Afrique-France : Le président Emmanuel Macron se trompe d’époque !

Le 28 décembre 2017, E. Macron enflammait un parterre d’étudiants de l’Université Ouaga-I Pr Joseph-Ki-Zerbo à Ouagadougou. Au-delà de l’exercice de communication la politique africaine de la France menée par Macron ne s’est pas démarquée de celle de ses prédécesseurs qui ont perpétué la françafrique. La CPFG du Bénin réagit et analyse sans concessions les propos recueillis par Jeune Afrique.

Bénin, Convention Patriotique des Forces de Gauche Bénin, Convention Patriotique des Forces de Gauche

AFRIQUE-FRANCE : LE PRESIDENT EMMANUEL MACRON SE TROMPE D’EPOQUE !

Dans une longue interview accordée à l’Elysée aux Journalistes Benjamin ROGER et Marwane BEN YAMED de Jeune Afrique (JA) le 16 Novembre 2020[[i]], le Président français Emmanuel MACRON appelle à une « reconsidération des Relations France-Afrique »

A ce propos, le Président français a abordé plusieurs aspects des relations entre la France et l’Afrique. Nous citerons certains sujets abordés par lui tels que : « la restitution du patrimoine ; la lutte anti-terroriste dans le Sahel ; les troisièmes mandats de Ouattara et de Condé, le cas Soro ; les relations avec Paul Kagamé ou la colonisation ; le franc CFA etc. »

« J’ai lancé plusieurs chantiers. Le premier était un tabou : la restitution du patrimoine. Le deuxième était la fin du franc CFA… », déclare-t-il. Mais les propos qui font la synthèse de la politique française à l’égard de l’Afrique s’expriment ainsi qu’il suit :

A propos du sentiment anti-français, il déclare :

« Mais il y a également une stratégie à l’œuvre, menée par des dirigeants africains mais surtout par des puissances étrangères comme la Russie ou la Turquie qui jouent sur le ressentiment postcolonial. Il ne faut pas être naïf sur ce sujet : beaucoup de ceux qui donnent de la voix, qui font des vidéos, qui sont présents dans les médias francophones sont stipendiés par la Russie ou la Turquie. Je pense qu’entre la France et l’Afrique, ce doit être une histoire d’amour. Notre pays a été présent sur le continent à la fois à travers le commerce triangulaire, des conflits dès le début du XIXème siècle, puis des guerres coloniales. Cette histoire est là. Nous en sommes des héritiers. En avons-nous été des acteurs ? Non. …Mais j’ai toujours eu un discours de vérité pleinement assumé à l’égard de cette histoire. Partout où la France a été présente elle s’est mêléePour construire une relation apaisée avec les nouvelles générations, il faut n’avoir aucun tabou. Les tabous nourrissent une forme de paranoïa et un ressentiment très fort contre la France. Aujourd’hui il y a des régimes étrangers et des projets politico-religieux qui utilisent le fait colonial comme un des leviers contre la France y compris au sein des générations qui n’ont jamais connu le colonialisme. Il nous faut regarder cette période de l’histoire en face, de manière décomplexée mais avec un souci de vérité pour ne pas donner du grain à moudre à ces gens… Si l’on veut changer le regard de l’Afrique sur la France, si l’on veut réussir économiquement, culturellement en Afrique, continent qui est pour moi notre avenir, nos diasporas sont une chance. C’est une réalité …La France a une part d’Afrique en elle. Nos destins sont liés. »

Voilà un peu la synthèse de la « nouvelle politique » que MACRON entend nouer avec l’Afrique.

Tout cela peut se résumer en ces points :

1°- La France et l’Afrique, c’est une histoire d’amour ; La France a une part d’Afrique en elle. Nos destins sont liés. Certes, il y a eu l’histoire (traite négrière, colonialisme, etc.). Mais nous n’en sommes pas des acteurs et c’est du passé.

2°- Des Puissances étrangères, telles que la Russie et la Turquie entretiennent le sentiment anti-français en Afrique.

3°-Pour changer cette donne, il faut seulement deux choses : la première : « il faut regarder cette période de l’histoire en face, de manière décomplexée mais avec un souci de vérité » ; la deuxième, nous servir de « nos diasporas » qui « sont une chance ».

Comprenez « Tout est bien dans le meilleur des mondes entre la France et l’Afrique ; c’est l’amour parfait ; les trouble-fêtes ce sont la Russie et la Turquie ; et comme solution, « nous appuyer sur nos diasporas » entendez les Lionel ZINSOU et autres THIAM ».

Tous ces propos sont colonialistes, insultants pour les peuples africains et, à la limite racistes.

L’Argent fou de la Françafrique, extrait de la bande dessinée de Xavier Harel et Julien Solé, Editions Glénat, 2018 L’Argent fou de la Françafrique, extrait de la bande dessinée de Xavier Harel et Julien Solé, Editions Glénat, 2018

I - LES RAPPORTS ENTRE LA FRANCE ET L’AFRIQUE « CE DOIT ETRE UNE HISTOIRE D’AMOUR ».

Drôle d’histoire d’amour en effet consistant en les crimes de masses que sont :

1°- Madagascar : 27 mars 1947 : Révolte de Madagascar : Bilan officiel 89.000 morts rien qu’en 20 mois tués par les troupes colonialistes françaises.

2°- Massacres de Sétif, Guelma et Kherrata dans le Constantinois algérien 8 mai 1945 : Bilan de nationalistes algériens tués 45000 morts.

3° - Guerre d’Algérie de 1954- 1962 : Bilan officiel : plus de 250.000 hommes ;

4°- Guerre du Cameroun (1955- 1962) contre l’UPC. Bilan : 400.000 personnes tuées par les troupes françaises. Un vrai génocide. Les nationalistes Moumié, Ruben Um Nyobe, Wandié, tués.

Pour tout cela l’on peut dire que c’est du passé et on prend acte du fait que Macron reconnait la colonisation comme crime contre l’Humanité ?

Mais les crimes postcoloniaux commis et en voie de commission aujourd’hui, qu’en est –il ?

1°- Génocide rwandais : Bilan 800.000 morts ;

2°- Guerre du Congo-Brazzaville (1998) : 25 000 morts ;

3°- Guerre du Biafra : bilan plus de 1 million de morts ;

4°- Guerre de Libye : Officiellement au moins 50.000 tués ;

5°- Guerre de Côte d’Ivoire : officiellement 3000 morts avec support actif de la France.

Actuellement les guerres en cours en Afrique avec des milliers de morts dont la plupart ont pour auteurs occultes ou ouverts la France telles les guerres au Mali, Burkina Faso, Niger, Cameroun, Centrafrique, guerre au Nord du Nigeria etc. n’ont pas encore livré le décompte macabre des morts qui en sortiront.

Les accords militaires Franco-africains et les interventions militaires françaises, un aspect essentiel de la françafrique Les accords militaires Franco-africains et les interventions militaires françaises, un aspect essentiel de la françafrique

II - A PROPOS DU « SENTIMENT ANTI-FRANÇAIS, GRANDISSANT EN AFRIQUE », DES PROPOS INSULTANTS POUR LES PEUPLES D’AFRIQUE ET A LA LIMITE RACISTES.

Tous les crimes que commettent les impérialistes français en Afrique tels que :

- la confiscation de la monnaie CFA, fruit du travail des producteurs africains à la Banque de France, et qui rapportent des centaines de milliards de dollars à la France par an, alors que s’accroissent en Afrique la misère, le chômage, les maladies diverses et les morts quotidiennes qu’occasionne cette politique.

- Les assassinats tels celui de Olympio, de Sankara, etc.

- Les crimes de masses au Congo, au Rwanda, en Côte d’ivoire par les troupes françaises stationnées sur notre continent ;

- Le soutien sous toutes les formes aux présidents dictateurs africains, gouverneurs à peau noire.

Tout cela, les Africains eux-mêmes ne peuvent, par eux-mêmes, les percevoir et se révolter. Etant trop bêtes dénués de réflexion, donc des sous-hommes ! On y voit l’action des Puissances étrangères en l’occurrence ici la Russie et la Turquie. Deux Puissances par hasard blanches !

Or, pendant longtemps, du lendemain des simagrées d’indépendance de 1960, jusqu’à l’agression contre Kadhafi et la Libye en 2011, en dehors des cénacles restreints de groupes anti-impérialistes et patriotiques, les vues sur les crimes français en Afrique étaient camouflées sous des langages mensongers d’amitié, et n’étaient donc pas connues clairement par le peuple et particulièrement, la jeunesse.

La perception aujourd’hui par le peuple et en particulier par la jeunesse, de l’ampleur de ces crimes qui se perpètrent au quotidien, explique la révolte populaire anti-française et que l’on qualifie sous l’expression de « sentiment anti-français », qui en réalité est un sentiment anti-impérialiste français et non contre le peuple français.

Affiche film de Patrick Benquet, Françafrique 50 années sous le sceau du secret, France, 2010, 80 mn, © Compagnie des phares et balises Affiche film de Patrick Benquet, Françafrique 50 années sous le sceau du secret, France, 2010, 80 mn, © Compagnie des phares et balises

Or, que propose le Président français pour changer les choses ? il faut seulement deux choses : la première « il faut regarder cette période de l’histoire en face, de manière décomplexée mais avec un souci de vérité » ; la deuxième, nous servir de « nos diasporas » qui « sont une chance ».

Si ces propos ne venaient pas de la bouche du Président français, on penserait simplement à une plaisanterie. C’est dire l’absence de nouvelle proposition que cela signifie.

Comme il est noté, la politique africaine de Macron, c’est la politique française en œuvre, poursuivie depuis 1960, celle du Pacte colonial et de la FrançAfrique.

Le Président français, Emmanuel Macron croit que de tels discours pourront encore avoir droit de cité en plein XXIème siècle et avoir prise sur les peuples africains dont la conscience s’élève de plus en plus sur la politique criminelle française en Afrique.

Macron se trompe simplement d’époque !

Cotonou, le 27 Novembre 2020.

LA CONVENTION PATRIOTIQUE DES FORCES DE GAUCHE

Notes :

[i] Benjamin ROGER et Marwane Ben YAHMED, « Exclusif – Emmanuel Macron : « Entre la France et l’Afrique, ce doit être une histoire d’amour » », Jeune Afrique, 20 novembre 2020, voir : https://www.jeuneafrique.com/1076943/politique/exclusif-emmanuel-macron-entre-la-france-et-lafrique-ce-doit-etre-une-histoire-damour/, consulté le 7 décembre 2020

 

 

 

 

 

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