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Billet de blog 14 janvier 2026

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TOGO Tikpi ATCHADAM message au peuple du Togo « 2026 : couper la tête au serpent »

Lucidement, avec l’humilité qui sied au combattant, Tikpi Atchadam considère qu’il serait insultant de présenter des vœux de bonne et heureuse année à un peuple qui selon ses propres termes « vit dans une grande prison à ciel ouvert ». En lieu et place il appelle ses compatriotes à un sursaut et un regain de lutte pour la libération du Togo en lançant l’opération « couper la tête au serpent. »

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1
Tikpi Atchadam, charismatique leader du parti politique, Parti National Panafricain, qui déclencha l’insurrection populaire du 19 août 2017 dans cinq villes du Togo, Lomé, Anié, Sokodé, Bafilo et Kara, en vue de réclamer le retour à la Constitution du 14 octobre 1992. Bilan de la répression : 2 morts dont un par balle, plusieurs blessés, des personnes arrêtées et détenues.

TRANSCRIPTION INTEGRALE DU MESSAGE RADIOPHONIQUE DE TIKPI ATCHADAM AUX TOGOLAIS POUR 2026

« Chers compatriotes,

Togolaises, Togolais,

Vous vous en doutez certainement, je ne viens pas cette fin d’année 2025 vous présenter mes vœux de bonne et heureuse année.

En quoi une année peut-elle être bonne et heureuse pour un homme ? un peuple dans une grande prison à ciel ouvert donnant sur trois destinations : la prison ferme, l’exil, le cimetière. Non ! Je n’en rajouterai pas en souhaitant une bonne et heureuse année aux détenus, aux exilés, aux morts.

Nous sommes en lutte !

Nous sommes en lutte pour la reconquête de la liberté et la souveraineté de notre pays le Togo. N’est-ce pas la liberté qui donne vie à la vie ?

Alors je vous prie de bien vouloir recevoir la présente adresse à la nation comme un ultime appel venant de la mère patrie martyrisée qui saigne depuis plus de 62 ans.

Nous sommes fiers de notre devise, c’est vrai ! Fiers de notre beau drapeau, c’est vrai !  Fiers de notre hymne national, c’est vrai ! Bref, nous aimons notre pays le Togo dont nous sommes fiers. C’est un fait absolument incontestable.

Cependant, au-delà, quel est le sens et la portée des symboles nationaux exhibés par un peuple à la liberté confisquée dans un État sans souveraineté ?

Quelle fierté pour un peuple arborant les symboles d’un État non souverain ?

Quelle est notre fierté en tant que togolaises et togolais à brandir les symboles d’un Togo non indépendant, non souverain, soumis à une dictature militaire monarchique absolue ?

Ne perdons jamais de vue le fait que le patriotisme réside dans l’action dans l’intérêt supérieur de son pays. En dehors de l’action point de patriotisme ! En ce sens il n’existe pas de patriotisme passif !

Aimer la mère patrie, ce n’est pas seulement rabâcher sa devise, arborer, brandir son drapeau, chanter son hymne.

Aimer la mère patrie, c’est s’engager, agir, se sacrifier autant que faire se peut pour la défendre. Il va sans dire que depuis le 13 janvier 1963, aimer le Togo, c’est se battre résolument pour la liberté et la souveraineté confisquées. Aimer le Togo sans agir, c’est l’abandonner, le trahir.

J’entends des compatriotes dire, « nous on est assis, on les regarde seulement » ! Comment ça ?  À ceux-là, il convient de rappeler qu’il n’y a ni fierté, ni dignité, à être spectateurs du martyr que vit le peuple auquel on appartient.

J’entends d’autres compatriotes dire, « Dieu va sauver le Togo » ! Ne faisons pas dire à Dieu le créateur ce qu’il n’a, ni dit, ni suggéré à travers la création, source inépuisable d’inspiration, de connaissance.

Ainsi que j’ai eu à le rappeler souvent, certes maître suprême du processus Dieu le créateur agit, mais la germination est l’œuvre de la graine semée, l’éclosion l’œuvre du poussin, le travail débouchant sur l’accouchement l’œuvre du fœtus.

Dieu agit, mais en aucun cas il ne descend. Dieu ne descendra pas exceptionnellement pour le Togo. C’est pourquoi je persiste à croire fermement que celui qui se met à prier sans agir finira par nier l’existence de Dieu, tandis que celui qui agit sans prier est dans la négation de Dieu.

J’entends d’autres encore dire : « de toutes façons ça va finir un jour » ! Oui, bien sûr, mais cela ne nous apprend rien, puisque tout finit par finir. Le problème c’est jusqu’à quand et comment ?

Ne voyez-vous pas qu’avec Gnassingbé Faure, Gnassingbé Eyadéma, qui s’est tout simplement métamorphosé, n’est pas mort !

« Nous on est assis, on les regarde seulement », « Dieu va sauver le Togo », « de toutes façons ça va finir un jour », plus que défaitiste, en prônant l’indifférence, la résignation, ce discours engage inexorablement le peuple dans un processus de suicide collectif.

Or, il reste constant que dans l’histoire de l’humanité, il n’y a pas de dignité pour un peuple sans défi relevé en tant que peuple comme un seul homme.

Ayant parfaitement conscience de l’enjeu, celui de la liberté, la souveraineté à reconquérir, nous soutenons, partout et toujours, haut et fort, que nous sommes un peuple souverainiste et qu’en tant que tel, le combat que nous menons contre la dictature militaire monarchique absolue au Togo, est un combat souverainiste, à l’instar de celui qu’a mené le peuple togolais sous le leadership patriotique souverainiste de Sylvanus Olympio.

Mais lorsque nous le proclamons, le monde entier nous entend et comprend parfaitement le sens et surtout la portée de notre propos. De ce fait, il est capital pour nous de prêter l’oreille à l’écho de notre propre déclaration. Car ce discours sincère, fier et légitime qui est le nôtre, a son pendant obligatoire, son écho qui nous dit : « alors, peuple togolais, seul, libère-toi toi-même ! » Voilà l’écho qui nous revient de notre propre voix !

Ne nous voilons pas la face. Un peuple qui nourrit l’espérance, l’espoir d’une aide à la liberté, à la souveraineté, remplit par là même la condition sine qua non de la perpétuation de sa servitude. Cela n’a absolument rien à voir avec la méchanceté, la morale. C’est comme ça. Le droit international n’est pas inféré de la vision kaamiste du monde.

Je regrette, le peuple togolais doit le prendre comme ça. D’autant plus que dans une situation d’adversité, dit un proverbe africain, celui qui parle haut et fort doit s’assurer de sa force. Ainsi, en tant que peuple, il pèse sur notre tête, l’impérieux devoir patriotique d’assumer notre fierté pour nos symboles nationaux, notre amour pour la mère patrie le Togo, l’autorité de notre voix de peuple souverainiste menant un combat souverainiste,

Par devoir patriotique, au nom de la dignité, cela revient à achever ce que nous avons commencé, c’est-à-dire couper la tête au serpent que nous avons tué, puis nous baisser pour reprendre la liberté, la souveraineté, afin que nous puissions enfin respirer dans ce pays qui est le nôtre.

Chers compatriotes,

Togolaises, Togolais,

Je puis vous assurer que l’espoir est garanti, puisqu’en dépit de la terreur, la répression féroce, la violence militaire portée par les forces armées togolaises, les FAT, d’un côté, la violence politique du système PTP, déterminée, entêtée et de l’autre, soit la solidité du tandem funeste PCP, le peuple togolais est parvenu à tuer le serpent.

Et puis, nos compatriotes qui malgré mes alertes successives persistantes doutaient encore du système de contribution, de collaboration et de participation CPP et de son extrême dangerosité pour la lutte de libération en ont la preuve tangible irréfutable avec la fameuse 5ème République.

Désormais leur conviction est définitivement faite. Représentant au sens comptable du terme le bilan de la contribution, la collaboration et la participation, la 5ème République est l’institutionnalisation du système PCP. N’est donc pas étonnant le fait que tous les acteurs du système PCP se retrouvent dans la 5ème République, une véritable société commerciale, dont le capital est le Togo.

Dès lors, on peut très facilement dresser la liste des occupants du Car Togo volé 13 avril 1963, installé confortablement malgré la 5ème vitesse qui, du fait du rejet total par le peuple togolais, refuse de passer.

S’il vous plait, cher peuple togolais, la sortie de la longue éclipse totale vers le jour radieux annoncé, la sortie de l’enfer, dont je lançais l’alerte, déjà, à l’issue de la marche pacifique publique du 9 avril 2015, c’est tout près. Il nous suffit de couper la tête au serpent et ça y est.

Allons-y, en tant que peuple, de Cinkassé à Aného, de Badou à Tingapé, partout dans la diaspora, focalisons-nous sur la porte de sortie. Dans cette phase ultime de conclusion de la lutte, évitons de tomber dans le piège du cercle de division de la famille Gnassingbé.

Ne nous faisons pas la guerre de peuples, de régions, de préfectures, de villes, de localités, de professions, de religions et que sais-je encore, ayant le plus contribué à la lutte de libération et qui de ce fait ont le plus été victimes en termes de blessés, de prisonniers politiques, d’exilés politiques, de morts, oubliant que la cause défendue est la même, à savoir la libération du Togo, notre mère patrie à tous.

Dorénavant, il est capital pour chaque togolaise et chaque togolais d’intégrer définitivement deux évidences.

La première évidence est relative à l’existence de l’homme symbole du martyr du peuple togolais sous le régime Gnassingbé, la dictature militaire monarchique absolue.

La deuxième évidence porte sur le fait que cet homme symbole n’est d’aucun peuple particulier du Togo, d’aucune région, d’aucune préfecture, d’aucune ville, d’aucune localité, d’aucune profession, d’aucune religion, etc. Il est tout simplement togolais, africain.

Du président Sylvanus Olympio, ce petit matin du dimanche 13 janvier 1963, jusqu’au dernier en date, tous les blessés, y compris les handicapés à vie, tous les prisonniers politiques, tous les exilés politiques, tous les morts, dans le cadre de la longue lutte de libération du Togo, doivent être considérés comme constituant un seul corps, un seul et même homme.

L’esprit du peuple togolais appelé à concevoir, abriter et porter pour l’histoire, cet homme symbole du martyr du peuple togolais, en attendant sa matérialisation à travers un monument digne de ce nom.

En tant que peuple en lutte nous devons à tout prix éviter le piège de la lutte à tour de rôle tendu par le régime. Au cours de la lutte en telle année c’était nous. Vous aussi allez cette fois ci. Nous, nous avons déjà assez souffert, c’est votre tour à présent.

La lutte de libération à tour de rôle est franchement suicidaire. Retenons que face à la tyrannie, il n’y a que nous peuple togolais.

Supprimons de notre vocabulaire de stratégie de lutte le vocable « essaie ». Nous aussi nous avons essayé. Non, face à un régime comme celui qui est en place au Togo, on n’essaye pas. L’essai, tout comme l’improvisation, est fatal !

De même, nous devons éviter la lutte par des actions sporadiques localisées. Quelque soit l’éclat des actions sporadiques localisées, elles ajoutent au martyr du peuple sans couper la tête au serpent.

La lutte à tour de rôle, les essais, les improvisations, les actions sporadiques localisées, conduisant à la course à la réservation des dates sur le calendrier, retarde la conclusion de la lutte de libération du Togo.

D’aucuns accusent la stratégie de lutte basée sur la non-violence, le pacifisme, nous soutenons ce qui suit.

Les manifestants sortent les mains nues mais les militaires ne sortent pas les mains nues. Ils sont armés et ils les blessent, les emprisonnent, les tuent.

« Qu’est-ce que c’est que cette stratégie de fou s’offusquent-ils ? »

De deux choses l’une, ou bien ils sont en mission pour le pouvoir, dans le but de canaliser les concitoyens ver l’abattoir, un mot privilégié du lexique du régime, ou alors tout en confondant force et violence, de bonne foi, en toute honnêteté concédons-le, ils ignorent trois réalités.

D’abord, ils ignorent ce qu’est l’appareil d’État. Ensuite ils ne savent pas ce qu’est réellement la dictature militaire. Enfin et surtout, ils n’ont aucune idée de ce qu’est véritablement le régime Gnassingbé que nous combattons.

En tout cas, moi je le combats depuis juillet 1989. Aujourd’hui, cela fait trente-six ans révolus.

Chers compatriotes,

Togolaises, Togolais,

Dans la vie de tout État, grâce à sa taille et à la densité de sa population, la capitale compte énormément en Afrique, particulièrement déterminante dans le processus de démocratisation, la position portée par le peuple de la capitale finit toujours par l’emporter. De ce fait, en ce moment ou avec votre indulgence j’annonce le lancement de l’opération couper la tête au serpent, je ne peux me priver d’insister pour la énième fois sur le rôle de tête de pont que doit jouer Lomé la capitale, dans l’État hypercentralisé qu’est le Togo.

En tant que capitale, Lomé est la tête, le chef des villes du Togo en quelque sorte. Principale ville du Togo, Lomé est essentielle. C’est la ville, à la tête du Togo, où siègent tous les pouvoirs. Tout est à Lomé.

Capitale politique et capitale économique, Lomé est la ville, de loin, la plus importante du Togo. A ce titre, dans la lutte de libération du Togo, la responsabilité première de Lomé reste engagée. Avec son poids démographique réel, soit le quart de la population totale du pays, Lomé, un condensé du Togo, apparait comme le Togo en miniature, capable de décider en entrainant avec lui, tout le pays et la diaspora.

Certes la démocratie au Sénégal doit au peuple sénégalais tout entier, mais particulièrement à Dakar la capitale. Si Dakar résiste, le Sénégal résiste. La démocratie au Ghana doit au peuple ghanéen tout entier, mais principalement à Accra la capitale. Si Accra résiste, le Ghana résiste.

Ainsi le Togo doit sa libération définitive au peuple togolais tout entier, mais essentiellement à Lomé la capitale. Toutes les villes secondaires, tous les villages et la diaspora regardent Lomé qui est la tête. Si Lomé n’est pas décidée, plongée dans l’expectative, le reste du Togo et la diaspora hésitent.

En revanche si, décidée, debout et déterminée, Lomé la capitale se bat résolument, décidé, debout et déterminé, le Togo, sur le territoire national et dans la diaspora, se bat résolument jusqu’à la victoire finale, c’est-à-dire la libération totale et définitive du Togo.

A partir de ce moment, appelée à jouer un rôle prépondérant, nos compatriotes résidant à Lomé la capitale, le peuple togolais de Lomé, si je puis m’exprimer ainsi, a une responsabilité de premier plan, dans la conclusion de la lutte.

C’est pourquoi j’en appelle singulièrement à la responsabilité individuelle de tout citoyen togolais résidant dans la capitale Lomé, ville à laquelle il revient de donner le tempo de la lutte à suivre par toutes les villes secondaires, tous les villages et la diaspora.

A l’annonce de l’opération couper la tête au serpent ce 31 décembre 2025, Lomé, la capitale du Togo, est sommée par la mère patrie de prendre rapidement ses dispositions. Avec Lomé en tête, au bout de trois jours au plus, le peuple togolais va sans difficulté aucune couper la tête au serpent.

A cet effet les réseaux sociaux doivent être mis à profit dans la mobilisation du peuple togolais particulièrement axé et concentré sur Lomé la capitale. La sortie de la longue éclipse totale vers le jour radieux annoncé, la sortie de l’enfer, c’est tout près. Sans attendre, mobilisés et déterminés, pacifiquement, avançons et coupons la tête au serpent pour libérer le Togo.

Vie, force et santé au Togo !

Vie, force et santé à l‘Afrique !

Je vous remercie. »

Illustration 2
Togovisions

Source : TogoVisions  Message de vœux de Tikpi Atchadam pour 2026

https://www.youtube.com/watch?v=zaNsKjMl9_8

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