atouts considérables, parce qu’UNIR est connu, il a un bilan, nous avons un leader dont l’autorité, la compétence et l’expérience ne sont pas contestables et voilà, il appartiendra aux togolais de se déterminer. »
C.B: Un exemple de verrouillage dit l’opposition, c’est le découpage électoral, qui fait qu’aux législatives les électeurs de votre fief électoral du nord du pays seront sur-représentés par rapport aux électeurs du sud. En effet, au sud il faudra deux fois plus d’électeurs qu’au nord pour élire un député ?
G.B: « Je ne peux pas imaginer que l’opposition togolaise insinue qu’ils ne sont pas implantés au nord du pays, qui fait partie du territoire togolais. Nous sommes en train de parler de population togolaise, de citoyens togolais et donc moi je voudrais encourager l’opposition à s’implanter et à être active sur l’ensemble du territoire national plutôt qu’à se replier sur des considérations identitaires qui ne correspondent pas ni à notre vision de la politique, ni aux valeurs que nous voulons incarner à savoir que un togolais qui est dans la région des Savanes, qui est dans la région de la Kara, dans la région Centrale ou dans la région des plateaux est équivalent à un togolais qui est dans la région maritime et que les partis politiques doivent avoir une implantation nationale et ne pas se replier sur d’autres considérations qui sont abjectes. »
C.B: Alors avec ce régime parlementaire, il n’y aura plus d’élection présidentielle au suffrage universel direct et du coup l’opposition dit que c’est une ruse de votre part, Gilbert Bawara, car si vous gagnez aux législatives, eh bien ce changement de constitution va permettre d’escamoter la présidentielle qui était prévue l’an prochain, et que le président Faure Gnassingbé n’était peut-être pas sûr de gagner ?
G.B: « Vous savez c’est pourquoi j’ai dit qu’il est important que les acteurs politiques et le peuple togolais, notamment les électeurs et les citoyens connaissent à l’avance les règles du jeu et les implications. A partir du moment ou l’enjeu qu’ils voulaient conférer au scrutin présidentiel de 2025, si la Constitution en vigueur était restée en l’état ils savent que l’enjeu majeur c’est les prochaines élections législatives. A partir de ce moment-là tout le monde est placé dans des conditions d’égalité donc il s’agira à chacun de se battre lors des prochaines élections législatives en connaissant en toute conscience les implications et les responsabilités qui en découleront. »
C.B: Autre remarque de l’opposition, avec ce régime parlementaire, le futur chef de l’exécutif, c’est-à-dire le Président du Conseil, pourra être élu tous les six ans, sans aucune limitation de mandat et aussi longtemps que le parti UNIR gagnera les législatives, alors que si la Constitution actuelle avait été conservée, eh bien Faure Gnassingbé aurait été frappé par la limitation du nombre de mandats. En revanche avec cette réforme, il va pouvoir gouverner ad vitam aeternam dit l’opposition.
G.B: « Bon, d’abord je ne voudrais pas participer aux supputations que l’on entend çà et là. Mais je voudrais d’abord dire que le Président du Conseil notamment, étant l’émanation de la majorité du parti ou de la coalition majoritaire, mais ces majorités-là peuvent changer d’une élection et d’une législature à une autre et donc on n’est pas dans le cas d’un mandat illimité parce que à l’occasion des élections législatives il peut y avoir un changement de majorité et de coalition majoritaire.
Deuxièmement, vous l’avez évoqué tout à l’heure, il y a le jeu de la motion de défiance et le Président du Conseil peut par le biais d’une motion de défiance être révoqué et être déchu, à condition bien entendu que les conditions prévues par la Constitution, notamment que les députés qui se lanceraient dans une telle initiative disposent d’une majorité alternative pour pouvoir désigner un autre Président du Conseil.
Et donc, ces deux considérations me font penser que, à la fois les législatures peuvent entrainer des modifications de la configuration de l’Assemblée nationale et donc un changement de Président du Conseil et deuxièmement si le Président du Conseil, pour des raisons fondées, venait à être renversé par le biais d’une motion de défiance, cela signifie bien qu’il ne dispose pas d’un mandat indéfini et qu’il n’est pas éternel. »
C.B: De son côté dans une interview à Jeune Afrique, votre ancien collègue de gouvernement Kako Nubukpo, qui est maintenant commissaire à l’UEMOA, suggère que sur un texte d’une telle importance, la future Constitution, on consulte le peuple par référendum.
G.B: « Vous savez la Constitution Togolaise a produit deux modes de révision constitutionnelle, la voie parlementaire et le référendum et cette Constitution n’a pas entendu établir un ordre hiérarchique ou de préférence entre la voie parlementaire et la voie référendaire, en fonction par exemple de l’importance et de la portée des réformes à opérer.
Pour nous, les deux modes de révision qui sont prévus par la Constitution sont équivalents et donc le recours à l’un ou à l’autre c’est légal et légitime. »
C.B: Donc ce n’est pas exclu un référendum constitutionnel ?
G.B: « Mais écoutez, à ce stade là ne me demandez pas de me substituer au travail qui est en train d’être effectué à l’Assemblée nationale. Et il y a un esprit d’ouverture qui vient d’être manifesté, il y a une volonté de faire en sorte que les acteurs et les parties prenantes qui le souhaitent puissent exprimer leur point de vue et apporter leur contribution, attendons que ce travail puisse être fait, on verra ce qui en découlera. Mais aujourd’hui je ne vois pas de raisons pour lesquelles la majorité qualifiée requise pour une adoption par l’Assemblée nationale ne serait pas réunie. »
C.B: Voilà plus d’une semaine que le directeur de publication du journal La Dépêche, notre confrère Apollinaire Manewamenesse est en prison, à la suite d’une enquête sur l’assassinat il y a quatre ans du colonel Bitala Madjoulba, il est accusé d’avoir publié de fausses nouvelles « à fins » je cite « de susciter la population ou l’armée à se soulever contre l’Etat ». En fait il doute que les cinq militaires condamnés en novembre dernier soient les vrais coupables, est-ce à dire qu’au Togo, eh bien quand un journaliste enquête sur une affaire criminelle qui implique l’armée il va en prison ?
G.B: « Écoutez, sur cette affaire, permettez-moi de vous dire deux choses. La première c’est que en tant que ministre ou en tant qu’acteur politique je n’ai pas pour habitude de commenter les décisions de justice ou les procédures judiciaires en cours. Parce que on n’en est qu’à une étape préliminaire de cette affaire et deuxièmement je voudrais vous faire comprendre que à titre personnel et pour des raisons strictement personnelles je ne souhaite pas du tout commenter cette affaire. Donc je ne veux pas commenter, à la fois pour des raisons de principe et compte-tenu de considérations personnelles qui sont les miennes.
C.B: Monsieur le Ministre, merci.
G.B: « C’est moi qui vous remercie »
Fin de l’interview.